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Quelle société civile ?
Le Forum de la société civile, organisé dans le cadre de la Réunion des petits Etats insulaires en développement, pose avec une nouvelle pertinence la question de l?importance et du rôle de la société civile. De manière générale, les organisateurs des conférences internationales tentent systématiquement désormais d?intégrer les mouvements associatifs aux événements qu?ils organisent. Même si les objectifs des Nations unies restent toujours nobles, il n?en demeure pas moins que ces ONG qui participent à de telles manifestations ont une contribution plus souvent symbolique qu?autre chose. Il est toujours bon d?apaiser les trublions altermondialistes en en faisant des partenaires. Mais personne n?est dupe de la man?uvre. Au fil des conférences, les ONG ont témoigné de leur capacité à faire du socialement correct. À ce titre, le prestige des uns et des autres demeure intact.
Cela dit, il importe de ramener la réflexion dans le contexte des Petits Etats insulaires. Il serait aléatoire de généraliser et de penser qu?il n?y a qu?une seule société civile pour tous ces Etats. Il est plus judicieux de se limiter à la société civile mauricienne. Première précision : même si elles sont un élément constitutif de la société civile, les ONG n?en sont pas le seul. À ce titre, il est bon d?insister sur le fait qu?il y a une certaine confusion autour de la définition de l?expression. À travers le monde, dans toutes les grandes conférences internationales, se réclament de la société civile des mouvements et individus qui expriment une opposition active à la libération économique agressive du monde et à la recolonisation commerciale par les multinationales. Ils refusent de résumer la société à sa seule valeur marchande, et se battent avec la force de leur conviction contre les prescriptions des institutions comme l?OMC, la Banque mondiale ou le FMI.
À Maurice, sauf pour quelques avertis qui refusent l?embrigadement idéologique que véhicule le capitalisme mondial et qui remplissent la fonction de contre-pouvoirs, les différents acteurs et ONG, revendiquant une appartenance à la société civile, n?ont jamais développé un argumentaire sur le type de développement imposé à la société dans laquelle ils vivent. Il importe aussi de ne pas inclure dans ce registre les femmes et les hommes qui font dans l?humanitaire et qui agissent pleinement dans la chaîne de solidarité. Par contre, il est essentiel de remettre en question le rôle joué par ces associations et autres pseudo champions de l?ordre moral mauricien. Car, en fait d?ordre moral, c?est à une action purement sectaire à laquelle ils se livrent? lorsqu?ils ne pensent pas qu?à leurs seules prébendes personnelles. On ne décèle, en effet chez eux, aucun discours sur le modèle de croissance, sur le mythe du développement social ou sur l?alignement inconditionnel de Maurice à l?économisme occidental.
C?est cette absence de réflexion qui les discrédite et qui leur interdit toute adhésion à la société civile. Que reste-t-il par conséquent? Les syndicalistes? Leur conservatisme et leurs réflexes corporatistes sont loin d?être des qualités. L?intelligentsia? Dans ce dernier cas, la soumission et la complaisance au discours officiel témoignent d?une profonde léthargie. Devrait-on pour autant conclure à l?inexistence d?une société civile mauricienne? Ce serait un postulat excessif. Pourtant la prépondérance de la société politique locale rend compte de la puérilité de la société civile. De là, la conclusion paraît évidente.
L?île Maurice peut se vanter d?accueillir une conférence comme celle sur les petits Etats insulaires. L?île Maurice peut effectivement contribuer à faire avancer la cause de ces Etats tant les discours de ses dirigeants politiques se signalent par leur consistance. Il faut effectivement un régime différencié pour ces Etats dans l?effarante jungle économique mondiale. Mais l?île Maurice peut difficilement prétendre à une société civile qui ait le sens de la participation et de la réflexion.
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