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Radio One et Radio Plus : «C?est très suspect»
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Radio One et Radio Plus : «C?est très suspect»
Du côté des radios privées, la situation est jugée grave. La décision du gouvernement, qui a surpris plus d?un, semble toutefois être une suite logique des différentes réactions virulentes du gouvernement et de ses membres depuis quelques temps.
Lors de différentes réunions ou évènements, le Premier Ministre fustigeait les radios privées. «Il y avait des signes avant-coureurs qui indiquaient que cette décision était imminente : les virulentes attaques du Premier ministre contre les éditorialistes, caricaturistes et plus particulièrement contre les radios privées. Ensuite, le refus d?une rallonge budgétaire, par le gouvernement, au Media Trust Board pour la formation des animateurs/journalistes des radios privées alors que la garantie avait été donnée et par le PM et par le VPM alors que le budget allait en faire provision. Et enfin le boycott des radios privées par le Premier ministre lui-même », explique Finlay Salesse, directeur de Radio One.
Le Président du conseil d?administration de Radio Plus, Eshan Khodabux ne voit pas la nécessité de cette décision. Pour lui, les radios ont déjà beaucoup progressé depuis leur arrivée sur le marché. Il trouve cette décision d?autant plus surprenante qu?une institution indépendante, l?Independent Broadcasting Authority existe déjà. « Le gouvernement aime dire que nous sommes un pays d?avant-garde. Que nous sommes une leçon de démocratie ! Nous constatons que dans ce comité, certains membres sont des gens hostiles à certains titres et radios. L?un d?entre eux a d?ailleurs tenté de bâillonner la presse. D?autre part, en même temps, il y a des amendements prévus à la loi contre la diffamation. C?est très suspect. Vous pouvez comprendre nos appréhensions », souligne Eshan Khodabux.
Concernant l?IBA, Finlay Salesse est d?avis que cette institution s?est prise une gifle publique et qu?elle a été désavouée. La décision du gouvernement est suspecte pour le directeur de Radio One. D?autant plus qu?elle intervient à un moment où la situation économique est difficile et où la cause de l?explosion de Grand-Baie est encore trouble. Les élections législatives, en 2005, sont imminentes. Il est alors très difficile de ne pas croire qu?il y a des arrière-pensées derrière cette décision. Il est un fait que la libre expression à la radio est un baromètre social fort explicite.
Les deux responsables de radios reconnaissent que la vigilance doit être de mise lors des émissions en direct ou quand les auditeurs sont à l?antenne. Eshan Khodabux explique que Radio Plus fait très attention aux interventions. Certains thèmes ne sont pas abordés afin d?éviter tout risque de dérapage notamment entre différentes communautés. Dans le cadre d?émissions politiques ou sensibles, Radio Plus prend les coordonnées des auditeurs, les rappelle et les met devant leurs responsabilités. Dans certaines émissions, des déclarations sont enregistrées quelques minutes à l?avance pour éviter des dérapages. Finlay Salesse déclare pour sa part que les auditeurs de Radio One ne sont pas tous irresponsables. Mais il n?y a pas de filtrage d?appel. Néanmoins, si l?auditeur va trop loin et que même un rappel à l?ordre ne sert à rien, il est exclus de l?antenne. Les radios privées seront bientôt dotées de Broadcast Delay Apparatus qui permettra davantage de contrôle sans pour autant priver les auditeurs d?antenne.
Suggestions
Le Premier ministre et son comité devraient lire Paroles d?auditeurs, écrit par Michel Meyer, directeur du réseau France Bleu. Celui-ci écrit que «depuis la prise de parole, donc de pouvoir, des auditeurs sur les ondes, depuis que ce n?est plus nous qui écoutons la radio mais la radio qui nous écoute, notre transistor nous renvoie « l?image sonore » de notre société telle qu?elle consomme, réfléchit, rêve ou divague ». Meyer cite Alain Bedouet, présentateur de l?émission d?interactivité radiophonique Le téléphone sonne sur France Inter : « Les auditeurs sont de plus en plus demandeurs, éclairés, exigeants. Ils sont las de s?entendre expliquer le monde sans pouvoir réagir, mettre leur grain de sel dans les débats de l?époque. Les écouter est essentiel, car on apprend beaucoup de leurs centres d?intérêts, de leurs perceptions du monde. Cela rend la gent journalistique plus humble, plus rigoureuse et analytique. Ne jamais céder à la facilité, tant ceux qui nous écoutent sont lucides et jamais dupes de rien ». Bernard Idelson, maître de conférences en communication, à l?Université de la Réunion, apporte un regard extérieur à ce débat. «Je pense qu?il faut parfois passer par une période d?excès, puis une régulation, un apaisement se produisent naturellement. Lorsqu?on en a assez d?insulter son voisin sur les ondes à longueur de journée, on passe à autre chose. La véritable question est celle des atteintes à la dignité humaine dans les domaines du racisme ou du sexe par exemple.»
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