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Quelle carrière avec un HSC ?
Rashid A., 58 ans, n?avait que son Higher School Certificate (HSC) lorsqu?il quittait l?école dans les années 1970. Puisqu?il ne pouvait entreprendre des études supérieures, il s?est joint, comme tant d?autres, à la fonction publique. Grâce à des formations parallèles, il a pu gravir les échelons pour occuper un poste de responsabilités.
Aujourd?hui, Rashid A. n?a qu?un souci : il faut absolument que ses enfants puissent détenir un diplôme universitaire. ?Un HSC est un viatique insuffisant?, assure-t-il. Un avis que partage la majorité des parents : le HSC de Cambridge ne garantit plus un avenir.
Ce monument de l?éducation nationale a perdu de son importance au fil des ans. Pis, il est la cause de nombreux problèmes. Il est, entre autres, devenu une cause d?exclusion. ?Il faut l?admettre, les enfants au bas de l?échelle sociale ont peu de chance de réussir le HSC?, lance le responsable d?une institution académique. Il est effectivement plus difficile de trouver un emploi avec un HSC. D?autre part, le bachotage qu?il impose épuise les scolaires.
Multiples inégalités
Mécanisme à créer l?exclusion sociale, le diplôme de HSC ne donne accès aux universités qu?à ceux qui en ont les moyens. Il est déjà le point culminant d?un système qui porte de multiples inégalités. ?Sauf que c?est un diplôme qui est reconnu sur la scène internationale. Il ouvre les portes des plus grandes universités?, tempère Lucien Finette, directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES).
Ce dernier se dit toutefois conscient qu?une redéfinition du HSC est nécessaire. ?Il faut une combinaison des compétences académiques et professionnelles complétée par des stages obligatoires. Ce serait un HSC professionnel sur trois ans qui ne débouche pas sur le lauréat mais sur le monde du travail sans négliger une formation académique générale solide. L?adaptabilité et la versatilité sont les deux préceptes de ce modèle qui permet au jeune de se prendre en charge?, préconise Lucien Finette. Un avis qui trouve écho auprès d?un pédagogue qui requiert l?anonymat : ?Au niveau pédagogique, le HSC est considéré comme un diplôme important à Maurice. Mais le fait est qu?il est temps de ne plus se le représenter comme un principe sacré qu?on ne peut toucher.?
Dans un temps pas très lointain, le HSC offrait un réel atout pour la vie active. On pouvait postuler pour un emploi, aspirer à une carrière au sein d?une entreprise comme une banque voire, au final, devenir cadre dans des sociétés privées moyennant une formation continue. Ce temps-là semble aujourd?hui révolu. C?est ce qui explique qu?au niveau du Human Resources Development Council, on plaide pour l?inclusion des matières à caractère préprofessionnel afin de répondre aux attentes de l?employeur.
Un CV qui ne comporte qu?un diplôme de HSC ouvre peu de portes. Les observateurs ne s?y trompent pas. Les avenues sont bouchées. Des emplois dans le télé marketing, l?hôtellerie avec une formation à l?Ecole hôtelière ou le secrétariat sont ce qu?on peut trouver de mieux lorsqu?on n?est pas réduit à entamer sa vie professionnelle au sein des usines de confection de vêtements. La valeur marchande du HSC a subi une dépréciation rapide. Une valeur qui, en outre, fluctue en fonction des filières choisies.
Un avis quelque peu tempéré par Lucien Finette qui rappelle que les diplômes équivalant un HSC ajoutés à deux ou trois ans d?études supérieures n?assurent pas un emploi à tous les coups. ?Les diplômes sont de plus en plus accessibles alors que, d?un autre côté, on assiste à une académisation des professions. Aujourd?hui, il s?agit d?avoir le plus de diplômes. La concurrence est sévère?, précise le directeur du MES.
Le modèle américain très instructif
Modèle quasi uniforme, le HSC diffère des autres modèles de fin d?études secondaires. En France, le baccalauréat propose de multiples filières : bac pro, bac techno, bac scientifique. C?est toutefois un système élitiste qui reproduit les mêmes inégalités que le système mauricien. Par contre, le modèle américain peut être très instructif.
Aux Etats-Unis, ce sont moins les diplômes que les motivations et les compétences des jeunes qui comptent. L?accès aux études supérieures n?est pas interdit à un jeune qui n?arrive pas à briller dans toutes les matières. Du coup, celui-ci n?est pas condamné à l?errance après le secondaire. Même s?il est bon en une ou deux matières seulement et mauvais dans les autres, il obtient à la fin du cycle un high school degree qui atteste de son niveau dans les différentes matières. Ses compétences en une ou deux matières lui permettront de passer un Scholastic Admission Test ou un American College Testing Program qui lui ouvriront soit les portes des grandes universités soit celles des full year colleges.
Le système américain offre ainsi de multiples possibilités à un jeune d?avoir accès aux études supérieures. C?est ce qui explique que 64 % d?une génération accèdent à l?enseignement supérieur aux Etats-Unis.
A Maurice, le système consiste principalement à éliminer les moins bons même s?il est aussi vrai que de nouvelles combinaisons permettent aux jeunes de profiter d?un choix élargi au niveau des filières. Avec une moyenne de 25 000 à 30 000 écoliers à prendre annuellement part aux examens du Certificate of Primary Education, ils ne sont plus que 7 000 à 10 000 candidats à affronter les épreuves du HSC.
Au niveau des études supérieures, ils étaient, en 2005, 7 357 jeunes à étudier à l?étranger dont la France et l?île de la Réunion (26,7 %), l?Australie (21,4 %), la Grande-Bretagne (20,7 %), l?Inde (18,1 %), l?Afrique du Sud (3,5 %), la Russie-l?Ukraine (3,4 %) et d?autres pays (6,2 %). A Maurice, pour la même période, ils étaient 28,864 à entreprendre des études supérieures.
Au-delà des chiffres, il demeure une autre fatalité : les enfants des classes aisées ont les meilleures écoles, les meilleurs profs et le meilleur encadrement. Les enfants des milieux populaires et plus modestes souffrent d?un système socialement injuste. Dans la substance, le HSC, en mettant l?accent sur les examens de fin d?année, encourage le bachotage. Tous les ingrédients sont donc réunis pour une différenciation et une sélection en fonction des origines sociales.
Pour Lucien Finette, le système est loin d?être parfait d?où, insiste-t-il, la nécessité pour tous les acteurs de s?impliquer dans un projet de redéfinition. ?C?est à nous de réagir d?orienter les diplômes vers telle ou telle filière selon les besoins économiques du pays. Le comité de contrôle de Cambridge est réceptif à cette idée mais c?est notre responsabilité de le faire?, souligne le directeur du MES.
Revoir un examen de fin d?études secondaires n?a jamais été une sinécure. Tout système est appelé néanmoins à évoluer en fonction des mutations que subit une société. L?école contemporaine ne peut plus, en ce sens, se consacrer à la seule identification d?une petite élite.
Nazim Esoof
Quand la formation continue devient obligatoire?
Le HSC n?est plus une fin en soi mais un début à tout. La formation continue sera le maître mot de ce siècle. Le temps où on se construisait une carrière professionnelle qui perdurait sur 20, 30, voire 40 ans est à jamais révolu. Le détenteur de HSC qui entre dans la vie active doit en avoir une toute nouvelle perception. Il sera obligé de se mettre à jour toute sa vie puisqu?il aura à faire face à de constants changements. Heureusement qu?il existe à Maurice beaucoup d?opportunités pour continuer à acquérir des connaissances et des formations en parallèle à son emploi. Le détenteur de HSC se tournera alors vers les nombreux organismes et établissements qui proposent des formations à temps partiel ou à distance. Entre autres, De Chazal Du Mée Business School, Mascareignes Academy of Economics Law & Mana-gement, University of South Africa, Indira Gandhi National Open University ou encore la Mauritius Employers? Federation.
Témoignage
Atma Bumma : ?Le manque d?ambition des jeunes me chagrine?
Débuter dans la vie professionnelle avec un seul HSC en poche. Tel était le cas pour cet étudiant qui quitte les bancs du Mahatma Gandhi Institute en 1983. Atma Bumma, fils d?un petit planteur de Nouvelle-Découverte, emporte cependant avec lui l?essentiel. ?Mon père m?a légué mieux que des trésors, quelques leçons de vie. Le goût du travail et le fruit de l?effort et de l?éducation. Pourtant, il n?a jamais été à l?école. Mes parents ont plutôt connu le réveil quotidien à 5 heures pour aller dans les champs et s?occuper des vaches.?
A l?âge de cinq ans déjà, le petit Atma s?attelle à la cueillette des légumes et se retrouve au marché à les vendre. C?est ainsi qu?il ne rechigne pas à travailler dans les champs des années plus tard, malgré son diplôme. ?En cette période, le taux de chômage était élevé. Les avenues étaient bloquées. C?était là ma seule planche de salut. Je suis allé aux champs pendant deux ans. Mais je ne me suis jamais départi de l?ambition de réussir.? Il accède finalement à son premier emploi dans le secteur des coopératives. ?Je n?ai pas refusé ce boulot, à temps partiel de surcroît, puisqu?aucune autre opportunité ne m?était offerte en cette année 1985. Heureusement d?ailleurs, puisque par la suite une bourse de plusieurs mois m?a été octroyée. Et j?ai pu préparer un diplôme de gestion à Paris.? Car, dit-il, une des clés de la réussite est, incontestablement, de ne pas cesser d?apprendre malgré les coups durs. C?est ainsi que parallèlement à son parcours professionnel, Atma Bumma prépare par correspondance une licence en histoire à l?université de Londres. ?Mais il faut que les jeunes sachent que ce n?est pas si facile d?être un étudiant en externe. Il faut galérer et naviguer seul.?
A force de patience, de courage et de persévérance, Atma a toujours fini par atteindre son but. ?Je n?ai jamais cessé d?étudier jusqu?à l?année dernière encore.? Il a ainsi terminé une maîtrise en management à la Birmingham Business School, toujours par correspondance. Aujourd?hui, à 43 ans, Atma regarde défiler son parcours. Une expérience de trois ans en tant que journaliste de la presse écrite. Puis 11 années dans l?audiovisuel en tant que directeur de programmes et directeur de production. Et lorsque son contrat avec la Mauritius Broadcasting Corporation s?achève, il a su rebondir. ?On est toujours sur un siège éjectable quand on occupe un poste stratégique. Il faut assurer ses arrières. Alors j?ai semé tout autour de moi des graines qui ont germé. J?ai saisi des opportunités de business qui s?offraient à moi.? Aujourd?hui, il s?occupe de ses affaires dont le restaurant Namasté. Outre l?ambition et la ténacité de réussir, il incombe, concède-t-il, de prendre quelques risques. Car, c?est l?état d?esprit qui prévaut. ?C?est la mentalité qui doit changer. Ce qui me chagrine, c?est le manque d?ambition de beaucoup de jeunes. Ils se cantonnent trop aux solutions de facilités. Ils veulent tout immédiatement. Et ils attendent trop des autres et du gouvernement.? Ce père de famille de trois enfants, lui, aborde la vie comme une bataille permanente. ?C?est à nous de nous armer et de nous battre. Soit on se donne les moyens de s?affirmer et de prospérer soit on adopte un rôle de subalterne et on reste soumis toute sa vie.? Atma Bumma, lui, a su choisir son camp.
Questions à Eddy Jolicoeur ?Chief Human Resources Executive? à Rogers
Peut-on, aujourd?hui, envisager de bien pénétrer le monde du travail avec un HSC en poche ?
Il y a des impératifs (choix personnel ou manque de moyens) qui font que certains jeunes entrent dans la vie professionnelle avec le HSC seulement. Pour moi, ce diplôme est plus une passerelle à des études supérieures ou de spécialisation qu?un aboutissement. Des études plus poussées s?avèrent nécessaires pour mieux s?orienter dans le domaine du travail. Mais le HSC demeure une bonne base quoique insuffisante. La solution est par la suite dans la formation continue. Evidemment, cela dépend des secteurs et la profession que le jeune désire embrasser.
Combien de détenteurs de HSC recrutez-vous annuellement au sein de votre entreprise ?
Les entreprises modernes qui se veulent compétitives et qui se donnent les moyens de réussir recrutent de moins en moins les détenteurs d?un seul HSC. Prenons l?exemple d?un étudiant qui a opté pour la comptabilité. Même si c?était sa matière principale, cela reste insuffisant pour exercer. Il faut absolument des études plus pointues. C?est pour cela qu?il existe un traineeship scheme au sein de Rogers pour que les détenteurs du HSC puissent se former, se spécialiser et aspirer à une évolution dans leur carrière professionnelle. Chaque ère a généré ses besoins pour l?entreprise en termes de niveau de l?éducation. Jadis, le SC était suffisant pour débuter sa carrière. Aujourd?hui, même la licence peut s?avérer dérisoire dans certains secteurs.
Lors des entretiens d?embauche, quelles sont les lacunes de ces détenteurs d?un HSC ?
Notre système d?éducation a généré de brillants étudiants qui ont malheureusement une culture limitée. Je note un manque d?assurance, une timidité à communiquer, une absence de points de vue, une grosse lacune au niveau de l?échange et de l?interaction. Ils ne peuvent analyser un texte ou émettre une opinion. Or, quand ils sont passés par l?université, un institut technique ou même l?école hôtelière, on voit la différence sur le plan de la personnalité. Ce qui aurait dû être fait au niveau secondaire.
Et quelles qualités recherchez-vous ?
L?entreprise d?aujourd?hui prône l?esprit d?initiative par rapport à l?entreprise d?hier qui demandait la docilité. De nos jours, elle recherche des demandeurs d?emploi qui sont autonomes, responsables et gestionnaires de leur temps. Nous avons besoin d?employés qui tiennent les rênes de l?entreprise et non ceux qui attendent des instructions. Dans l?industrie de services, c?est l?homme qui fait la différence. Or, celui qui ne possède qu'un HSC part avec un handicap, au moins au niveau d?un aspect de sa personnalité.
Est-ce à dire, alors, qu?il faille recourir à une solution de remplacement au HSC ? Un diplôme plus technique ?
Le problème n?est pas le HSC mais l?approche de l?enseignement secondaire. Le système de l?éducation ne génère pas des demandeurs d?emploi dont les profils correspondent aux besoins des entreprises. Nous produisons de brillants élèves avec des qualifications académiques impressionnantes mais avec peu de capacité à être créatifs. Ce système laisse très peu de place à la culture. Alors que dans le contexte de la mondialisation nous avons besoin de ressources cultivées pour pouvoir s?adapter à tous les changements. Ce qui est dommage puisque, à la base, le Mauricien est très doué et il a la capacité de prendre beaucoup d?avance sur les autres. Ce système d?éducation nous permet de ne développer qu?une infime partie de notre potentiel d?intelligence.
Propos recueillis par PREMILA DOSORUTH
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