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Quand popularité rime avec qualité

1 janvier 2004, 20:00

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IL SERA beaucoup question de cinéma populaire dans ce bilan de l?année cinématographique 2003. C?est pour cela que je veux d?abord rappeler aux lecteurs que ce compte rendu assez sommaire des films qui ?ont bien marché? chez nous et ailleurs, ne prétend aucunement être une étude critique de la culture de masse. Il faudrait pour cela plus d?espace et je risquerais fort d?ennuyer les lecteurs intéressés, en cette fin d?année, par une simple récapitulation.

Sur le plan international, comme il fallait s?y attendre, ce sont les films destinés au grand public qui ont fait recette (voir ci-contre, box office). Cela dit, il y a dans le lot quelques heureuses surprises qui font rimer qualité et popularité. Mais si je m?attarde quelque peu sur le choix populaire, c?est parce qu?il dicte le plus souvent les choix de distributeurs et prive par conséquent un public plus averti des films qu?il aurait souhaité voir sur nos écrans. C?est le marché qui dicte les choix de sujets, et c?est d?ailleurs pour cela que toute analyse des films populaires doit tenir compte de certains facteurs socio-économiques.

Dans ce même ordre d?idées, l?on peut remarquer le nombre de plus en plus important de films qui donnent aux femmes des rôles autrefois réservés aux hommes. A l?aide de montages savants et de trucages, ces dames virevoltent, lancent des coups de pieds meurtriers et projettent une image susceptible de décourager les violeurs les plus agressifs ? ou tout simplement les hommes timides qui préfèrent se retrouver entre eux.

Hélas, dans la réalité, les violeurs ont toujours pour eux les traditions machistes et même, parfois, la justice. Le cinéma, lui, n?a d?autre ambition, semble-t-il, que de conforter le grand public dans sa perception très inégale de l?égalité des sexes. Devrait-on ajouter que, de toute manière, les aventures de Lara, Sydney, Xena et les autres ciblent plutôt un public masculin, ce cinéma-là étant aussi une question de marketing ?

Pourtant le cinéma populaire ne saurait être réduit à de simples enchaînements d?effets spéciaux. L??uvre de Peter Jackson l?a démontré de manière magistrale. Le Seigneur des anneaux a eu le succès que l?on connaît, parce que la trilogie est impressionnante autant pour sa cinématographie que pour l?imagination et la créativité du réalisateur et de son équipe. Le spectateur averti ne peut qu?admirer le travail colossal que représente cette aventure cinématographique dont la vision n?est pas sans rappeler les ambitions d?un D.W.Griffith ou d?un Abel Gance. Que la compagnie New Line, qui a fait preuve de vision et de courage pour s?embarquer dans ce projet ambitieux, soit ainsi récompensée devrait satisfaire les amateurs de bon cinéma, d?autant plus que cette même compagnie semble avoir encore une fois misé sur le bon sujet avec Elf : $ 200 m de recettes, et l?une des plus grosses surprises de l?année.

Réalisé par Jon Favreau, Elf est l?histoire de Buddy, un être humain, élevé par les lutins du Père Noël depuis sa plus tendre enfance. Lorsqu?il atteint l?âge adulte, ces derniers s?aperçoivent que sa différence physique commence à poser quelques problèmes. Renvoyé dans son pays d?origine, il se lance à la recherche de son père biologique. Elf semble être l?un de ces ?feel good movies? dont Hollywood a le secret. Il en faut et c?est sans doute ce qui explique le succès d?un autre film américain, Le monde de Nemo (Finding Nemo) sorti en France, il y a déjà plus d?un mois. Ce film d?animation, ciblant le marché de fin d?année et les écoliers en vacances, raconte l?histoire d?un poisson-clown, Marin, qui part à la recherche de son fils disparu. Il est aidé en cette quête par la jolie Dory, un poisson-chirurgien bleu.

S?il faut en croire les critiques, ces films ont le mérite d?avoir de réelles qualités cinématographiques, tout comme Les Looney Tunes passent à l?action, réalisé par Joe Dante, qui met en scène les grandes vedettes du cinéma d?animation de la Warner: Bugs Bunny, Daffy Duck et quelques autres aussi connues, en ?guest stars?, parmi lesquels Porky, Speedy Gonzalez et Sylvester. Comme Roger Rabbit, ils ont pour co-vedettes des humains., et le récit nous emmène de Hollywood à la jungle africaine en passant par Paris, Las Vegas et une mystérieuse?Zone 52?.

Il ne faut donc pas désespérer du cinéma populaire ? ou, devrait-on dire, américain. Cependant le succès inévitable des films d?action américains devrait donner à réfléchir. Un documentaire diffusé récemment sur une chaîne cryptée montrait la collaboration entre des producteurs et cinéastes hollywoodiens et le Pentagone, une collaboration qui avait pour but, le plus souvent, de faire de la propagande américaine. Heureusement, il y a aussi ceux qui s?opposent courageusement à cette manipulation, comme récemment l?acteur Sean Penn, qui désapprouvait la guerre en Irak, et ceux qui, comme Michael Moore, mènent une lutte désespérée, mais pas inutile, contre ces gros intérêts qui ne sont sûrement étrangers à cette politique de domination des Etats-Unis. Il est aussi intéressant de noter que, après l?attentat du 11 septembre, des réalisateurs et scénaristes hollywoodiens ont participé à un groupe de réflexion pour imaginer les scénarios possibles de futures attaques terroristes.

Pour en revenir à ces films populaires déjà cités, dont la qualité semble avoir impressionné public et critiques, il n?est pas certain qu?ils marcheront chez nous. Pourtant le public mauricien a eu l?occasion cette année de voir des films d?un niveau de qualité tout à fait acceptable, parmi lesquels Dancing at the Blue Iguana, Gangs of New York, Photo Obsession ou Dérapage incontrôlé. On peut ainsi espérer que les spectateurs feront un effort pour encourager ces louables initiatives de la part des distributeurs. D?autant plus qu?Il s?agit non pas de films d?accès difficile sur le plan intellectuel, mais d?histoires tout à fait abordables, avec parfois des numéros d?acteurs que le grand public d?autrefois aurait apprécié.

Cependant, il est réconfortant de noter, sur la liste des films ayant fait de bonnes recettes, les films dits ethniques comme Joue-la comme Beckham, Le Gourou et les femmes et Mariage à la grecque. Cela démontre que, quelque part, les Mauriciens, conscients de la diversité de leurs origines, s?ouvrent à une nouvelle tendance, qui se confirmera sans doute avec le rapprochement Hollywood-Bollywood. Un mariage fondé sur le fric, mais qui pourrait donner une progéniture intéressante. Déjà certains films indiens ciblant le marché international se distinguent par la qualité de l?image et la variété des sites; il suffirait que producteurs et réalisateurs soient un peu plus ambitieux, comme l?ont été ceux de Lagaan, Devdas, ou L.O.C., et que les distributeurs locaux pensent à importer des films sous-titrés, pour attirer un public plus élargi chez nous, comme ailleurs.

Le bon cinéma pourrait certainement en profiter.

Kenneth Noyau

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