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Questions à?Radjah Veloupoulé
● Quel était le programme de votre séjour chez nous ?
Ma mission, du 11 au 13 novembre qui était de renforcer les liens culturels existants, a débouché sur une série de rencontres. Du ministre de la Culture, j?ai sollicité un soutien moral. Il vient d?arriver, il est important de connaître sa vision. Au niveau de la région, nous ne voulons pas être soumis aux changements politiques, mais opérer dans le long terme. J?ai aussi rencontré les responsables des départements de langue, de danse et de musique du Mahatma Gandhi Institute. Ils se sont montrés très réceptifs au message du développement des échanges Réunion-Maurice.
● Lesquels ?
À travers des bourses dont le nombre offert est de 100 par an, des Réunionnais peuvent profiter de formations dans des secteurs où cela n?existe pas encore. Notamment en sciences sociales : sociologie, psychologie et philosophie. Ceux qui choisissent ces filières sont, pour l?instant, obligés d?aller en France. Réciproquement, nous souhaiterions accueillir des Mauriciens en résidence d?artistes. Ma visite a pour cadre le projet phare de la région et de son président Paul Vergès : la Maison des civilisations et de l?unité réunionnaise. Son but est d?analyser et de valoriser les apports à la créolité réunionnaise.
● Comment décririez-vous le vivre ensemble à la Réunion ?
Contrairement à la vision carte postale, il existe des disparités entre les ethnies. Je pense à la communauté d?origine africaine. On ne peut que constater son manque d?ascension sociale et de valorisation, attribuable à l?esclavage et à l?engagisme. La Réunion, qui n?a que trois siècles d?histoire, n?a pas encore dépassé ces stigmates. La départementalisation a résolu bon nombre de problèmes sur le plan matériel mais n?a pas réussi à valoriser la culture africaine. Il y a un décentrement des normes admises et des cultures dominantes. L?émergence de Bollywood est un contre-pouvoir à la culture américaine. Dans ce contexte, la région veut anticiper le mouvement. Une politique de court terme ne prépare pas les générations à affronter l?avenir.
● Prenons le cas de la langue créole. Quelle est sa situation à la Réunion et comment Maurice peut-elle apporter son aide ?
La Réunion n?a pas de graphie et c?est pour cela qu?un Office de la langue a été mis sur pied. Le Certificat d?aptitude pour l?enseignement secondaire (CAPES) en créole, équivalent au BAC + 4, existe depuis 2002. Il donne la possibilité aux élèves de suivre une option Langue et culture régionale. À terme, le diplômé peut enseigner le créole et une autre langue.
● Sans graphie, comment le créole est-il enseigné ?
Pour l?instant, c?est livré à la compétence de l?enseignant. Il y a un consensus autour de la graphie Tangol, du nom de l?association d?intellectuels ? dont fait partie Axel Gauvin ? qui l?a mise au point en 2001.
● Avec Maurice, quels sont les contacts établis pour le compte de la Maison de la civilisation ?
En décembre 2004, je me suis rendu à Fort Dauphin, là où a été érigée une stèle en mémoire des esclaves. Durant la même année, j?ai participé au festival Baluante au Mozambique, rendez-vous de la musique, de la danse et visite en Chine où nous avons signé un protocole d?échange économique et culturel. Le 9 janvier dernier, j?étais en Inde à l?occasion de l?Aapravasi Divas. Nous avons établi un réseau pour ne plus être isolés. La région se veut un pôle pour une meilleure connaissance des pays d?origine.
Propos recueillis par Aline GROËME
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