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Quel avenir pour Raddhoa et ses hommes ?

21 janvier 2006, 20:00

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Quel avenir pour le surintendant Hurrydeo Raddhoa et ses hommes au sein de la Major Crime Investigation Team (MCIT) ? C?est le statu quo, en attendant le résultat des enquêtes parallèles suite au décès du suspect Rajesh Ramlogun samedi dernier.

La première est l?enquête policière menée par le Central Criminal Investigation Department (CCID). Elle a débuté dans les heures suivant le décès de Ramlogun. Son but : situer les circonstances exactes du décès du suspect, alors sous la responsabilité d?agents de l?Etat.

Les limiers du CCID devront réunir des indices ou, mieux, des preuves sur le décès qui serait dû aux coups et blessures subis par la victime. Ils auront à établir si ces coups ont été donnés par des policiers.

Les conclusions de l?enquête seront alors transmises au Directeur des poursuites publiques (DPP), qui décidera de la marche à suivre. C?est dans le cadre de cette enquête que sept agents de la MCIT, ayant été en rapport avec le suspect, ont provisoirement été accusés d?assassinat.

Ces policiers sont dans de sales draps, car le rapport d?autopsie du Dr Sudesh Kumar Gungadin indique que la victime est morte des coups reçus à la tête et que ces blessures, comme l?a fait ressortir le Dr Amah Charrya Gujjalu (voir plus loin), remontent à moins de 48 heures avant le décès.

Même si le CCID n?arrive pas à déterminer qui a donné des coups, « il y a des circumstantial evidences contre eux », confie une source proche du dossier. Il y a aussi le témoignage et les notes de deux sentinelles d?Alcatraz qui ont décelé des traces de blessures sur le suspect à son retour d?une séance d?interrogatoire à la MCIT dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 janvier.

Une deuxième investigation a été réclamée par le DPP. Il s?agit de l?enquête judiciaire ? une des rares autour d?un même dossier ? menée par le tribunal de district de Port-Louis et présidée par le magistrat Raj Seebaluck. Les auditions auront lieu en public, balayant ainsi toute perception de cover-up. L?enquête judiciaire permettra de déterminer si la poursuite a suffisamment de preuves pour soutenir l?accusation.

Valse des suspects

Une troisième enquête est aussi menée par la Commission des droits de l?homme après la déposition de la veuve de Rajesh Ramlogun, Bindu. La commission a déjà commencé à entendre tous les protagonistes qu?elle juge nécessaires et soumettra son rapport à l?Attorney General pour action. C?est la valse des suspects entre les trois enquêtes depuis mercredi.

Une quatrième enquête, elle, vise directement Raddhoa, pour outrage à la cour de Flacq. À la radio en début de semaine, il avait commenté la décision du magistrat Denis Mootoo d?émettre un mandat d?arrêt contre lui et ses hommes. Raddhoa aura à s?expliquer sur la teneur de ses propos au CCID. C?est à la lumière de cette deuxième enquête menée par ses pairs que la décision sera prise de le traduire ou non devant la justice.

Si Raddhoa et ses hommes ne sont pas condamnés, le gouvernement peut, on ground of public interest, leur demander de prendre une retraite anticipée. Une manière de se débarrasser d?éléments devenus gênants. Mais déjà, on souligne à l?hôtel du gouvernement que Raddhoa « pu gagn enn lot rol ». Il pourrait être placé à la tête d?une unité de suivi des enquêtes sans être directement impliqué dans le volet opérationnel.

Dans l?éventualité de son départ de la MCIT, plusieurs noms d?anciens de cette unité sont cités pour le remplacer. D?autres détectives ont été approchés pour prendre la relève de l?équipe Raddhoa. Vendredi, le dossier du double homicide de Lallmatie avait déjà changé de mains, passant de la MCIT au surintendant Anand Ramchan-dar, patron de la CID de Curepipe écarté en juillet pour faire de la place à Raddhoa. De Rose-Hill, où il avait été muté, il a spécialement été rappelé au CCID.

Dans les prochains jours, l?interrogatoire des autres subalternes de la MCIT est à prévoir. Le n° 1 de la MCIT et son adjoint, l?inspecteur Ranjit Jokhoo, seront aussi appelés à consigner leur déposition.

En attendant, Bindu Ramlogun annonce qu?elle va intenter un procès en réclamation de Rs 25 millions à l?État.

■ Erick BRELU-BRELU et Vel MOONIEN

Les zones d?ombre médicales

Comment se fait-il que les médecins de l?Etat n?aient pas relevé les traces de coups sur le corps de Rajesh Ramlogun lorsqu?ils l?ont examiné à l?hôpital Jeetoo le soir du 12 janvier ? Pourtant, des marques étaient visibles sur la joue de la victime. Ce fait a été noté dans le diary book du centre de détention d?Alcatraz, aux Casernes centrales, bien avant sa visite à l?hôpital.

Dans les couloirs de l?établissement hospitalier, il se chuchote que Ramlogun n?aurait pas obtenu les soins nécessaires. Sinon, comment expliquer que sa femme Bindu a pu déceler des traces de coups sur la plante des pieds peu avant sa mort et non les médecins ? Certains affirment aussi qu?on se serait mieux occupé du défunt si les policiers qui l?avaient accompagné n?avaient pas dit qu?il était alcoolique.

Rajesh Ramlogun mort, l?autopsie a bel et bien révélé qu?il a reçu des coups à la tête. C?est ce qui ressort du rapport préliminaire des médecins légistes Sudesh Kumar Gungadin et Amah Charrya Gujjalu. Ces coups ont provoqué l?hémorragie cérébrale qui lui a été fatale.

Le constat du médecin légiste de la police, le Dr Gungadin, révèle que Rajesh Ramlogun a été victime d?un « intercerebral haematoma ». C?est sur ses observations que se base le CCID pour établir si les membres de la MCIT l?ont malmené.

Le rapport Gungadin indique, entre autres, que Ramlogun portait des ecchymoses à gauche du visage. Les blessures irréversibles à son cerveau sont dues à une rotation de la tête, résultat d?un contrecoup.

Une explication similaire a été donnée par le Dr Amah Charrya Gujjalu à la Commission des droits de l?homme cette semaine. L?ancien n° 2 du service médico-légal reconverti en consultant privé avait été approché samedi dernier pour assister à l?autopsie de la victime. À la famille Ramlogun, le médecin a indiqué que Rajesh est décédé des suites d?un « traumatic intracerebral haemorrage following facial and head injuries ». Il a été victime de coups du côté gauche de la tête, provoquant une déchirure du côté droit de son cerveau.

Le Dr Gujjalu a également trouvé que toute la partie gauche de la tête de la victime, des oreilles jusqu?au coin de l??il, était enflée. Ses talons portaient aussi des traces de coups sans doute causés par une règle graduée ou un bâton.

Du sang caillé était visible sur les orteils droits de la victime. Ce qui suppose que quelqu?un lui a marché sur les pieds. En examinant les blessures, il est clair qu?elles remontent à moins de 48 heures, a soutenu le Dr Gujjalu face à la commission. C?est-à-dire durant la période au cours de laquelle la victime était entre les mains de la MCIT.

Vendredi, dans le cadre de l?enquête judiciaire, le radiologue de la City Clinic, le Dr Patrick Chui Wan Cheong Jr, a abondé dans le même sens que ces deux médecins légistes. Ce médecin a indiqué qu?à la lumière du CT Scan effectué sur Rajesh Ramlogun samedi, ce dernier avait subi un contrecoup au cerveau, résultat d?un traumatisme à la tête, probablement causé par des coups ou une chute.

■ Vel MOONIEN et Bindu BOYJOO

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