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Quel remède à la crise financière ?

5 novembre 2008, 01:00

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Une fois n?est pas coutume, c?est la crise financière qui fait la une de la presse à travers le monde. Au moment où on parle de contagion de la crise à l?économie réelle, les appels à réformer la finance mondiale se multiplient. La tempête actuelle a, en effet, prouvé que les institutions financières n?étaient plus adaptées à la forte interpénétration des marchés financiers contemporains. Il faut parfois une crise pour que les uns et les autres se rendent compte que ce qui aurait dû être fait il y a des années ne peut plus être remis à plus tard.

Pour Nicolas Sarkozy, président en exercice de l?Union européenne, «il faut également un nouveau Bretton Woods destiné à refonder le capitalisme financier». Manifestement, ce message a convaincu, puisque désormais les Etats-Unis, initialement réticents, et tous les pays européens soutiennent l?idée d?une refonte du système financier international et d?une conférence internationale sur le sujet peu après les élections présidentielles aux Etats-Unis. Elle aura en effet lieu le 15 novembre 2008 à Washington et prendra la forme d?un G8 élargi aux plus grandes économies émergentes.

Cependant, il convient de souligner que, contrairement à l?époque de Bretton Woods, la présente crise financière globale est plus un problème financier qu?un problème monétaire, dans la mesure où il faut éviter que recommence l?excès de l?endettement de longue durée qui s?est produit entre le début des années 90 et la crise actuelle. D?où, la nécessité de dépasser les accords de Bretton Woods. Vers quoi alors peut-on évoluer qui pourrait ressembler au nouveau Bretton Woods, et que pourrait être cette réforme mondiale ? Bretton Woods II, qui devrait être le meilleur garant du sauvetage d?un système touché au coeur, devrait s?articuler autour de trois axes.

(a) G8 avec des économies émergentes

En premier lieu, la mise en place d?un gouvernement économique mondial qui ne soit pas réduit aux pays industrialisés du G8 d?où sont absentes les grandes économies émergentes comme la Chine, l?Inde ou le Brésil. Ceci dit, en sus des chefs d?Etat et de gouvernement des huit nations les plus riches, 11 autres pays dits émergents seront représentés au plus haut niveau, ainsi que l?Union européenne, aussi membre du G20.

(b) Agences de notation, fonds spéculatifs et paradis fiscaux

Agences de notation Bretton Woods II devrait également débattre des normes comptables internationales et du rôle des agences de notation. Mises en cause dans la crise des crédits hypothécaires à risques (subprimes), les agences de notation ont été notamment accusées d?avoir évalué avec trop de complaisance le profil financier d?établissements spécialisés dans les prêts immobiliers. Aucune institution financière ne devrait échapper à cette régulation, et notamment les fameux fonds spéculatifs (hedge funds) souvent basés dans des paradis fiscaux.

Fonds spéculatifs et paradis fiscaux

Les paradis fiscaux sont désormais dans le collimateur des responsables politiques internationaux. De nombreux Etats pointent la responsabilité de la finance parallèle dans l?amplification de la crise. Peu après le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon a appelé à la disparition des centres offshore : «Ces trous noirs comme les centres financiers offshore ne doivent plus exister. Leur disparition doit préluder à une refondation du système financier mondial.»

Selon l?organisation Transparency International France, il y aurait une cinquantaine de paradis fiscaux dans le monde, dans lesquels «plus de 400 banques, deux tiers des 2 000 fonds spéculatifs et 2 millions de sociétés-écrans» géreraient «près de 10 000 milliards de dollars d?actifs».

«L?augmentation des moyens financiers du FMI pour venir en aide aux pays touchés par la crise financière mondiale est à l?ordre du jour du prochain sommet du G20, le 15 novembre à Washington. Au-delà des aides d?urgence, le FMI va prendre part aux réflexions visant à réformer le système financier mondial.»

Revoir la liste des paradis fiscaux

Pour l?OCDE, un pays est considéré comme un paradis fiscal à trois conditions : opacité complète des sociétés, pas d?accès à l?information bancaire et refus de collaborer avec d?autres Etats dans la lutte contre la fraude fiscale. L?OCDE recense une quarantaine de pays, dont 35 ont pris des engagements de transparence et d?informations avec l?organisation. Parmi les propositions de la France et de l?Allemagne : l?établissement d?une liste plus réaliste des paradis fiscaux que celle dressée par l?OCDE. Cette liste officielle comporte, en effet, des lacunes.

Le ministre français du Budget, Eric Woerth, a proposé de «revoir la liste des paradis fiscaux et de l?élargir à tous les pays qui offrent un secret bancaire excessif», ce qui permettra d?envisager «des mesures contre les territoires et même les institutions financières qui ne respecteraient pas les règles du jeu». Berlin est d?accord avec Paris pour faire le ménage dans la liste noire. L?île Maurice, quant à elle, n?est techiquement pas un paradis fiscal. Cependant, vu que Paris et Berlin organiseront en juin 2009 une réunion sur les paradis fiscaux dans la capitale allemande pour faire le point sur les mesures envisagées pour imposer plus de contrôles aux paradis fiscaux, l?île Maurice devrait se tenir prête dans les mois à venir, afin de défendre la thèse que le secteur offshore mauricien est bien régulé et n?offre pas de secret bancaire excessif.

Des mesures de rétorsion

La crise financière peut constituer une opportunité pour lancer une véritable réforme des paradis fiscaux. Un point de vue partagé par Thierry Godefroy, économiste au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales et spécialiste de la question des paradis fiscaux : «La dernière grande offensive datait de la fin des années 90 suite à la grande crise économique asiatique. On avait alors abouti à la première liste établie par l?OCDE. L?administration Bush dès son arrivée a bloqué le processus. Mais la donne a changé. L?hiver dernier, il y a eu une offensive contre le Liechtenstein suite à la découverte de comptes en Allemagne. Vu l?ampleur de la crise actuelle, peut-être que cette fois, les choses vont avancer un peu plus. Reste que c?est très difficile de contrôler les flux financiers qui transitent par les paradis fiscaux et les centres offshore.»

(c) Une reconstruction du Fonds monétaire international

Enfin dernier axe de réflexion du Bretton Woods II: une reconstruction du Fonds monétaire international (FMI). L?augmentation des moyens financiers du FMI pour venir en aide aux pays touchés par la crise financière mondiale est à l?ordre du jour du prochain sommet du G20, le 15 novembre à Washington. Au-delà des aides d?urgence, le FMI va prendre part aux réflexions visant à réformer le système financier mondial. Désormais, il entend élargir ses missions : surveillance multilatérale des grands équilibres mondiaux, lutte contre l?extrême pauvreté. «Le FMI doit être reconstruit pour s?adapter aux défis du monde moderne. Nous avons besoin d?un système d?alerte précoce pour l?économie mondiale», a déclaré le Premier ministre britannique Gordon Brown. La chancelière allemande Angela Merkel a, elle aussi, appelé à une réforme du FMI pour lui donner «un plus grand rôle de surveillance des marchés».

La crise que nous vivons vient des Etats-Unis, mais c?est une crise qui doit être traitée au niveau mondial. Il faut lancer de nouvelles pratiques, combler les lacunes de la réglementation, en somme, inventer un nouveau système dans lequel le FMI pourrait jouer un plus grand rôle de surveillance et de régulation du système financier international. Le sommet du G20 de mi-novembre 2008, pourrait appeler le FMI à jouer ce rôle.

Pour conclure, ce sommet exceptionnel du 15 novembre à Washington qui doit réunir pays industrialisés et économies émergentes pour trouver la parade à la récession mondiale, tentera d?esquisser les grands contours du nouveau Bretton Woods, qui devrait être le meilleur garant du sauvetage d?un système touché au coeur, et donnera probablement suite au lancement d?un ensemble d?autres réunions d?une manière soutenue, dans la même direction. Ceci dit, les responsables politiques internationaux doivent également s?unir afin de créer ensemble la nouvelle architecture de ce qui pourrait ressembler au Bretton Woods II, et de ce que pourrait être cette réforme mondiale, qui saura répondre à la mondialisation, éviter que recommence l?excès de l?endettement de longue durée qui s?est produit entre le début des années 90 et la crise actuelle, et redéfinir un système de règles à partir desquelles on pourrait mieux maîtriser le risque car aujourd?hui le problème de risque financier est prépondérant.

Une unité semble être en vue. Lors d?une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique Gordon Brown, pour préparer le sommet spécial de l?Union européenne sur la crise financière ainsi que la réunion du G20 à Washington du 15 novembre, la chancelière allemande, Angela Merkel, a insisté sur la nécessité pour les Européens de travailler main dans la main avec les Américains pour éviter toute nouvelle dégradation de l?environnement financier et économique. Il faut protéger l?économie réelle et persuader les banques à recommencer à prêter de l?argent. Angela Merkel et Gordon Brown affichaient après leur rencontre une remarquable unité de vue. A Paris, le président Sarkozy tenait le même discours aux banquiers français. Dans le même souffle, maintenant que les élections présidentielles sont terminées aux Etats-Unis, la réforme de la réglementation financière pour trouver la parade à la récession mondiale, devrait être la priorité du tout nouveau Président américain à la Maison-Blanche.

Nishan AUBEELUCK, haut cadre du secteur financier local et membre du Australian Centre for International Business

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