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Réseaux sociaux :Pour être à la page
On reconstruit le monde sur Internet. Hier c?était le phénomène des « blogs », aujourd?hui, c?est la mode des ré-seaux dits sociaux. Qu?il s?agisse de la campagne présidentielle US ou de politique strictement mau-ricienne, il existe de plus en plus de réseaux sociaux qui captent un temps d?audience aussi important, si ce n?est supérieur, que la moyenne consacrée aux relais institutionnels de l?information.
Présents dès la naissance du Web, sous formes diverses, les réseaux sociaux deviennent, ces temps-ci, un phénomène de société qui réinvente les habitudes communicationnelles. Aux États-Unis, ils se révèlent être un puissant instrument politique. Le candidat républicain John McCain en profite pour solliciter des contributions des conservateurs. Les partisans de Hillary Clin-ton et de Barack Obama se livrent à une guerre de vidéos pour soutenir des accusations de discours plagiés. Chez nous, ceux de Rama Sithanen et de Nita Deerpalsing, soit tous les « Wallah » confondus, n?en sont pas en reste dans la « blogosphère » quadricolore ! Chacun cible à sa guise. La parole, sans frontières, se démultiplie.
Les modèles de communautés virtu-elles (« MySpace », « Facebook », « LinkedIn », « YouTube », etc.) divergent selon les sujets d?intérêt, mais tous connaissent une croissance spectaculaire. Si auparavant leur potentiel d?intrusion ou de voyeurisme était craint, aujourd?hui, alors que nos messageries croulent sous les « spams », les réseaux sociaux pourraient s?avérer une protection efficace ? Il faudrait faire partie d?un « cercle de connaissances » pour pouvoir solliciter et être sollicité (e-mail, SMS et même pour les sites à visiter).
Plusieurs études qui s?intéressent à ce nouveau phénomène indiquent que 75 % des internautes seront adeptes d?au moins un réseau social en 2012. Pour 2007, l?institut international « Strategy Analytics » estime à 373 millions, soit 46 % de la population des internautes, le nombre d?adeptes. Cette année, cette part va atteindre 52 % !
La motivation première qui pousse les internautes à devenir des « adep-tes » du Web 2.0 demeure l?interaction (ce que ne permettaient pas les sites Web traditionnels de relais d?information). Et pour ceux qui doutent que l?Internet est aussi un « outil politique » de profonde transformation sociale, parcourir l?ouvrage de Joël de Rosnay ? « La révolte du pronetariat » ? pourrait s?avérer fort instructif.
De Rosnay, conseiller de Maurice sur les nouvelles technologies, y prédit l?avènement d?une nouvelle forme de lutte des classes dont les insurgés emprunteront les réseaux du Web ! « À leur tête, il y aura des ?pronétaires? qui détrôneront les ?infocapitalistes? pendant que les consommateurs passifs seront remplacés par des ?consommauteurs? actifs. » Publié chez Fayard, ce livre, qui explique le basculement paradigmatique des « mass médias aux médias des masses », est disponible en intégralité et gratuitement sur le Net ? « www.pronetariat com ».
Et les journalistes dans tout ça ?
De Rosnay pense qu?ils seront de plus en plus des « infomédiaires », des médiateurs en information qui devront revoir leur copie? Dans « l?express » (en date du jeudi 21 février), l?universitaire Roukaya Kasenally abonde pratiquement dans le même sens. Elle jette un regard pertinent sur le paysage médiatique mauricien et son devenir : « [?] the traditional media will have to respond to the growing exigencies of a modern and innovative society where information and knowled-ge will be available and accessible through alternative platforms. Citi-zens/media users not satisfied with a lax, docile and complacent media will switch very quickly to other more engaging and stimulating media platforms. [?] ».
Grâce aux nouvelles technologies, en effet, le pouvoir est transféré de l?élite des médias au grand pu-blic. Rupert Murdoch l?a compris.
À 75 ans, le magnat des médias et bâtisseur de News Corp, s?est offert « MySpace ». Son raisonnement est simple : Internet est avant tout un réseau qui permet de relier des individus les uns aux autres plutôt que les individus aux médias. Et ses réflexes, (malgré son âge), demeurent commerciaux (marché publicitaire) et stratégiques (contrôle des moyens d?information). C?est cette même logique qui pousse Microsoft, en guerre contre Google, à tenter de racheter Yahoo !
Bien au-delà de ces enjeux, qui se jouent à coups de dizaines de mi-liards de dollars, il faut commencer pour notre petite économie à penser autrement si on veut vraiment favoriser l?innovation. Pour que la cyber-île passe du virtuel au réel, il serait bon que ceux responsables (?) du Développement informatique à Maurice, en commençant par les censeurs insensés de l?« Information and Communication Technology Authority », saisissent les enjeux de cette nouvelle démocratie participative. La lecture de l?ouvrage de De Rosnay serait un bon début? si on veut vraiment être à la page.
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