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Quand Safire met les bouchées doubles
Ça bouillonne chez les éducateurs de rue de l?organisation Safire. Dix mois après sa création, Safire (Service d?accompagnement, de formation, d?intégration et de réhabilitation des enfants), composé d?une dizaine de travailleurs sociaux formés en 2002 par le ministère de la Sécurité sociale, entame une autre phase de son existence.
Formation à l?éducation populaire (voir questions à), réalisation d?un documentaire sur les enfants des rues et, prochainement, lancement d?une étude à l?échelle nationale, ce sont autant de projets que l?organisation tient à c?ur. Car dans ce domaine il faut aller vite, vu que le nombre d?enfants des rues, 6 500 selon l?organisation, ne cesse de croître.
Lancé en 2002 par le ministère de la Sécurité sociale, le projet « Éducateurs de rue » visait à aider les jeunes en difficulté qui se retrouvaient à la rue pour une raison ou une autre. Lorsque leur contrat n?a pas été renouvelé, ces éducateurs ont alors décidé, en mai 2006, de fonder leur propre organisation à travers laquelle ils poursuivraient leur travail d?encadrement. Une initiative, applaudie par de nombreuses associations engagées dans la protection des enfants.
D?ailleurs, c?est le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) en 2006, en partenariat avec le ministère de la Justice, qui a apporté un soutien à Safire grâce à des subventions axées autour de ce programme de formation et d?un documentaire. Une enveloppe budgétaire de Rs 503 000 avait été débloquée pour une formation spécifique liée à l?éducation informelle. Des discussions sont en cours pour que le Pnud poursuive son soutien, non seulement à Safire, mais aussi aux ONG s?occupant des enfants en difficulté.
Par manque de moyens financiers et de bras, les éducateurs ne parviennent pas à toucher autant d?enfants qu?ils l?auraient souhaité, explique Edley Maurer, membre de l?organisation : « Avant, lorsque nous faisions ce travail à plein temps nous parvenions à marquer le terrain. Or maintenant nous constatons que des enfants avec lesquels nous avions déjà établi une relation de confiance, sont retournés dormir dans les rues de Port-Louis. À l?heure actuelle, avec le grant de Rs 75 000 du NGO Trust Fund, nous avons dû revoir nos priorités. Il est impossible d?opérer complètement », souligne-t-il.
<B>L?élaboration d?un plan d?action</B>
Ainsi, Safire a un projet de collecte de fonds pour, entre autres, mettre en pratique les cours dispensés par le consultant et formateur des éducateurs de rue à Maurice, Alexis Velna, sur l?éducation populaire. Les conclusions de l?étude devront servir à l?élaboration d?un plan d?action avec tous les partenaires con-cernés par le problème des enfants des rues. Le projet sera ensuite présenté aux différents acteurs désireux d?aider ces jeunes en difficulté. D?ailleurs, le documentaire réalisé sur les enfants des rues en fait partie.
« Il y a beaucoup à faire. Par exemple, en dynamisant un quartier, nous faisons des habitants les acteurs de leur vie. Ils vont apprendre à utiliser les ressources et les institutions qui sont là. Pour mettre cette machine en branle, cela nécessitera un gros travail », affirme Edley Maurer. En attendant que la machine se mette en marche, les éducateurs poursuivent leur travail sur le terrain avec comme arme, leur force de persuasion.
QUESTION À ALEXIS VELNA, FORMATEUR DES ÉDUCATEURS DE RUE
<B>« Un bon éducateur va au-delà des clivages »
<B>Vous avez formé les éducateurs de rue à l?éducation populaire. De quoi s?agit-il ? </B>
L?éducation populaire vient après l?éducation traditionnelle, c?est-à-dire tout l?appareil qui concourt à la formation, à l?éducation ou encore à la santé de l?enfant. Même si tous les États s?organisent pour que leurs citoyens puissent avoir cette formation, il y a des gens qui ne parviennent pas à s?accomplir.
Autrement dit, lorsqu?ils en viennent à la vie active, il leur manque quelque chose : il peut s?agir d?un échec scolaire, de difficultés culturelles ou affectives. L?éducation populaire va analyser ce manque et mettre en place une stratégie spécialisée.
<B>La formation ne s?arrête pas là. Quelle sera la prochaine étape ? </B>
La deuxième partie de la formation consiste en une approche globale des quartiers en difficulté. Les éducateurs apprendront comment aller dans une cité et inciter les gens à devenir les acteurs de leur projet de vie. Dans ces quartiers, j?ai rencontré des jeunes qui ont beaucoup de compétences.
<B>Mais c?est un gros travail à abattre, compte tenu du petit nombre d?éducateurs de rue au sein de Safire ?</B>
À Maurice, par rapport à la taille du problème et par rapport aux cités qui existent, il faudrait entre 20 et 30 éducateurs formés. Ne devient pas éducateur de rue qui veut. Il faut avoir cette volon-té, cette motivation pour s?occuper des personnes en difficulté. Un bon éducateur est quelqu?un qui va audelà des clivages ethniques, culturels et politiques.
Propos recueillis par <B>B. B. </B>
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