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Que des mines réjouies
La cuisine est froide. Le ventre des enfants est plein. Loin de la fumée de l?encens rouge qui pique les yeux, ils dînent. Quelques fourchettes de « mines » dans des petites assiettes fleuries. Pourquoi des « mines » ? « Min li long, pareil nou diman enn long lavi. »
Les traces d?huile au coin des petites bouches disent l?appétit de cette bande de cousins et de cousines de 5-6 ans, tout heureuse de se retrouver. Visiblement plus petite que les autres, Amy descend de son tabouret rouge pour aller taquiner sa copine Kimberley. Non, elle n?a plus envie de manger, malgré toutes les cajoleries, puis les menaces de sa mère. La fillette est plus intéressée par le bracelet Barbie que porte Kimberley, que par son assiette.
Dans la cour de la pagode, les grands aussi ont déjà mangé. Emmitouflés dans des pulls épais, ils arrivent par voitures entières à la pagode Kwan Tee, à Les Salines. Il est 21 heures 30. Passage obligé après avoir salué proches et connaissances debout en petits groupes, à échanger les nouvelles ou à commenter l?actualité : récupérer l?encens. Les plus prévoyants ont réservé d?énormes paquets de cette résine rouge, qu?ils n?ont plus qu?à allumer. D?autres achètent sur place. Le comptoir est tenu par Stephen Sin Tak Lam, président d?honneur de la société Cohan Tai Biou Pagoda, qui gère la pagode Kwan Tee.
Entre la monnaie qu?il tend et un salut à une connaissance, il prend le temps de nous guider vers le président de la société : Chan Fook Lye Chan Kam Tak. Malgré son rhume, notre interlocuteur s?efforce de parler plus fort que la sono diffusant de la pop en mandarin à tue-tête. Plus fort aussi que les tambours et la panoplie de cymbales qui rythment les pas vifs de la danse du lion.
<B>Fukien, namsoon et hakka</B>
Patiemment, le président de la société, en poste depuis septembre de l?année dernière, pour un mandat d?un an, nous explique qu?elle est composée de 21 membres, c?est-à-dire sept de chaque groupe : Fukien, Namsoon et Hakka.
Autour, les familles convergent vers l?intérieur de la pagode. Au passage, nous reconnaissons un visage. Il s?agit de Laval Ng, bédéiste, venu faire ses dévotions. Pendant que d?autres fidèles font le tour de l?autel en tenant à bout de bras un paquet d?encens allumé, le bédéiste qui a remisé ses crayons dit : « Tou otour lotel ena bann sain, nou dimann benediktion. »
La danse du lion reprend ses droits. L?animal animé par des danseurs acrobatiques fait lui aussi le tour de la pagode. Suivent les rituels où des pommes, des oranges sont données en offrande. Avant la grande distribution de mines, à consommer « au petit déjeuner», comme nous dit ce fidèle qui met court à nos phrases plates pour dire que nous avons déjà dîné.
<B>Guan Di, un guerrier élevé au rang de divinité</B>
Le culte de Guan Di vise à s?attirer huit vertus essentielles. Dieu des militaires, de la justice, des lettres et des commerçants, Guan Di est vénéré pour la fidélité, la sincérité, la droiture, le courage, la probité, la grandeur, l?honneur et l?honnêteté. Son anniversaire est célébré le 24e jour du sixième mois lunaire, ce qui correspond à la fin de juillet. Guerrier exemplaire ayant vécu entre 160 et 220 avant JC, il base sa renommée sur son sens de l?écoute et de l?entraide. Vaincu, il devient martyr. Non seulement décapité, son corps sera découpé en morceaux puis dispersé parmi sa suite. La dépouille sera plus tard rassemblée, incinérée. Les cendres, considérées comme des reliques, seront enterrées dans diverses pagodes.à Maurice, les fidèles se rendent à la pagode, chaque quinzaine, pour lui demander aide et protection. Ils viennent aussi le consulter avant de prendre des décisions personnelles importantes, notamment avant de s?engager dans le commerce, de se rendre à l?étranger ou de construire un bâtiment.
<B>Histoire de la pagode</B>
Lors de la première vague d?immigrants, ce sont des Chinois de Fukien qui sont arrivés en premier à Maurice. Propos de François Lan Hing Leung, trésorier de la société Cohan Tai Biou Pagoda, celle qui gère la pagode Kwan Tee. « Ils envisageaient d?abord de construire la pagode à Mahébourg, chef-lieu de l?île. Quand Mahé de Labourdonnais opte pour Port-Louis, ils achètent le terrain situé à Les Salines pour 3 000 piastres. » C?est le fondateur de la pagode Kwan Tee, Log Choïsanne, qui choisit l?emplacement « adossé à la montagne des Signaux et regardant la mer. » Plus ancienne pagode de Maurice, elle a été fondée en 1842.
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