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Questions à Asraf Caunhye, directeur du MSB
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Questions à Asraf Caunhye, directeur du MSB
Le Mauritius Standards Bureau (MSB) a récemment fait l?objet d?une interpellation parlementaire autour de la certification refusée à un producteur de fer de construction, certification finalement obtenue à l?étranger. Le MSB a-t-il les ressources et les compétences nécessaires pour mener à bien sa mission ?
Non, pour l?instant nous n?avons pas tous les moyens logistiques et les ressources humaines nécessaires. Nous les aurons quand ceux qui sont responsables de notre devenir auront compris les enjeux d?une politique nationale de normalisation. Pour l?instant nous faisons le travail pour lequel nous avons les compétences et les moyens. Pour ce qui est de remettre en question nos compétences ? référence faite à un producteur de barres de fer de construction ? je dirais que c?est vrai que le MSB lui a refusé la certification, pour la simple et bonne raison que ces produits ne répondaient pas aux normes. Si, en nous basant sur l?échantillon que le producteur nous avait proposé, nous lui avions accordé la certification, lui permettant d?aller de l?avant avec sa production et la mise sur le marché de ses produits, cela aurait été la catastrophe pour ceux qui les auraient utilisés.
Il est vrai aussi que ce même producteur est venu, plusieurs mois après notre refus, avec des certifications obtenues d?organismes étrangers. Soit. Mais c?est bien grâce aux observations du MSB qu?il a pu améliorer ses méthodes de production et ses systèmes de contrôle, ce qui lui a permis d?obtenir sa certification auprès d?organismes étrangers. Le MSB, il faut le dire, n?est pas là pour mettre les bâtons dans les roues. Nous sommes là pour aider les entreprises à améliorer leurs méthodes de production, et donc la qualité et la compétitivité de leurs produits.
Devrions-nous comprendre que les objectifs du MSB ne sont pas encore bien clairs pour les ?stakeholders? ? Le concept de normes et de qualité relève bien souvent d?une question de culture. Nous sommes souvent habitués à des produits de qualité inférieure. Cela prend du temps pour changer les comportements...
Les pays dits développés ont mis des décennies avant de pouvoir élaborer et faire accepter les mécanismes de normalisation. Il est beaucoup plus facile de changer les lois que de changer les comportements. Les producteurs veulent produire vite, en grands volumes. Certains, de plus en plus nombreux, font de l?imitation, de la contrefaçon. Les consommateurs, bien souvent, achètent n?importe quoi. Ils ne lisent pas les indications sur les étiquettes, ne font pas attention au mode d?emploi ou aux avertissements. Ce qui fait qu?aujourd'hui, nous devons expliquer que loin d?être des contraintes ou des obstacles, les normes sont élaborées pour le bien de tous.
Qu?est-ce que le consommateur a à gagner de l?application de normes ?
Il a tout à gagner. Le processus d?élaboration de normes prend justement en compte la satisfaction de l?utilisateur-consommateur. Le MSB travaille actuellement sur l?élaboration de normes pour les raccords de gaz ménager. Notre souci premier, dans un tel exercice, est de dire aux fabricants qu?ils doivent respecter certaines normes de fabrication et que ceux-ci doivent tenir compte de la sécurité de l?utilisateur. Le consommateur averti cherchera, de son côté, le label de qualité en faisant ses achats.
A ce jour, l?élaboration de normes est une affaire de consensus entre fabricants, consommateurs ? quand leur avis est sollicité ? et le MSB. Votre campagne d?information et de sensibilisation, ne devrait-elle pas commencer par cibler les décideurs politiques ?
C?est l?un des grands défis auxquels les organismes de normalisation sont confrontés. Il est important que les législations relatives à la production et à l?utilisation de biens de consommation incluent les normes à respecter. Ces normes peuvent être celles déjà élaborés et appliquées à l?étranger, à condition bien sûr qu?elles répondent aux réalités du lieu, ou elles peuvent être élaborées par l?agence locale de normalisation.
Toute cette question de normes, ne serait-elle pas une idéologie imposée par l?économie capitaliste et libérale ? Ce sont autant de contraintes et d?obstacles pour les petits exportateurs?
Ce genre de débat et d?argumentation n?est plus d?actualité. Maurice est arrivée à un point de développement où elle est obligée de prendre ce train, sinon elle recule. Nous convoitons des marchés commerciaux très sophistiqués et exigeants en matière de qualité. La question n?est pas d?ordre idéologique. La question à se poser est celle-ci : voulons-nous continuer notre développement ? Est-ce que nous voulons pénétrer de nouveaux marchés ? Est-ce que nous voulons prendre avantage des nouvelles opportunités telles que l?Africa Growth Opportunity Act ?
Les petites économies ont-elles les moyens de se payer toutes les structures et les mécanismes que nécessite l?application de politiques de normalisation ?
Les petites économies ne pourront jamais, d?elles-mêmes, se doter de mécanismes de normalisation qui puissent répondre aux... normes internationales. Je viens justement de la 26e Assemblée générale de l?ISO, au cours de laquelle les pays en voie de développement ont exprimé la demande d?une assistance internationale pour la mise en place des mécanismes de normalisation. Une Task Force a été mise en place en vue d?étudier cette demande. Nous avons aussi beaucoup insisté pour que toute assistance soit définie sur une base sociale.
Quelles ont été les autres idées maîtresses dégagées lors de cette assemblée générale de l?ISO ?
L?idée maîtresse que je retiens est la suivante : nous ne pouvons nous payer le luxe de rester sur la touche. L?environnement commercial et économique mondial nous impose d?adopter des normes dans la production de biens de consommation et de services. Les nouvelles règles du commerce international seront impitoyables : si nous voulons pénétrer certains marchés, il faudra impérativement que nos produits répondent aux normes imposées par les importateurs. Nous devrons être exigeants, envers nous-mêmes que nous soyons fabricants ou consommateurs, pour commencer.
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