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Quand les Mahorais chassent leurs frères Comoriens de leur territoire

19 octobre 2005, 20:00

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Les rues de Mamoudzou ont été très enflammées ces dernières semaines. À l?origine de cette agitation la chasse aux Comoriens des trois autres îles ouverte à Mayotte au nom d?une prétendue lutte contre l?immigration clandestine.

Les responsables mahorais n?ont pas, à cette occasion, fait dans la dentelle. Les propos tenus à l?endroit des Anjouanais, Grand-comoriens et Mohéliens résidant dans cette partie du territoire comorien empruntaient à un lexique vulgaire et ordurier.

Le crime de ces Comoriens est tout simplement d?avoir choisi une entité légale de leur pays pour y vivre. Cinq des leurs croupissent aujourd?hui en prison après un procès des plus contestables. L?un d?eux est accusé, tenez-vous bien, d?avoir voulu ramener des Anjoua-nais?clandestins à Mutsamudu. Après avoir crié à leur départ, voilà qu?on les empêche de rentrer !

Situation inédite dans le monde

Mais pourquoi toute cette hargne, tout cet acharnement sur les Comoriens des autres îles ? Pêle-mêle, on les reproche d?inscrire leurs enfants dans les établissements scolaires de Mayotte, de bénéficier de soins qualitatifs aux frais de la princesse, d?accoucher dans leurs hôpitaux avec, à la clé, une naturalisation de leurs enfants,?

Quand des représentants de la patrie des droits de l?homme à Mayotte cautionnent des revendications d?aussi basse facture, cela est un scandale. Quand des Mahorais utilisent la même langue pour insulter et chasser leurs frères d?Anjou-an, de Ngazidja et de Mohéli, c?est un déni de l?histoire.

Cette situation inédite dans le monde (de citoyens expulsés dans leur propre pays) devrait normalement interpeller la communauté internationale, sensible à tout ce qui touche aux violations des droits de l?homme.

Pas un mot de l?Union africaine, qui a pourtant en charge le dossier de Mayotte depuis 1975, encore moins des Nations unies, qui réitèrent tous les ans l?appartenance de cette île à l?ensemble comorien. La banalisation de la question de Mayotte n?est pas étrangère à cette indifférence générale.

Après l?instauration du visa Balladur pour empêcher la libre circulation entre les quatre îles de l?archipel, après l?incendie du village de Hamouro, habité en majorité d?Anjoua-nais et ce, sur instruction du maire de la commune de Bandrelé, la surenchère continue.

Lors de la dernière réunion de la commission mixte franco-comorienne en février dernier à Paris, des critiques circonstanciées ont été formulées par le commandant Halidi Charif contre le travail au noir dont sont victimes les Comoriens des trois îles vivant à Mayotte, exploités pour le compte des Mahorais.

Menacés d?expulsion

Le cas du parfumeur Guerlain, qui employait dans le noir des travailleurs en situation administrative irrégulière, est éloquent. Les cas les plus flagrants sont bien sûr les employés de maison (garçon de course, cuisinier, jardinier), employés plus par les Mahorais que par les expatriés (Mzungu), maintenus dans une situation de précarité, et menacés d?expulsion par leurs employés à la moindre revendication.

Dans son discours d?ouverture de la dernière session parlementaire, le vice-président de l?assemblée, Youssouf Said, a regretté la violation des droits humains à Mayotte avant d?inviter les autorités comoriennes compétentes à entreprendre des pourparlers avec la partie française pour un règlement rapide de la question.

Al WATWAN

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