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Qui veut la peau de Raddhoa ?
Info ou intox. Tout débute comme dans un polar : un assistant surintendant des prisons agressé à l?acide en pleine rue, une revendication émanant d?une obscure organisation criminelle soutenue par des « barons de la drogue » et une menace sans équivoque visant un autre haut gradé de la force policière. Certains y ont vu tout de suite un complot émanant d?une bande organisée constituée d?anciens prisonniers, le Groupement d?intervention des prisonniers mauriciens (GIPM). Ils voudraient la peau du surintendant de police, Prem Raddhoa.
La nouvelle est diffusée vendredi matin sur les ondes de Radio Plus. Un homme, dont l?identité n?est évidemment pas connue, revendique l?agression de l?assistant surintendant des prisons, Hemindralall Bhunjun, survenue le 26 février dernier (voir hors-texte).
L?individu poursuit en précisant que d?autres actions de ce type seront organisées pour se « venger » du traitement infligé aux détenus. « Nu finn fer grupman intervension pu bann prizonie morisien (GIPM)? Zot kone ki kalite bate prizonie gagne ? [?] Bat nu ek sodomiz nu. Met matrak ar nu. Bizin enn dimun ki paye sa kalite linzistis ki nu pe pase la », explique l?interlocuteur anonyme.
Et les menaces fusent aussitôt. « Ou kapav fair Raddhoa konne ki dan six zour so rappor pou passer li ousi. Cot li ete, so rappor pou passer », lance l?individu. Et de préciser que son groupe s?en prendrait à lui dans les dix jours. L?ultimatum est lancé. Et d?expliquer que son « groupe », qui est financièrement « fort », compte 35 membres et est soutenu par des barons de la drogue. Des précisions qui, espère l?individu, crédibiliseront son message et seront prises au sérieux par les autorités.
« Je n?ai aucune crainte »
Nawaz Noorbux, l?animateur qui a reçu le coup de fil, expliquera à la fin de la bande sonore être en présence du document depuis 48 heures, soit mercredi. « Malgré la dimension de scoop que comporte cet élément, on a décidé de ne pas diffuser le document immédiatement. Vu que c?est un cas sensible, nous avons tenu à prendre un avis légal avant de le diffuser sur les ondes », explique l?animateur, qui ne croit pas qu?il pourrait s?agir d?une plaisanterie.
Le Commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, ainsi que le surintendant de police Prem Raddhoa, principal visé par les menaces, sont avertis. Celui-ci, ainsi que le surintendant de police Bala Kamatchi se rendent dans les locaux de la radio pour écouter l?enregistrement. « Et là, je dois dire qu?à aucun moment les deux officiers n?ont douté de la véracité ni de l?authenticité de ce que l?homme disait. Au contraire, ils semblaient être déjà au courant de quelque chose », explique l?animateur. Les policiers apprendront plus tard que l?appel provenait d?un téléphone portable. La police n?a toutefois pas demandé à l?animateur de consigner une déposition, mais une vaste opération a été lancée pendant la journée de vendredi à la prison de Beau-Bassin.
La prochaine cible du « GIPM » Prem Raddhoa, se dit serein. « Je n?ai aucune crainte. Je continue à faire mon travail et à apporter des résultats. J?ai d?ailleurs reçu de nombreux appels de soutien. Il est hors de question que je me laisse intimider par des menaces », laisse entendre le chef de la Major Crimes Investigation Team (MCIT), visiblement satisfait du capital de sympathie que lui attire cette affaire.
Un désir de vengeance
Soupçonnant qu?un prisonnier serait à l?origine de la revendication, l?équipe de Prem Raddhoa a effectué une descente dans l?après-midi de vendredi à la prison centrale pour interroger des détenus ayant des liens « étroits » avec le milieu de la drogue. « Ces détenus ont à plusieurs reprises proféré des menaces à l?encontre des surveillants de la prison et ont même tenté d?en agresser quelques-uns », explique un garde-chiourme qui avoue craindre pour sa sécurité. Seule certitude, confie-t-il : cette organisation criminelle, si elle existe, serait dirigée de la prison.
Que le chef de la MCIT soit la cible de malfaiteurs désirant se venger de « mauvais traitements » n?étonne qu?à moitié bon nombre de policiers aux Casernes centrales, tant il est vrai que les méthodes de l?équipe du surintendant de police (voir hors texte) ont à plusieurs reprises été montrées du doigt. Nul doute que les suspects qui ont allégué avoir été victime de brutalité de la part de l?équipe de Prem Raddhoa nourrissent un désir de vengeance à son égard.
« Ce n?est un secret pour personne que les méthodes musclées de Raddhoa lui ont valu pas mal de ranc?urs. Si l?on devait établir une liste de ceux qui lui veulent du mal, cela prendrait beaucoup de temps. Mais de là à croire qu?il existe un véritable gang mafieux qui dit vouloir s?en prendre à des officiers de police, cela m?apparaît peu probable », laisse entendre un haut gradé de la force policière. Mais de préciser toutefois que cette affaire doit être traitée avec sérieux pour déterminer s?il s?agit d?une menace réelle ou d?un audacieux canular. À l?hôtel du gouvernement, telle est la consigne donnée au commissaire de police.
Les tentatives de la police en vue d?identifier l?auteur de la revendication ainsi que les membres présumés de cette organisation criminelle se sont pour l?instant révélées vaines. Les deux suspects interrogés par l?équipe de Raddhoa ont affirmé ne rien connaître de cette prétendue organisation. Un autre suspect, bien connu de la MCIT, Wendy Lafleur, est actuellement recherché dans le cadre de cette enquête. Ce dernier a, par l?intermédiaire de son homme de loi, expliqué qu?il se tient à « l?entière disposition » de la police et qu?il se rendra aux Casernes centrales dans la journée de demain. Mais déjà, il a assuré qu?il n?a rien à faire avec le GIPM. Les policiers sont, eux, persuadés que ce gang, s?il existe, est constitué d?anciens détenus résolus à en découdre avec la force policière.
Même s?il n?y a eu qu?une seule revendication, les enquêteurs ont été tentés d?établir des liens entre de multiples agressions perpétrées contre des gardes-chiourme ou encore des policiers ces derniers mois. Trois surveillants de prisons sont, en effet, en arrêt de maladie après avoir été percutés par des véhicules. La MCIT avait dans un premier temps établi un lien entre la présente affaire et l?agression d?un de ses membres, le constable Homadeven Manaroo, survenue le 13 juin 2006 à Ste-Croix, avant de conclure qu?il n?y a aucun rapport entre les deux faits.
Il pourrait s?agir d?un « make-up »
L?ampleur prise par cette affaire n?a pas laissé indifférents les hommes politiques. Le chef de file du Mouvement socialiste militant a dénoncé l?agression de l?ASP Bhunjun ainsi que les menaces proférées contre le chef de la MCIT. « On ne peut pas laisser les criminels faire ce qu?ils veulent. Tout le monde connaît ma position par rapport à Raddhoa, mais quand des menaces sont faites contre un policier, je me dois de les dénoncer avec force », a déclaré Pravind Jugnauth.
Le leader du Mouvement militant mauricien, Paul Bérenger, a pour sa part, évoqué lors de sa conférence de presse hier, cette affaire en déclarant qu?il fallait la traiter avec « sérieux » tout en n?excluant pas qu?il pourrait s?agir d?un « make-up ».
Canular ou pas, les policiers sont sur les nerfs. Quoi qu?il en soit, le compte à rebours a été lancé. J-6. Attendons voir?
Guillaume GOUGES Amrish BUCKTOWARSING
La méthode Raddhoa
Les accusations de brutalité portées contre Hurrydeo Raddhoa et son équipe ne se comptent plus, depuis son retour en grâce après les élections de juillet 2005. On se souvient encore du cas où sept de ses hommes affectés à la MCIT ont été suspendus à la suite du décès de Rajesh Ramlogun, le 14 janvier 2006. Ce dernier était alors entendu pour le double meurtre des belles-s?urs Jhurry, à Lallmatie. Il y a aussi eu l?affaire Cheniard, où le magistrat Benjamin Marie Joseph a conclu que les hommes du surintendant Raddhoa, alors responsable de la CID de Curepipe, avaient passé un suspect à tabac. Dans l?affaire Vanessa Lagesse, le principal suspect a lui aussi accusé son équipe de l?avoir brutalisé et fait subir des sévices sexuels pour lui extorquer des « aveux ». Trois membres de la famille Subbaroyen ont allégué, quant à eux, avoir été « torturés » ? documents médicaux signés par un ancien médecin légiste de la police à l?appui ? par l?équipe du bouillant surintendant lorsqu?il a rouvert le dossier sur le hold-up de la MCB. Les péripéties de Raddhoa ont, l?année dernière, coûté Rs 400 000 à l?État, le parquet ayant accepté que l?État dédommage Martine Desmarais pour son arrestation « arbitraire » dans le cadre de l?enquête sur l?assassinat de la styliste Vanessa Lagesse. Et il ne s?agit là que de quelques cas de brutalité policière rapportés. Il faut cependant préciser que, vu la réputation que traîne le surintendant Raddhoa, il est difficile de savoir si les suspects appréhendés par son équipe ont effectivement subi des sévices ou s?ils portent ces accusations en espérant se sortir d?affaire. Ce qui est sur, en revanche, c?est que ses méthodes musclées lui auront valu l?animosité des suspects qu?il a arrêtés.
Mauvais traitements ?
Les conditions de vie des détenus ont longtemps été décriées par ces derniers. Mauvaise qualité de la nourriture, non-respect des droits de visite, agressions jugées injustes par les prisonniers ou encore traitement préférentiel à l?égard de certains détenus, nombreux sont les sujets de mécontentements dans le milieu carcéral. Ce qui a été, par le passé, à l?origine d?émeute à l?intérieur des prisons où des gardes-chiourme, mais aussi des détenus, ont été blessés.
« Les prisonniers ne sont pas des enfants de ch?ur et il ne faut pas s?attendre à ce que la prison soit un centre de vacances. Cela dit, il faut préciser que les droits des détenus sont strictement respectés, mais ils trouvent toujours le moyen de se plaindre de leur sort », laisse entendre un garde-chiourme qui compte un peu plus de dix ans de service. Ce dernier reconnaît que les gardes-chiourme peuvent parfois être amenés à réagir « avec force » devant les débordements causés par quelques détenus « récalcitrants », mais il ne s?explique pas la haine qu?ont à leur égard ces derniers.
« Nous ne sommes pas des bêtes, nous n?utilisons pas la violence envers les détenus par plaisir, mais uniquement lorsqu?il n?y a pas d?autres moyens de les ramener au calme », lâche-t-il, amer.
La perpétuelle tension qui existe entre gardes-chiourme et détenus n?est pas sans provoquer des dérapages de part et d?autre. La Commission des droits de l?homme reçoit ainsi chaque mois plusieurs dizaines de plaintes de détenus clamant qu?ils ont été victimes de violence « gratuite ». Et face à ce flot de plaintes, la commission peine parfois à démêler le vrai du faux.
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