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Quand l?hôpital est un champ de bataille
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Quand l?hôpital est un champ de bataille
Un article sur l?escalade de violences verbales et physiques que subit le personnel hospitalier ? Voilà que vous déclenchez dans le public, une série de commentaires passionnés : « Zot rode sa bann dokter-là parfwa. Ou deranze, ou alle zot rendevu, zot pas mem gett ou, demande si ou bien, zot guett resilta test, zot preskrir medsin et zot inn fini are ou, pas fer ou arazé ça ? ». Une mère a juré de ne plus jamais aller à l?hôpital : « Mon fils de quatre ans s?est blessé un soir, il fallait lui faire des points de suture, il était agité et le médecin m?a engueulée parce que l?enfant pleurait. Il n?a pas eu de mots rassurants pour le petit et ils veulent qu?on compatisse à leur malheur?»
Ces propos seront certainement un coup de poignard pour toutes ces personnes consciencieuses qui, malgré les conditions difficiles dans lesquelles elles travaillent à l?hôpital, essayent de ne pas baisser les bras. Ces propos qui ont certes un accent de vérité et qui peuvent expliquer les conduites agressives, ne justifient en aucun cas qu?on se mette à taper sur les médecins ou à utiliser un langage pour le moins grossier à leur égard.
Francis Supparayen de la Nursing Association s?offusque et trouve que la situation devient dégradante et démotivante. « Une agression n?est jamais seulement physique ou verbale, elle est aussi psychologique. On ne vient pas travailler pour être insulté. Les gens devraient nous faire confiance. S?ils attendent avant de faire une radio et que ça tarde, ce n?est pas parce que le personnel se tourne les pouces. »
S?il admet que les infrastructures n?offrent pas le confort voulu, que la population a augmenté, mais que les équipements sont restées les mêmes, il refuse l?idée que le personnel paye les pots cassés. « Finalement, dans l?état actuel, tout ce qu?on peut faire c?est de ne pas prêter attention quand on nous insulte parce qu?on court le risque que ça dégénère et se retourne contre nous », lâche-t-il, sans grand espoir.
<B>L?attitude negative des patients</B>
Le pire dans tout ça, c?est que parfois l?agression arrive sans aucune raison. Prenez le cas de la doctoresse attaquée la semaine dernière à l?hôpital Victoria. Un malade l?a tirée par son foulard de sa consultation alors qu?elle n?avait rien à voir avec lui. On ne peut pas dire là que la victime a provoqué, par son attitude de mépris, ou par abus de pouvoir, ce passage à l?acte. Par ailleurs, certaines agressions ont lieu parce que les patients ou ceux qui les accompagnent sont ivres.
S. un cadre dans le privé a déjà vécu cette situation. « Ca m?est arrivé d?aller à l?hôpital Victoria le soir, d?attendre dans le couloir de la salle de radiographie qui est en face de l?entrée de l?hôpital et de devoir supporter des proches de malades, saoûls qui parlent à haute voix et qui jouent avec mon enfant sans que je puisse faire quoi que ce soit pour ne pas les frustrer. » On imagine alors facilement ce que les fauteurs de troubles sont capables s?ils ne sont pas satisfaits du service du personnel.
Ashok Raghubur, de la Medical & Health Officers Association attribue ce comportement à l?attitude négative des patients. « Ils exigent des certificats médicaux, des radiographies quand ce n?est pas nécessaire, d?autres ne comprennent pas que le règlement veut qu?on aille en salle en fauteuil roulant, ils se fâchent quand ils réclament un bassin et qu?ils ne l?ont pas sur le champ. Ils utilisent un langage grossier en présence des policiers spectateurs? »
Il est persuadé que la situation s?améliorerait si les gens n?attendaient pas l?après-midi pour aller à l?hôpital et s?ils se faisaient soigner dans les dispensaires quand il ne s?agit pas d?une urgence. Le Dr Ramchandra Bheenick, de l?Association des médecins privés, trouve quant à lui dommage que les gens ne voient pas le personnel comme des êtres humains, des pères de familles, des mères. « Tout le monde a le droit de travailler dans un climat serein, surtout vu les conditions difficiles parfois. »
<B>La loi de la jungle</B>
Cassam Kureeman, de la Nurses Union, ne mâche pas ses mots. « C?est devenu la loi de la jungle. Les gens manquent d?éducation. » Des anecdotes, il en a plein, notamment celle d?une mère qui voulait entrer dans la salle d?opération pendant que l?infirmier faisait des points de suture à sa fille. Il a beau expliquer que c?était contre le règlement, mais les amis et les proches ne l?écoutaient pas. Pour en finir, il a laissé entrer la mère? qui est tombée dans les pommes quand elle a vu l?aiguille. Elle s?est même blessée à tête et l?infirmier? a dû lui faire à elle aussi des points de suture. Une autre fois il est sorti des urgences et a vu un vieil homme qui suffoquait sur le banc dans la salle d?attente. « Monne dir li?vinne are moi tonton, mo pou gété ki ou pé gagné? me bann pasien inn lev ar mwa. »
Il regrette que les gens interprètent parfois mal les gestes des infirmiers. « On ne peut pas ne pas faire de gestes brusques pour remettre un bras disloqué en place. Les proches qui voient ça disent qu?on est brutal, mais ça fait partie de notre travail. »
Il n?y a pas que les médecins qui en bavent. Une domestique qui travaille dans un hôpital raconte son quotidien « Bann pasien innvinne tro otoriter. Zot pense bizin trait zot kuma VIP dans lopital. Zot koz brit lakoz enn zenfan inn pass avan zot. Kan zot dans lasal zot veye si pa ou pé koze ou si ou pe dormi apre zot rakont zot fami ki dimane lexplikasyon. Parfwa ou gaigne dimunn sou, kan pe pousse zot lor trolley, zot eksite e zot rode trapp ou . »
Toutes ces agressions interpellent le Dr Raghubur. « Est-ce qu?il n?y a pas un problème social de fond ? Est-ce qu?il n?y a pas eu de provocations de la part de certains politiciens ? Est-ce que les radios privées où l?on condamne toujours sans rien trouver de positif n?ont pas leur part là-dedans ? » Les interrogations sont nombreuses mais les solutions tardent vraiment à venir.
TÉMOIGNAGE
<B>Les tribulations du parent d?une patiente</B>
H. accompagne sa mère âgée tous les trois mois à l?hôpital de x. pour ses rendez-vous. Au dernier, après avoir attendu une heure avant de passer devant le médecin, ce dernier constate que le dossier de la patiente ne contient pas les résultats des derniers tests. Il prescrit alors les mêmes médicaments que la dernière fois, selon l?avant-dernier test, et demande à la patiente d?aller refaire les examens et de revenir dans trois semaines. H. décide alors de voir un infirmier pour lui demander de bien chercher les résultats en question. Ce dernier lui fait comprendre brutalement que ce n?est pas son rôle. Il lui aurait dit : « Si 200 dimounes ki vinn rendvou, pa truv zot resilta mo pa kapav alle rode sa dan tout kwin. Pa mo travay sa ! » H. avait beau lui dire qu?il pouvait demander à un planton de se charger de ça, mais l?infirmier lui a répondu que si le médecin lui avait demandé de refaire le test, elle n?avait qu?à obéir.
H. s?est alors rendu à l?hôpital de Y. où le test sanguin a été effectué et après avoir haussé la voix, on a fini par lui confirmer que les résultats étaient? à l?hôpital X. H. y est donc retourné et a engueulé l?infirmier « Je lui ai dit qu?ils m?ont fait me déranger pour rien, que je n?étais pas une boule, que s?il ne savait pas faire son travail, il n?avait qu?à ne pas travailler , et qu?il ne voudrait pas qu?on fasse ça à sa mère . » H est allé au laboratoire où elle a fini par savoir que les résultats étaient au records. Elle s?est donc rendu à ce département où on a trouvé les fameux résultats. « Quand j?ai jeté un coup d??il, j?ai constaté qu?un des résultats étaient élevé et que le médicament qu?avait prescrit le médecin était trop fort. J?ai insisté pour que je puisse rencontrer un autre médecin qui, a la lumière de ce résultat a fait une autre ordonnance. Imaginez si ma mère avait attendu encore trois semaines et qu?en attendant elle avait pris ce médicament à forte dose ? » Ce qui énerve H. c?est qu?à l?hôpital personne n?est jamais responsable de rien et quand il y a un problème, au lieu de vous calmer, ils vous rabaissent encore plus.
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