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Réveillon : menu spécial, c?est normal...

1 janvier 2008, 00:00

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Ils sont à la recherche d?«enn ti zafer interesan ki pa abitie manze» pour le réveillon. Marie Paul, une habitante de Coromandel est en grande réflexion : elle ne sait pas quoi acheter pour le repas. Son mari qui l?a accompagnée au supermarché Jumbo de Riche-Terre n?est pas d?une grande aide.

L?animateur à l?hypermarché qui, micro à la main, passe devant les rayons et informe les gens des promotions sur les saumons fumés et autres canard à l?orange et pâté de foie gras, laisse Marie Paul de marbre. Dans son caddie, des saucisses de poulet et de l?agneau frigorifié. Mais elle cherche encore?

Tristan Carvel n?est lui, pas du tout indifférent aux annonces de l?animateur. Il se dirige vers le rayon où se trouve le foie gras, met deux boîtes dans son panier? Ce soir, il va manger «de la pintade, du saumon fumé, du foie gras et du porc ficelé».

L?attention de Tristan est attirée par un homme qui a l?air perdu. Il le connaît et se dirige vers lui pour l?aider. Son ami cherche du foie gras. Tristan sait exactement où en trouver.

Ces deux personnes confirment la tendance enregistrée dans les grandes surfaces cette année. Nicolas Kan Wah des supermarchés London Way, assure que «les gens ont plus tendance à se contenter des produits alimentaires de base comme du poulet, des saucisses, de la viande, du riz et du pain». Les saumons fumés et foie gras trouvent preneurs mais ne sont certainement pas les favoris des Mauriciens. La raison, estime Nicolas Kan Wah, est le prix alors qu?un employé de Jumbo avance que les gens n?en n?ont simplement pas l?habitude.

Préférence au rhum et au vodka

Car il s?agit surtout de s?amuser. Un groupe de jeunes hommes fait beaucoup de bruit devant le rayon de produits frigorifiés. Ils discutent de combien de viande ils auront besoin pour leur barbecue de ce soir. «1,2,3,4,5 koupe apre marine ta !» essaie d?expliquer l?un d?eux à ses amis. Mais il n?y a pas que les retardataires. Florise de Tranquebar a déjà fait son shopping mais «il y a des choses que j?avais oubliées». Dans son panier, du poulet et du b?uf.

A la maison, déjà en train d?être marinés pour le barbecue de ce soir (qui aura lieu chez la s?ur de Florise qui habite Ste-Croix), les morceaux de poisson et d?agneau. Le tout sera complété d?une salade de riz et d?une salade de pomme de terre.

Certains à l?instar de Raj de Montagne-Longue « inn deza fer rasyon depi lontan» mais il lui manque quelques bouteilles et le dessert. Un saut chez Jumbo et Raj s?empare de deux bouteilles de Whisky et d?une boîte de crème glacée. «Beaucoup plus d?alcool vendu cette année-ci et ce, principalement du rhum et de la vodka», commente Nicholas Kan Wah.

Mais tout dépend des habitudes alimentaires. Ce couple qui refusera de divulguer son nom, s?arrête devant le rayon végétarien et s?achète des cutlets et burgers végétariens. Pas d?alcool mais l?occasion est quand même spéciale.

Ignace Lam d?Ebène Way est satisfait de la façon dont les ventes se passent. «Cette année n?est pas si différente des autres. Les gens consomment un peu plus le 31 décembre que le 24 et, en cette période, ils ne se serrent pas la ceinture même s?ils l?ont fait le reste de l?année.» A Ebène, tout a été vendu : moules, crevettes, camarons...

Ce qui n?est pas le cas au Jumbo de Riche-Terre. Le responsable de l?étal de fruits de mer assure cependant que les affaires ont été bonnes et il est confiant qu?il aura vendu toutes ses coquilles, huîtres et moules d?ici ce soir.

Mais l?on préfère ne pas prendre de risques à Jumbo. L?animateur continue donc sa tournée et annonce les promotions sur les produits de luxe. Pendant ce temps, Goorah qui habite Montagne-Longue, s?achète un poulet rôti entier. C?est tout ce qu?il va manger ce soir ? Rires. «C?est que mon épouse est à l?étranger et mon fils travaille jusqu?à tard et je cherche quelque chose de facile. Et il y en aura assez si les gens passent à la maison, je peux leur offrir un peu de poulet !»

D?autres réveillons seront moins gais. Un vieil homme, panier accroché à son bras, fait le tour du supermarché mais rien ne semble l?intéresser?

TRADITION

«Banane finn ariv ankor»

«Famille, je vous hais» C?est Marie qui raconte. Une enfance saturée. Dans sa famille, comme chez presque tout le monde, le premier jour de l?an est synonyme de visites.

Une tournée qui commence chez la grand-mère paternelle, pour se prolonger chez la s?ur aînée puis le petit frère de son père. Sauf qu?entre le verre de coca qui pique le nez, le bout de viande rôtie qui vous reste entre les dents, les pistaches qui font tousser et la sauce pimentée, c?est le calvaire à chaque fois recommencé.

Assise au milieu du salon, Marie a beau essayer de se faire oublier, rien n?y fait. Ni le fait qu?elle évite de balancer ses pieds dans le vide du fauteuil en rotin. Ni le fait qu?elle essaye de se concentrer sur les images qui défilent sur la télé allumée mais muette. ça commence presque toujours par : «Marie ki manyer ?»C?est le signal qu?attendait son père pour se lancer dans sa tirade du 1er janvier. «Marie inn fer move» pendant toute l?année. Elle a frappé son petit frère, tiré les cheveux de sa petite s?ur, «fel dan tes»...

Le schéma est immuable en ce premier jour de l?an. C?est soit le repas familial où on poursuit les agapes du réveillon, soit le repos complet avant de reprendre la fête dans la soirée.

«Avec mes frères et s?urs, on aimait faire le tour de la cour et de celle des voisins à la recherche de pétards», se souvient Jennifer. Le but du jeu : fouiller les tas de débris rouges à la recherche des pétards qui n?ont pas explosé et les faire sonner un à un. En faisant grincer les dents des pères de famille soignant leur gueule de bois. La visite aux proches est le plus souvent une réunion de famille. Soit chez les grands-parents. «Là, c?est les plus beaux souvenirs d?enfance avec tous les cousins et cousines», confie Yousouf avec des étoiles dans les yeux. Soit des retrouvailles chez l?aîné de la famille. Dans tous les cas, place à la conviviale tradition du «dir bonzour». Embrasser ses proches pour leur souhaiter le meilleur et recevoir les mêmes souhaits en retour. «C?est aussi un moment où on se réconcilie, où on passe sur les petites disputes qu?on a pu avoir dans l?année? Nou efase refer», affirme Suchita. Elle sait de quoi elle parle. En effet, elle a eu un choc quand, à l?occasion d?un Nouvel an, elle a vu sa s?ur frapper à sa porte alors qu?elles étaient fâchées depuis trois mois !

Tout aussi immuable : la visite aux lieux de culte. Que ce soit à la messe, dans ses habits neufs ou encore à Grand-Bassin, comme Lutchmee. Tous veulent «al diman benediksyon.»

Aline Groëme-Harmon

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