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Questions au Dr Catherine Gaud, immunologiste et vice-présidente de la région Réunion

15 septembre 2006, 00:00

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● Comment vous-êtes-vous retrouvée associée au chikungunya?

Je suis une immunologiste, soit un médecin spécialisé dans les maladies du sang et du système immunitaire. Je m?occupe donc des maladies virales dont le VIH-sida. Je suis également vice-présidente de la région Réunion pour les questions de santé. Pour ces raisons, j?ai été en première ligne pour cette maladie.

Le chikungunya touche à l?immunologie car il existe une forme chronique de l?infection qui se manifeste par des douleurs articulaires récidivantes et très invalidantes durant des mois, voire des années, après l?infection initiale. Elles sont en relation avec un conflit immunologique et non avec le virus lui-même.

● Quel a été le schéma du chikungunya à la Réunion ?

Le chikungunya a touché notre île pour la première fois en mars

  1. L?épidémie a diminué pendant l?hiver, puis a augmenté progressivement, avec un pic en février ? 45 000 personnes touchées par semaine. Au total, un peu moins de 300 000 Réunionnais sur une population de 770 000, ont été touchés à ce jour. Moins de 300 personnes en sont mortes. C?était presque toutes des personnes âgées ou porteuses de maladies sévères, deux enfants et un nouveau-né. Sept adultes sains sont aussi décédés, essentiellement de complications cardiaques, pulmonaires et cérébrales.

● Une première contamination au chikungunya permet-elle de développer des anticorps ?

La prudence me pousse à dire que l?on n?a pas de certitude à 100 % mais à 99 %. Les anticorps sont protecteurs pendant au moins quelques années.

● Où en sont les recherches médicales ?

Un essai clinique est presque finalisé sur la Nivaquine versus le placebo chez les patients nouvellement contaminés. Cette molécule est très efficace in vitro, inhibant totalement la réplication virale. Il en va de même pour le vaccin de l?armée américaine. Ce vaccin vivant atténué est très efficace. Il a été mis au point il y a quelques années car le chikungunya était une arme biologique. L?institut Pasteur et l?Institut national de la santé et de la recherche médicale l?étudie à nouveau pour voir s?il peut être réutilisé. Il faut souligner qu?une mutation virale a été mise en évidence lors de l?épidémie réunionnaise à la fin de janvier, début février. Ce qui explique en partie l?apparition de cas sévères.

● Quelles ont été les conséquences économiques et sociales du chikungunya à la Réunion ?

La principale conséquence a été la chute par 70 % des revenus de l?industrie touristique. Les autres secteurs ont été assez peu touchés. Au niveau social, la population a été traumatisée voire déprimée et une peur irraisonnée s?est emparée d?elle. Peur très attisée par les médias, il faut bien le dire. Par ailleurs, il n?y a pas eu de consensus auprès des décideurs, qui, à mon avis, n?ont pas fait preuve de suffisamment de cohésion dans une réponse groupée à cette problématique. Il y a eu beaucoup de polémiques, de critiques et d?initiatives en solo.

● Comment entrevoyez-vous la situation du chikungunya dans nos îles avec l?arrivée prochaine de l?été ?

Tout dépendra des réponses concernant la Nivaquine et le vaccin, de la qualité de la lutte communautaire pour détruire les gîtes larvaires et de la séro-prévalence dans la population. Lors d?une épidémie de chikungunya, 80 % de la population est habituellement contaminée. Si ce schéma s?avère durant les prochains mois, nous n?aurons pas grand-chose à craindre à la Réunion. Si le taux d?attaque a été moindre et qu?une grande partie de la population n?est pas immunisée, il y a beaucoup à craindre car les moustiques, eux, ont la vie dure. De plus, nous sommes très démunis pour lutter contre l?aedes algopictus qui est plus difficile à combattre que l?anophèle. Ce qui fait qu?on ne puisse parler d?éradication le concernant.

● En quoi consiste la lutte communautaire ?

Elle consiste en une appropriation par la population de la lutte contre les gîtes larvaires. Elle représente 80 % du combat contre le vecteur et passe tout simplement par une éducation à la population qui doit, de façon permanente, supprimer les gîtes dans lesquels se développent les ?ufs puis les larves, c?est-à-dire, les flaques d?eau croupie dans les soucoupes, les feuilles mortes, les gouttières, les cannettes etc. C?est une lutte mécanique très simple et non polluante, mais qui doit être répétée chaque semaine au minimum pendant des années.

● Pourquoi est-ce important pour les autorités de dire la vérité au sujet du chikungunya ?

C?est important pour rester crédible dans l?avenir. Si l?on est honnête, on ne peut pas dire aux touristes qu?il ne se passe rien. En leur disant la vérité, ils nous croiront également lorsque nous dirons que le danger est écarté. C?est une question d?éthique, une façon de se comporter dans l?existence. Cette idée est également valable pour la population de nos îles qui sont en droit d?avoir une information claire et précise sur la situation réelle.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

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