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Quand l?expression se grave dans le bois

19 mai 2007, 00:00

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À 17 ans, Bleck Lindor, habitant de cité La Ferme à Bambous, a trouvé véritablement sa voix dans la sculpture. Adolescent timide il est devenu un jeune homme plutôt bavard sculptant le bois pour exprimer ses sentiments. «Mo eksprim mwa a traver dibwa.» Ces pièces de bois sculptées sont des traces exprimant des histoires, des vies.

De 9 heures à 15 heures, tous les jours il va à l?école de sculpture, espace de rencontre et d?expression pour ces jeunes qui ont choisi cette voie plutôt que celle des bancs d?école plus conventionnels, dans la cour de Lewis Dick, fondateur de cette école.

Son aventure avec la sculpture a commencé il y a deux ans, lorsqu?il a rencontré son futur professeur, Lewis Dick, lors d?une démonstration de sculpture au Centre de jeunesse de Bambous. Attiré par cet art, il a commencé les cours. Ses parents également l?ont poussé dans cette direction, lorsqu?il a quitté l?école suite à une remarque de la part du directeur de l?établissement où il comptait s?inscrire concernant ses cheveux. «Direkter lekol la inn dir ki pa aksepte sa kalite seve la.»

C?est là que la sculpture est venue changer sa vie, «avan mo pa ti cav rakonte, eksplike, mo ti rest dan mo kwin, ti onte koz dimoun». Bleck Lindor a véritablement trouvé son chemin par ce mode d?expression où il traduit ses souffrances, colères, frustrations, sentiments enfuis au plus profond de lui-même qu?il n?avait pas pu exprimer autrement. «Ena des choses ki nou pa kav eksprim par la bous, sak artist ena so mod dekspresion.»

À la recherche du bon morceau de bois à sculpter, Bleck Lindor attend d?y trouver une forme déjà dessinée qui l?inspirera. Commence alors un travail d?imagination pour élaborer ce qu?il réalisera, tout en respectant le bois et sa nature.

Si Bleck privilégie le côté humain et social de son art, il n?a pas encore vendu ses ?uvres et participe souvent à des expositions où il fait de la promotion, en faisant des démonstrations pour se faire connaître et reconnaître du public, il montre avec ses amis de classe le procédé aux enfants. Mais loin d?être le chemin de la facilité, Bleck Lindor passe beaucoup de temps sur une pièce, «pou fer enn pies sa pran bokou le tan, bizin manz ar li». Mais ce n?est pas pour autant qu?un jour il n?espère pas en vivre «pou viv ladan bizin ena pasians, bizin perseverans, kontinie».

Après deux ans passés à l?école de sculpture de Bambous, Bleck Lindor est aujourd?hui lui-même devenu un guide pour les plus jeunes à l?école de Beau-Bassin et de La Gaulette. Loin d?être un professeur conventionnel, Bleck Lindor se dit même «anti professeur», se voyant plus comme un guide pour ces enfants et les laisse avoir libre court à leur imagination et expression pour ainsi découvrir leurs talents. Ainsi lorsqu?un enfant arrive pour la première fois, Bleck Lindor explique qu?il va taper sur la pièce de bois sans arrêt afin de se défouler et faire sortir toute la colère qui est en lui. Ce n?est qu?après que Bleck Lindor va s?approcher de l?enfant afin de lui expliquer certaines techniques précises et comment manier la gouge, le maillet et le ciseau sans se blesser. Mais si son rôle est d?encadrer ces enfants, il essaye de leur laisser une totale liberté d?expression de leur imagination.

Véritable échappatoire où se réfugier et s?exprimer, Bleck Lindor préconise l?art pour sortir de la rue les enfants qui traînent au lieu d?aller à l?école car ils risquent ainsi de tomber dans des fléaux tels que la drogue, l?alcool ou la délinquance.

Véritable échappatoire où se réfugier et s?exprimer, Bleck Lindor préconise l?art pour sortir de la rue les enfants qui traînent au lieu d?aller à l?école car ils risquent ainsi de tomber dans des fléaux tels que la drogue, l?alcool ou la délinquance. Moyen d?expression par excellence, les enfants tapent le bois dès qu?ils l?ont en main et sortent toute cette colère et souffrance qu?ils ont en eux et n?arrivaient pas à exprimer car trop peu écoutés.

Par son art, Bleck Lindor fait une analyse critique de la société dans laquelle il a grandi, avec son regard d?adolescent ou de jeune homme.

Sa dernière sculpture, une grande pièce de bois taillée en tête de lion. Selon son interprétation de son travail, Bleck Lindor explique que ce lion représente un Premier ministre ou un président, «enn dimoun ki ena pouvwar kouma lion li rwa de la fore. Lion la cav detruir tou, sauf elefan. Kouma ministr la pe detruir tou, bann povr, bann ris?» à l?arrière de la tête de lion, d?autres animaux : «Lezar, serpan, ? so coleg ki mars ar li sa. Li servi zot ek zot servi li osi. Kan li detrui zot bizin trouv enn lotr dimoun ki pou mars ar li. Kan enn bese lotr monte.» Vivant dans une société où la pauvreté est de mise, Bleck Lindor veut faire passer ce message : «Li importan guett derier dimoun avan fer kiksoz.»

Soulignant l?importance de laisser une trace derrière lui, ce lion c?est aussi le symbole des rastafaris. Car depuis qu?il est petit, Bleck Lindor est rasta, il prie Jah. «Mo rasta dan mo fason.» Regardant autour de lui, il peut voir chaque jour dans sa cité les conséquences des maux de cette société. Également fan d?athlétisme et de batterie, Bleck Lindor consacre le reste de son temps au sport et à la musique. Tous les jours, il s?entraîne à la course au Black River Athletic Club, jeune champion de demi-fond, il rêve un jour de pouvoir participer aux Jeux des îles de l?océan Indien. Pour Bleck Lindor, le sport est également un moyen pour ne pas tomber dans ces fléaux qui rongent sa cité. «Ena bokou ladrog lalcol dan mo site.»

Entre la sculpture et le sport, Bleck Lindor retrouve Harry, Gary, Mike et Jayssen, ses amis avec qui ils ont formé un groupe encore sans nom, simplement pour partager un moment de musique, de passion.

Les élèves de l?école de sculpture seront au Plaza à Rose-Hill pour des démonstrations et expositions jusqu?au 19 mai. Et du 26 au 29 mai, à La Gaulette.

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