Publicité

Quoi, Shevchenko ???

19 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le choix, on l?admet, était compliqué. Entre la régularité d?Andreï Shevchenko, l?efficacité de Thierry Henry, le palmarès de Deco ou encore le génie de Ronaldinho, les journalistes européens qui composaient cette année le jury de France-Football se sont pour la plupart égarés dans d?interminables réflexions avant d?apposer leurs croix.

Pas facile en effet, dans ces conditions, d?en écarter trois. Mais puisqu?il fallait vraiment choisir, et vite si possible, ils ont fatalement opté pour? le moins méritant des quatre ! Celui qui, en tout cas, a été le plus discret cette saison, cela bien qu?émergeant, en fin de course, comme le favori d?une opinion publique de moins en moins crédible depuis qu?on demande à l?Europe de l?Est de se prononcer.

Ainsi donc, au grand désespoir des puristes, c?est l?Ukrainien Andreï Shevchenko, 28 ans, qui a été plébiscité lundi soir Ballon d?Or 2004, trophée censé récompenser le meilleur joueur de la saison. Le 49e lauréat de France-Football a recueilli 175 points pour devancer de manière étonnamment confortable Deco (139) et Ronaldinho (133), Henry (80) devant, lui, se contenter de terminer au pied du podium.

L?attaquant du Milan AC succède au palmarès au rayonnant tchèque Pavel Nedved, relégué, on s?y attendait un peu, à une discrète mais valeureuse septième place.

Shevchenko devient par la même occasion le troisième Ukrainien à recevoir la plus haute distinction du football mondial. Avant lui, deux autres attaquants formés dans la redoutable école du Dynamo Kiev avaient été plébiscités, sans contestation aucune à l?époque. Il s?agissait du légendaire Oleg Blokhine (1975) et du non moins populaire Igor Belanov (1986), les deux diamants brut de feu Valery Lobanovski.

Le sacre de Shevchenko confirme également la très nette influence du Milan AC sur l?Europe du football puisque, avant « Cheva », quatre autres figures de proue du club lombard avaient été couronnés, notamment Gianni Rivera (1969), Ruud Gullit (1987), Marco Van Basten (1988, 1989, 1992) et George Weah (1995).

Qu?Andreï Shevchenko soit un des meilleurs joueurs de la planète foot, nous n?en disconvenons pas. Sur la durée, c?est peut-être le meilleur attaquant de sa génération. N?inscrit pas qui veut 102 buts en quatre saisons dans le Calcio, là où le Catenacio est roi, là où les défenses sont réputées les plus hermétiques et les plus tenaces du monde.

Shevchenko, on l?admet, est un féroce compétiteur, un technicien dans l?âme. C?est un attaquant rusé, vif, instinctif, capable de marquer des buts à la Van Basten tout en pesant énormément sur le collectif.

Sa saison milanaise a d?ailleurs été brillante, « Cheva » étant couronné champion d?Italie en mai dernier après avoir, pour la troisième fois, fait main basse sur le titre de meilleure buteur avec 24 réalisations.

Mais, qu?on se le dise, Andreï Schevchenko ne méritait pas le Ballon d?Or. Pas cette année en tout cas.

Gérard Ernault, le rédacteur en chef de France-Football, a maladroitement tenté, lundi, de justifier l?injustifiable. L?Ukrainien aurait donc été récompensé pour sa régularité qu?il a dit.

Et pourquoi ne l?avaient pas été Raul, Maldini et Kahn en leur temps ? Et pourquoi ne l?a pas été Thierry Henry cette année ? Davantage encore que Schevchenko au Milan AC, le Français, meilleur buteur de la Premier League, symbolise presque à lui seul l?extraordinaire épopée d?Arsenal, restée invaincue une saison durant en Angleterre, ce qu?aucun autre club de la Blonde Albion n?avait réussi depuis Preston North End un siècle plus tôt.

Il était acquis que Thierry Henry partait avec un handicap notable, celui d?être passé à côté de l?Euro 2004 avec la France. Seulement voilà, ce n?est pas Schevchenko qui aurait dû en profiter. L?Euro, « Cheva » n?y était même pas convié avec l?Ukraine !

Non, au grand désespoir de plusieurs, la régularité n?a jamais été un critère valable pour les membres du jury de France-Football. Et il est insultant qu?il le soit « exceptionnellement » cette année-ci.

Le Ballon d?Or, à vrai dire, aurait dû se jouer entre les Barcelonais Ronaldhino et Deco. Le premier parce qu?il incarne le génie. C?est un nouveau dieu du football, un joueur au talent sans pareil, un héritier des Pelé, Maradona et Zidane. Le second parce que son palmarès parle pour lui. Deco a en effet conduit le

FC Porto à une mémorable consécration en Ligue des champions, sans oublier qu?il a été vice-champion d?Europe avec le Portugal.

Si Schevchenko est passé par les mailles du filet, c?est parce que France-Football a peut-être commis l?irréparable en ouvrant trop généreusement les portes de son jury à d?obsolètes Etats de l?Est. Comme quoi la démocratisation tous azimuts du football ne sert pas forcément ses intérêts.

Publicité