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Questions à? Soeur Cyril Mooney
Etes-vous à Maurice pour conseiller vos cons?urs mauriciennes sur la façon de gérer la situation après le jugement du Conseil privé ?
Pas du tout. Cette visite était programmée depuis bien longtemps. Un rendez-vous avait déjà été pris avec la délégation mauricienne lors de la Conférence internationale de l?Institut de Lorette à Calcutta en novembre 2002. Ma visite à trait à la formation pédagogique et à l?enseignement des valeurs humaines.
Vos discours sont axés sur la nécessité d?une ouverture vers les pauvres. Est-ce à dire que les collèges catholiques mauriciens n?ont rien fait jusqu?ici pour cette catégorie d?enfants ?
D?après ce que j?ai lu et entendu, pendant longtemps 25 % de vos enfants qui terminaient leurs études dans le primaire n?entraient pas dans le secondaire parce que leur niveau académique était trop bas. A cause du système qui était en vigueur, seuls les meilleurs étudiants issus pour la majorité de la classe moyenne entraient dans les stars schools. Je crois que le plan de réforme qui permet d?avoir aujourd?hui des collèges de Form I à V et des collèges de Form VI, est une occasion pour nos collèges de s?ouvrir davantage à tous. Nous ne pouvons nous permettre de laisser dans l?ignorance tous ces jeunes qui évoluent dans un environnement moins privilégié. Si nous voulons vraiment une éducation juste, il nous faut constamment nous remettre en question. Nos collèges doivent s?ouvrir aux pauvres et doivent être des lieux où l?Evangile est vécu en pratique.
Est-ce une attitude chrétienne de laisser tomber les autres groupes sociaux qui veulent profiter de l?éducation catholique ?
Je ne dis pas que nous ne voulons pas des riches dans nos collèges. Il n?y a pas que des riches dans nos institutions. Il faut cependant admettre que le système a favorisé jusqu?ici ceux qui sont privilégiés. Regardez la somme que les parents dépensent en leçons particulières pour que leurs enfants soient admis dans les star colleges catholiques ou d?Etat. Un bon nombre d?enfants intelligents n?a pu se trouver au top level tout simplement parce qu?il leur manquait le support financier et l?environnement familial approprié. Nombre de ceux qui fréquentent les collèges d?Etat et catholiques peuvent se permettre de payer pour des études secondaires alors qu?il y a peut-être beaucoup de jeunes talentueux et intelligents dispersés à travers l?île qui font en ce moment un travail manuel parce qu?il n?ont pas la possibilité d?aller plus loin dans le système éducatif.
Les collèges de Lorette devraient-ils alors changer d?orientation ?
Il ne faut pas mal interpréter mes propos. Je ne dis pas que les riches doivent être mis à l?écart afin que nous nous occupions uniquement des pauvres. Ce que je préconise, c?est que ceux qui viennent dans nos collèges doivent partager leurs connaissances avec les autres qui sont moins privilégiés qu?eux à tous les niveaux. La meilleure façon serait une interaction entre ceux qui ont et ceux qui n?ont pas. Cette interaction peut se faire soit à l?intérieur du collège avec l?intégration des pauvres, soit en allant vers ces enfants dans leur localité. Ce service envers la communauté devrait figurer dans le time-table. C?est ce que nous faisons à Sealdah, mon collège à Calcutta. Vous pouvez par exemple consacrer deux périodes chaque semaine ou un jour de congé par mois pour les enfants moins chanceux.
Comment faire accepter cette idée aux parents surtout lorsqu?il y a un programme d?études à terminer dans un ?time-table? très serré?
C?est vrai que la mentalité est à changer. Ce ne sont pas ces quelques minutes consacrées aux pauvres qui vont empêcher leur enfant de bien travailler à l?école. Cette interaction est à la fois bénéfique pour celui qui enseigne et aussi pour celui qui reçoit. Les deux gagnent en valeurs humaines telles que l?amour et le respect.
Combien d?enfants sont concernés jusqu?ici par votre projet enfants de rue ?
Des milliers et des milliers. Ce sont quelque 1 400 élèves que nous envoyons dans les rues à Calcutta, dans les gares et dans les villages avoisinants.
Selon vous, l?avenir des collèges de Lorette est-il compromis à cause du jugement du Conseil privé ?
Pas du tout. Nos collèges ont été des leaders dans beaucoup de domaines et ils le resteront. Nous avons encore un bel avenir. Les 50 % des places réservées sont toujours là et c?est l?occasion d?amener les enfants venant des régions défavorisées à nos écoles. Si un enfant qui vient d?un milieu défavorisé et qui ne prend pas de leçons particulières réussit à obtenir cinq B aux examens du CPE, je ne doute pas qu?avec un bon enseignement et un meilleur encadrement venant de nos collèges, il peut mieux faire et arriver à atteindre des sommets. On sera vraiment star lorsqu?on réussira à obtenir de bons résultats avec des élèves jugés plus faibles et qui n?ont pas le support familial, culturel et économique nécessaire.
Comment opèrent les collèges catholiques en Inde ?
Il y a une bonne cohabitation entre les collèges d?Etat et catholiques. Mais le système est différent du vôtre. Les english speaking catholic schools comme celle où je travaille sont payantes mais elles reçoivent une petite subvention de l?Etat. Cet argent sert uniquement à compenser le professeur pour l?augmentation du coût de la vie. 50 % de nos élèves sont des pauvres et ne paient donc pas leur scolarité tandis que l?autre moitié peut payer. Nous dépendons beaucoup des sponsors pour opérer l?école.
Est-ce que vous avez le droit en Inde de prendre en majorité des élèves catholiques ?
D?après la loi en vigueur, je ne peux refuser d?admettre un enfant catholique qui demande de venir dans mon établissement. J?attribue les places qui restent aux non-catholiques qui, je dois le préciser, sont en majorité.
Quels ont été les sujets abordés lors de votre rencontre avec le ministre de l?Education mardi ?
J?ai soulevé la question de la langue d?enseignement en raison du taux élevé d?échec scolaire dans le pays. Je lui ai dit qu?il faut introduire le créole comme médium d?enseignement durant les trois premières années du primaire. Dans mon école, on passe par la langue maternelle qui est le bengali pour construire d?abord dans la tête de l?enfant. Et à partir de là, nous le dirigeons vers une langue étrangère. A mon avis, le créole doit avoir la même considération que l?anglais et le français. J?espère bien que le ministre m?a écoutée car j?ai dit cela pour le bien du pays.
L?enseignement des valeurs humaines est votre sujet de prédilection. Ne pensez-vous pas que la mixité dans les collèges de Lorette peut contribuer au respect entre filles et garçons ?
Nous tentons déjà l?expérience au collège Lorette de Bambous-Virieux où 96 garçons sont admis. C?est une nouvelle expérience et il ne reste plus qu?à juger de son efficacité.
Propos recueillis par Myette AHCHOON
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