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Rachat de bijoux : Une affaire en or
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Rachat de bijoux : Une affaire en or
Il est 10 h 30. Une demi-douzaine d?hommes fait la queue devant le bureau de Divali Productions Ltd, une compagnie qui fabrique, achète et importe des bijoux en or, au troisième étage d?un bâtiment à Port-Louis. Le local est sous la surveillance d?un agent de sécurité. Il est doté d?une salle d?attente et d?un comptoir d?où l?on peut voir un ordinateur, une balance électronique, et quelques attirails utilisés pour évaluer des bijoux en or.
Les personnes s?engouffrent dans la salle d?attente dès l?ouverture du bureau. Elles n?ont rien en commun et pourtant l?ouvrier en bâtiment aux vêtements poussiéreux, le futur père de famille et le chômeur sont là grâce à une petite annonce publiée régulièrement dans un hebdomadaire. Cet avis invite ceux ayant un urgent besoin d?argent à se rendre à l?un des trois bureaux, à Port-Louis, à Quatre-Bornes ou à Quartier-Militaire, munis d?une pièce d?identité, pour vendre leurs bijoux. « Nous la pou acheter tou ou bijoux anciens et nouveaux en or, même bijoux ki finne cassés pou ene meilleur prix », y lit-on. Ces bijoux sont destinés à être fondus et l?or ainsi obtenu est retravaillé.
Raj, un jeune homme accompagné d?un ami, affirme qu?il sera bientôt papa et qu?il a besoin d?argent pour acheter des affaires pour son futur bébé. Mais la somme qu?on lui propose pour sa vieille chaîne en or ne reflète pas, selon lui, sa valeur réelle. « Je n?ai pas vendu le bijou, je vais essayer ailleurs. Le problème, c?est que certaines bijouteries exigeront un reçu qui prouve que le bijou m?appartient. Or, je l?ai égaré depuis longtemps. »
Le jeune chômeur, qui est passé au comptoir avant lui, empoche les Rs 2 250 que le préposé lui tend après avoir pesé et estimé la valeur de sa chaîne en or. Il dévale les escaliers et appelle de son portable son ami qui apparaît en moins de deux au rez-de-chaussée. « La chaîne appartient à mon ami. Je n?ai fait que vendre le bijou pour lui », dit-il. Il reçoit Rs 200 contre ce petit service rendu.
« Une question de confiance »
C?est la solution que choisissent nombre de Mauriciens pour se faire rapidement un peu d?argent de poche. La pratique n?a rien d?illégale. La compagnie qui est enregistrée auprès de l?Assay Office, organisme qui réglemente et contrôle la fabrication, la vente et l?importation des bijoux en or, lui donne de facto le droit d?exercer ses activités.
Mais des observateurs comme Mosadeq Sahebdin de l?Institut pour la protection des consommateurs, s?inquiète du phénomène qui prend de l?ampleur.
« Nous conseillons aux personnes désireuses de vendre un bijou de le faire évaluer au préalable au bureau de l?Assay Office. Ainsi, ils auront une idée de sa valeur et réfléchiront à deux fois avant de s?en séparer si le prix proposé est en dessous de sa valeur », recommande-t-il.
Navind Gunnoo, membre de l?Asso-ciation des bijoutiers, est de loin le plus dubitatif. « La vente de bijoux est facilitée par le fait qu?aucun document prouvant que le bijou appartient bien au vendeur n?est exigé. L?objet peut provenir de n?importe quelle source », souligne-t-il. Mais il reconnaît que certaines bijouteries acceptent malgré tout d?acheter un bijou s?ils connaissent le propriétaire de longue date. « C?est une question de confiance? »
Loin d?éluder la question, Jairaj Jankoo, un responsable d?achat à Divali Productions Ltd, révèle en effet que plusieurs cas de vols ont été élucidés grâce aux bijoux achetés. « La police se met souvent en contact avec nous lorsqu?un vol de bijou leur est signalé. Elle peut ainsi retracer le vendeur et l?appréhender d?après la description des bijoux que nous consignons dans un registre », explique-t-il.
Davantage de contrôle est exigé
Et si les bijoux ont déjà été fondus ? « Les autorités savent au moins que l?objet a transité chez nous? » Une situation qui risque d?arriver plus souvent qu?on ne le pense. « Lorsqu?il s?agit d?acheter un bijou, le bijoutier n?est pas tenu, d?après le Jewellery Act de 1999, d?exiger un reçu qui prouve que l?objet appartient au vendeur », explique l?Acting Controller de l?Assay Office, Ajay Somanah. Toute transaction concernant l?achat ou la vente, doit être toutefois consignée dans un registre.
Divali Productions Ltd, avance notre interlocuteur, se fie à son flair pour déceler des vendeurs suspects. « Parfwa ou trouvé ene dimoune li louche. Par exemp ene missié vini avec ene bizou ki porte ene initial différent avec pou li lor là. Lerla nou refuse acheter. » Il lui est même arrivé de refuser des bijoux féminins qui appartenaient, selon un vendeur, à sa femme malade hospitalisée dans une clinique privée. « Nous lui avons demandé d?apporter la carte d?identité de sa femme avant de procéder à la transaction. Mais il n?est pas revenu. »
Toutefois, combien de personnes « bien sous tout rapport » passent au travers des mailles du filet ? Nul ne peut le dire. C?est la raison pour laquelle davantage de contrôle est exigé pour le rachat et la vente de bijoux.
AJAY SOMANAH, « ACTING CONTROLLER » DE L?« ASSAY OFFICE » :
« Évaluez vos bijoux avant de les vendre »
Afin d?éviter de mauvaises surprises, l?« Assay Office conseille aux propriétaires de bijoux en or de faire évaluer leur bien à son laboratoire avant de procéder à la vente. « On reçoit parfois des plaintes concernant des bijoux qui ont été sous-évalués. L?Assay Office peut intervenir en réglant l?affaire à l?amiable. Si cette démarche n?aboutit pas, nous conseillons alors à la personne flouée de déposer une plainte à la police », explique Ajay Somanah.
Contrairement à l?or, il n?existe aucune autorité pour vérifier l?authenticité des pierres précieuses. Ce sera bientôt chose du passé avec la mise sur pied d?un laboratoire en gemmologie, l?année prochaine. « Ce laboratoire réglementera le commerce des pierres précieuses. Grâce à lui, le public pourra vérifier l?authenticité de la gemme. Un certificat d?authenticité lui sera remis s?il souhaite assurer ses bijoux », poursuit notre interlocuteur.
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