Publicité
Radhakeessoon : les dessous d?un départ
Par
Partager cet article
Radhakeessoon : les dessous d?un départ
La saga ressemble à une montagne russe qui s?est terminée abruptement. Le règne d?Ashok Radhakeessoon à la tête de l?Independent Broadcasting Authority (IBA) et l?Information and Communication Technologies Authority (ICTA) a pris fin hier. Comme dans tous les feuilletons, le revirement de situation a été spectaculaire et le dénouement inattendu : une démission-révocation.
Officiellement, Ashok Radhakeessoon est parti de son propre gré. Selon le communiqué émis à l?issue du Conseil des ministres, hier, il aurait exprimé son souhait de quitter la présidence de l?IBA et de l?ICTA lors d?une rencontre avec le Premier ministre, Paul Bérenger. Raison : poursuivre sa carrière au barreau.
«Cette décision n?est pas surprenante car j?y pense depuis des mois mais je ne veux pas faire de déclaration à ce stade », a dit Ashok Radhakeessoon, hier soir. Pourtant, au renouvellement de son contrat de président de l?IBA à la fin d?août, il avait exprimé sa joie tout en anticipant les défis à venir. Hier, il était visiblement triste.
Le sort d?Ashok Radhakeessoon est scellé par le Cabinet depuis une semaine. Lors de la réunion du vendredi 1er octobre, les ministres sont remontés contre Ashok Radhakeessoon. Ils se montrent très critiques à l?égard de sa performance à la tête de l?IBA et de l?ICTA. Rien de nouveau, mais le plus surprenant c?est qu?il y ait consensus pour son départ seulement six semaines après le renouvellement de son contrat.
« Les ministres et le Premier ministre en particulier étaient furieux. On reproche beaucoup de choses à Ashok Radhakeessoon mais la goutte d?eau qui a fait déborder le vase est sa performance à l?IBA », confie un membre du cabinet.
L?Opposition n?a jamais caché son mécontentement vis-à-vis d?Ashok Radhakeessoon non plus. Et ce même s?il a été accusé par certains d?avoir embauché des proches du Parti Travailliste à l?ICTA. Le Leader de l?Opposition, Navin Ramgoolam a déjà soutenu que Ashok Radhakeessoon « n?est pas aussi indépendant qu?il veut faire croire ».
Le gouvernement a souvent reproché à l?ex-président de l?IBA de faire preuve de laxisme à l?égard des radios privées et, en particulier, une station spécifique considérée comme un « habitual offender ». Ashok Radhakeessoon justifiait cette attitude conciliante par le fait qu?il fallait donner du temps aux radios de s?adapter au nouveau paysage audiovisuel mauricien.
La goutte d?eau semble avoir été son attitude dans un récent cas où le Premier ministre a été critiqué sur les ondes. Cet incident a provoqué la colère du Cabinet. Ils étaient nombreux à exiger une « sanction forte et spectaculaire ». Certains voulaient même que la radio privée en question soit interdit de diffuser ses émissions pendant quelques heures ou sa licence suspendue.
Sous forte pression, Ashok Radhakeessoon demande conseil et choisit une option bien moins draconienne : il réfère le cas au Complaints Committee de l?IBA avant de partir en voyage. Or, ce comité ne fonctionne pas depuis cinq mois car les contrats de ses sept membres n?ont toujours pas été renouvelés. « C?était une tactique délibérée de gagner du temps pour minimiser toute l?affaire», estime un proche du gouvernement.
Dans l?entourage d?Ashok Radhakeessoon, on considère les radios privées comme « une excuse » pour le faire partir. Cela fait des mois qu?il est fustigé par le gouvernement et l?opposition pour son « laxisme » mais il n?empêche que son contrat à l?IBA a été renouvelé en août. « L?IBA a envoyé ses recommandations pour la constitution du Complaints Committee depuis le 4 juin, mais le Bureau du Premier ministre ne les a jamais approuvées. A qui la faute si le comité ne fonctionne pas ? » se demande un membre de l?IBA.
Cette question est loin d?être innocente. Au-delà des radios privées, il existe un power game qui s?est instauré au niveau du gouvernement pour des dossiers sensibles du secteur des télécommunications. Ashok Radhakeessoon et Pradeep Jeeha, le ministre des Télécommunications, se seraient opposés à certaines décisions délicates envisagées par le Premier ministre, Paul Bérenger. L?arrivée de Mahanagar Telephone Nigam Limited (MTNL) et une éventuelle augmentation de la participation de France Telecom dans l?actionnariat de Mauritius Telecom figureraient parmi les raisons du conflit. Le « mishandling » du dossier Outremer Telecom a également effrité les relations entre les deux camps.
« Le tandem Radhakeessoon-Jeeha est maintenant brisé et le Premier ministre peut maintenant avoir la main haute sur toute la stratégie des télécommunications », explique un proche du gouvernement. Cette explication est soutenue par le fait que le départ de Radhakeessoon ait été discuté alors que le ministre Jeeha était en mission à l?étranger.
Elle est renforcée par la nomination de Dev Erriah comme nouveau président de l?ICTA. Cet avocat spécialisé dans l?offshore et le droit des affaires est considéré comme un « pur sang de l?écurie Collendavelloo » même s?il exerce maintenant au sein du Erriah & Uteem Chambers. « Ma nomination n?est pas politique. Je suis heureux qu?on ait fait appel à moi. Je suis habitué à travailler sous pression », a déclaré Dev Erriah hier soir, peu après avoir rencontré le ministre Jeeha pour accepter sa nomination.
Le gouvernement devrait nommer le nouveau président de l?IBA dans les prochains jours. Une nouvelle fois, c?est Abdool Cader Kalla qui semble le mieux positionné pour décrocher le poste. Il est déjà président du Standards Committee de l?IBA et du Mauritius Museums Council. Le président de l?IBA sera nommé par la Présidence en consultation avec le Premier ministre et le leader de l?opposition.
La nomination de deux présidents pour l?ICTA et l?IBA précise la stratégie du gouvernement. Ces deux organismes ne fusionneront pas pour devenir un « super regulator » de l?audiovisuel, les technologies informatiques et les télécommunications. Les successeurs ont certainement du pain sur la planche. Le départ forcé d?Ashok Radhakeessoon leur a sûrement fait comprendre l?ampleur des enjeux.
Publicité
Publicité
Les plus récents