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Rama Valayden « squatte » les tribunaux

1 juin 2008, 00:00

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Ils sont en rogne contre le ministre de la Justice, Rama Valayden. Ils le tiennent, en effet, pour responsable de leurs malheurs et ils maudissent le jour où ils ont consenti à louer leur propriété à François Écroignard, alors conseiller en communication de Rama Valayden.

Les propriétaires croyaient bien faire, pensant, comme il était stipulé sur le contrat de location, que leurs demeures allaient être utilisées pour abriter des bureaux, en décembre 2005. Mais ils sont tombés des nues lorsque les clefs ont été remises au locataire qui n?est, en somme, qu?un prête-nom. Et ce sont finalement des squatters, qui logeaient à la belle étoile sur un terrain de football à Camp Levieux, qui emménagent un beau jour.

Des factures qui font boule de neige

Dans un élan de solidarité, le ministre de la Justice avait souhaité venir en aide à ces familles démunies en leur trouvant une demeure décente, en attendant que le gouvernement les relogent. Rama Valayden comptait sur des donations des uns et des autres pour s?acquitter du loyer, alors que les factures d?eau et d?électricité allaient être prises en charge par les nouveaux locataires.

Mais ces derniers se sont incrustés, et au fil des mois, les maisons ont subi des dégâts importants provoqués par un manque d?entretien. Pire encore, les factures d?eau, d?électricité et de services des eaux usées ont fait boule de neige, restant impayées. Les propriétaires ne verront alors plus la couleur de leur argent, et ce, après quelques mois de location.

Quant aux nombreux appels faits pour que les lieux soient évacués, ils tomberont? dans l?oreille d?un sourd. Ritoodoise Daby, un retraité de l?enseignement, établi depuis quatre décennies au Royaume-Uni se serait bien passé de ces soucis. En son absence, c?est un proche qui administre ses biens.

Bagarres et autres insultes

Et ce dernier pensait bien faire en louant son immense demeure, à Eau-Coulée, au ministère de la Justice. Mais au final, ce sont 32 personnes qui l?occuperont.

Le garage, de même que la terrasse, seront aménagés pour accueillir les sans-abri. « J?ai été très agacé en apprenant cela. Mes voisins ont dû subir leur présence pendant presque une année. Ils étaient les témoins impuissants et involontaires de bagarres au quotidien et autres insultes », raconte-t-il.

La cohabitation se passe en effet mal. Mettre sous un même toit des familles au passé parfois mouvementé donne lieu à des prises de bec. Du coup, la tranquillité du quartier s?en ressent. Entre-temps la maison tombe dans la décrépitude. Les meubles et les installations se volatilisent.

Ritoodoise Daby ne le supporte plus. Il paie les services d?un avocat, Me Prakash Bheeroo, pour récupérer son bien et récla-me des dommages de Rs 5 millions à Rama Valayden. Une somme estimée par un entrepreneur en construction en fonction des dégâts causés à sa maison.

Dans sa plainte, le propriétaire explique que la maison avait été louée par le défendeur, Rama Valayden, pour Rs 10 000 par mois. Elle devait être utilisée comme résidence exclusivement pour lui et sa famille ainsi que pour ses employés étrangers et non à des fins commerciales. Ritoodoise Daby estime que plusieurs clauses du contrat n?ont pas été respectées : non paiement du loyer et des factures d?eau et d?électricité, sous-location de la résidence à 32 occupants qui l?ont saccagée. Il ajoute que ces derniers ont été une cause de nuisance pour le voisinage et soutient que les meubles et les lieux ont été très abîmés.

Ces raisons ont été également évoquées par le plaignant dans un affidavit déposé pour réclamer l?évacuation de la maison au plus tard le 31 janvier 2007. En conséquence des infractions commises par le défendeur, le plaignant lui réclame des dommages de Rs 5 millions. L?affaire a été called for mention le 29 mai 2008.

Le plaignant sera incessamment fixé sur la date du procès.

On lui doit plus d?un an de loyer

En récupérant sa demeure en janvier 2007, Ritoodoise Daby était à des lieues de soupçonner que sa mésaventure était loin d?être terminée. Comme un malheur n?arrive jamais seul, peu de temps après, la dépendance située sur la propriété allait être cambriolée. Les voleurs emporteront deux ordinateurs, un four à gaz, des bonbonnes de gaz, ainsi que plusieurs autres objets. « Je ne suis plus tranquille. La seule chose que j?ai pu faire pour prémunir la propriété contre les voleurs, c?est d?installer un halogène. J?attends d?obtenir mon argent pour remettre la propriété en état et la sécuriser », soupire-t-il.

Davila Phokeerdass est une autre « victime collatérale » du bon c?ur de Valay-den. Elle croyait s?assurer un revenu raisonnable en louant pour Rs 4 500 par mois, la maison qu?elle a fait construire à Camp-Caval. « C?était un moyen de m?acquitter d?une partie des dettes consenties pour sa construction », dit-elle. Le dernier paiement remonte à mars 2007. On lui doit donc plus d?un an de loyer.

Dans une lettre adressée à Rama Valay-den, elle dit sa déconvenue et fait part de son incapacité à rembourser l?emprunt contracté à la banque pour la construction de sa demeure. « Vous êtes le ministre de la Justice et je trouve que vous ne me faites pas justice [?] J?ai tellement d?arriérés que la banque m?a menacée de saisir et de vendre ma maison.

Ce que je gagne en travaillant est tout juste suffisant pour élever mes deux enfants. Je fais donc appel à votre bon sens pour que je ne me retrouve pas dans la même situation que ces gens que vous essayez d?aider », écrit-elle.

Mais outre une ardoise sur les bras, Davila doit, en outre, subir les appels des voisins mécontents de ceux à qui la résidence a été louée. Ces voisins se plaignent des occupants bruyants et certains sont même allés jusqu?à menacer de s?en prendre à elle s?ils la rencontraient.

La situation paraît inextricable et la voie légale semble être la seule solution pour obtenir réparation. Davila y a certes songé, mais faute de moyen, c?est vers la presse qu?elle se tourne. En dernier recours. Comme elle, Ritoodoise Daby a le sentiment d?avoir été berné.

Des déboires qu?ils ne sont, en tout cas, pas prêts d?oublier.

RAMA VALAYDEN :

« Mon bon c?ur m?a perdu »

« J?ai été victime de mon bon c?ur. J?ai voulu aider ces personnes par humanité en leur procurant une maison, et ce au détriment de ma famille, et voilà qu?elles ne veulent pas entendre raison. » Dans la voix du ministre de la Justice et des droits humains, on perçoit de la déception, mais aussi une pointe de ras-le-bol. Rama Valayden affirme que les locataires qui occupent la maison de Davila Phokeerdass à Camp-Caval ont été sommés d?évacuer les lieux?en vain. « Ils ne veulent pas bouger de là. Nous avons beau essayer de leur faire comprendre la situation et nous leur avons proposé une autre alternative, mais ils refusent toujours d?entendre raison. » Le ministre envisage désormais d?entamer une procédure judiciaire pour les expulser légalement de la maison.

Et il tient à rassurer la propriétaire. « Elle obtiendra le montant des loyers qui lui sont dus fin juillet. Les camarades du Mouvement républicain ont pris l?engagement de trouver la somme nécessaire pour régler cette dette. »

Et comme chat échaudé craint l?eau froide, le ministre affirme : « Je vais continuer à aider les gens, mais pas de cette manière. Mo pa pou refer sa ankor. »

Quant au procès pour dommages intenté par Ritoodoise Daby, Rama Valayden n?a pas souhaité faire de commentaires, vu que l?affaire est en cour.

Il dira juste que le montant des réclamations est « exagéré ».

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