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Questions &réponses
<B> Comment jugez-vous la situation?</B>
Les secours iraniens sont rodés à ce type de catastrophe. Ils ont une longue expérience des tremblements de terre et la mémoire de huit années de guerre avec l?Irak, qui leur permettent de mobiliser des équipes de secours grâce au Croissant-Rouge et aux forces paramilitaires que sont les pasdaran et les bassidji.
<B> Le séisme de Bam est-il comparable à celui que vous avez connu en 1997?</B>
Il a frappé le même milieu urbain et les bourgades alentour. Mais les conditions climatiques sont différentes : en 1997 c?était l?été et c?est l?hiver aujourd?hui. Il y a six ans, nous avions été confrontés à des infections intestinales liées à la chaleur. Cette fois, il faut redouter des épidémies de maladies respiratoires liées au froid.
<B> Quarante-huit heures après un tremblement de terre, peut-on encore dégager des survivants?</B>
Je ne le crois pas. Premièrement à cause du type des constructions détruites. C?est comparable à une avalanche : ces maisons en brique et en pisé (terre argileuse séchée, ndlr) constituent des nuages de poussière qui se tassent sous les gravats, empêchant la constitution de poches d?air et étouffant les victimes. Quand les murs en terre sont cisaillés, les parois des maisons s?écartent et les toits, constitués de dalles en béton, tombent au milieu et écrasent les occupants. Deuxièmement, on sait que, statistiquement, il est très rare de découvrir des personnes rescapées après quarante-huit heures.
<B> Comment s?organisent les secours?</B>
Il y a trois vagues de secours dans les tremblements de terre. D?abord le désensevelissement, avec les sauveteurs équipés de chiens et de matériel de détection. Il est pratiquement terminé. Le deuxième volet est la prise en charge chirurgicale aiguë des victimes. Le troisième, ce sont les rescapés : des personnes qui sont très choquées et qu?il faut prendre en charge sur le plan somatique et psychique. Il va falloir mettre en place des postes médicaux avancés pour faire de la médecine générale en première ligne.
<B> Quels sont les besoins les plus urgents?</B>
Le gros de l?activité chirurgicale est en cours. Le dispositif iranien renforcé par les secours multilatéraux permettra aux hôpitaux de prendre en charge, dans des conditions certes compliquées mais immédiates, les cas très aigus. Mais les stocks de médicaments, de transfusions et d?équipement vont s?épuiser. Il faut les reconstituer afin de permettre aux Iraniens d?avoir de quoi opérer et d?assurer les prises en charge lourdes de polytraumatisés (réanimation, dialyse...).
Votre intervention en Iran s?inscrit-elle dans le long terme?</B>
Oui, mais ce long terme sera lié au bon vouloir des Iraniens. Traditionnellement, ils «ouvrent» leur pays à l?aide internationale et, au bout d?un certain temps, nous remercient. Nous avons fixé, un peu arbitrairement, notre «fenêtre» d?intervention à un mois.
<B> Tire-t-on des leçons des fréquents séismes qui affectent cette région?</B>
Du point de vue de la construction, absolument pas. On continue de bâtir de manière anarchique et ancestrale alors que des constructions antisismiques seraient efficaces. Du point de vue humanitaire, notre action s?inscrit dans les cadres logiques de la médecine de catastrophe. On sait très bien ce qui va se passer, et ce qu?on va faire...
<B>Nouvelle nuit sans sommeil pour les rescapés</B>
Du matériel humanitaire et des secouristes continuaient d?arriver à Bam, mais les
rescapés du séisme dévastateur qui a rasé cette ville iranienne devaient pour la plupart passer une nouvelle nuit dehors, par un froid glacial, perdant peu à peu espoir de retrouver leurs proches enterrés sous les décombres.
Le petit aéroport de Bam accueillait aux premières heures hier une dizaine d?avions cargo civils et militaires peinant à se frayer une place sur le tarmac.
Des soldats déchargeaient des cartons d?eau en bouteille et des vivres, des secouristes étrangers s?affairant dans le bâtiment principal avec une pléthore de volontaires du Croissant rouge iranien. L?ancien comptoir des taxis de l?aéroport s?est transformé en pharmacie de fortune, et le hall des arrivées en hôpital. Pour les rescapés logés dans des tentes ou se contentant du confort relatif d?une couverture posée à même le trottoir, l?espoir s?amenuisait de trouver des proches sous les débris de ce qui était avant vendredi leur maison. Fatima Momen Abadi, 30 ans, erre entre les silhouettes agglutinées autour des feux pour tromper un froid cinglant. Elle a perdu dans le séisme sa soeur et ses trois filles, et ne trouve pas le sommeil. ?Il est très important de trouver les corps (...). Peut-être qu?ils les ont trouvés, et enterrés. Mais je n?ai aucun espoir?, dit-elle, la voix cassée. Sa maison a été détruite, et elle s?est installée dans une tente située à proximité.
Quant à Kobra Abbasi Nedjad, 53 ans, elle a perdu quatre de ses six enfants dans l?effondrement du plafond de leur chambre. ?Nous aurions préféré être tués à leur place. Ils étaient jeunes?, explique-t-elle en pleurant, aux côtés de son mari, blessé, pour qui elle a pu obtenir une couverture supplémentaire auprès d?un camion distribuant de l?aide humanitaire. Certains secouristes entretiennent encore l?espoir de trouver de tirer des rescapés des décombres de la ville, rasée aux trois quarts. ?Il est possible que pendant deux ou trois jours on en trouve encore?, assure Hassan Al Saaadi, qui travaille pour le Croissant rouge. Mais sa dernière mission a été de retirer les corps des membres d?une famille de cinq personnes anéantie dans la destruction de leur maison.
Saadi, qui vient d?une ville située à plusieurs centaines de kilomètres de là et dort à la belle étoile, comme bon nombre de survivants du séisme, explique que les efforts des secouristes pâtissent du manque d?équipements tels que les bulldozers et les groupes électrogènes. ?Nous n?avons pas assez de gros équipement (...). Mais ça a commencé à arriver aujourd?hui?, dit-il. Alors que les recherches entraient dans leur quatrième journée, des secouristes ont dit ne plus trouver de personnes vivantes sous les décombres, seulement des corps brisés. Alain Pasche, membre de l?équipe de coordination de l?Onu, a indiqué à Reuters que les opérations de secours se poursuivraient au moins encore un jour. ?Une évaluation permettra alors de déterminer si on continue ou non?, a-t-il dit. ?Après cinq jours, les chances de retrouver quelqu?un vivant sont très maigres.?
?Nous aurions préféré être tués à leur place. Ils étaient jeunes?.
Jacky DURAND
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