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Quand les drains font défaut

1 avril 2008, 00:00

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Problématique. La gestion des drains peut être qualifiée de la sorte. Conséquences dramatiques par temps de pluies torrentielles. La semaine dernière, le pays a payé un lourd tribut à cause de la défaillance d?évacuation des eaux de pluie. Les drains ne remplissent pas leur fonction convenablement. D?abord par incivisme. Ils sont nombreux à être bouchés par les ordures dont se débarrassent certains citoyens. L?embâcle de déchets entraîne un débordement et donc des inondations.

Le système de drain est nécessaire au bon écoulement des eaux de ruissellement. La question de l?aménagement du territoire est clairement reliée. Il n?y a pas, à proprement parler, de politique d?aménagement du territoire. Il en découle des irrégularités dans l?octroi des permis. «Il me semble qu?il n?y a pas de plans de prévention des risques d?inondation comme c?est le cas en France. Par exemple, les morcellements doivent répondre à certaines certifications. Est-ce scrupuleusement observé ?» s?interroge un spécialiste en aménagement du territoire.

«Comment voulez-vous qu?on assure un service de qualité, même pour ces choses essentielles, si les contribuables ne sont presque pas taxés ? Où allons-nous trouver les moyens pour assurer l?entretien des drains, la collecte des déchets, l?entretien des routes et jardins etc. ?»</I>

En clair, des cadres stricts doivent être définis afin d?identifier les zones à risque. En fonction du degré de risque, ces zones devraient être décrétées non constructibles. «Pour cela, il faudrait une compilation des zones inondées auparavant en faisant ressortir la fréquence et l?amplitude des crues.» En se basant sur une cartographie précise, il serait donc possible d?identifier les zones à risque, mais aussi de doter ces zones des aménagements nécessaires pour favoriser l?écoulement des eaux de ruissellement.

Un cadre du ministère des Terres affirme que «chaque nouvelle construction doit répondre à certains critères pour obtenir le permis de construire». Les drains font partie des éléments à être certifiés par la municipalité, le représentant du District Council et la Road Development Authority. La construction de drains doit donc répondre à des critères précis dans la conception. Toutefois, cela n?empêche pas les débordements et les inondations. Surtout, il semblerait qu?il n?y ait pas de carte précise des zones inondables au Morcellement Board du ministère des Terres. Cette carte se trouve au ministère de l?Environnement. Or, il semblerait opportun que tous les acteurs concernés par les drains aient à leur disposition un tel outil de travail. Non seulement pour définir clairement des zones inondables mais aussi pour pouvoir assurer un drainage efficace. Ainsi, l?obtention d?un permis de construire n?est pas attachée à une classification du terrain en zone à risque ou non.

En 2002, un audit de Gibb a dénombré 156 zones où le risque d?inondation est important. Cela avait donné lieu à de nombreux chantiers visant à réduire le risque encouru. Des travaux ont été effectués dans certains endroits identifiés, notamment au Morcellement de Chazal à Flic-en-Flac ou à Vallée-des-Prêtres. Tiberman Sajiwan Ramyead, ancien directeur de l?Environnement au ministère, rappelle que certaines de ces zones accueillaient des habitants avant même l?établissement de cette liste. Des zones constructibles se confondent alors avec des zones inondables. Dans ce cas, le système de drain ne sert pas à grand-chose, compte tenu du risque d?inondation élevé. Le risque d?inondation est, par ailleurs, accru avec les constructions qui imperméabilisent les sols.

Tiberman Sajiwan Ramyead insiste sur le rôle clé du point final d?évacuation des eaux. Il est important qu?il soit situé à un endroit où le risque d?obstruction est limité et, surtout, où l?écoulement de l?eau se fera sans trop de problèmes. «Les morcellements construits doivent tous être pourvus d?un système de drains efficace. Toutefois, l?entretien laisse parfois à désirer, le travail en amont du consultant pour obtenir l?aval du ministère n?est pas respecté?» L?entretien des drains est l?un des points saillants de la question. Selon l?endroit et la catégorie de la route, l?entretien relève du ministère des Infrastructures publiques, du District Council en milieu rural ou de la municipalité. Dans ce cas, c?est souvent le manque de financement qui explique le mauvais entretien de certains drains.

Un technicien municipal, souhaitant préserver l?anonymat, se plaint du «manque de moyens mis à la disposition des services municipaux». «Nous avons conscience de l?importance du système de drains mais le budget est parfois trop limité et l?assiette fiscale de la municipalité est trop maigre. Comment voulez-vous qu?on assure un service de qualité, même pour ces choses essentielles, si les contribuables ne sont presque pas taxés ? Où allons-nous trouver les moyens pour assurer l?entretien des drains, la collecte des déchets, l?entretien des routes et jardins etc. ? Nous sommes dépendants du ministère et c?est parfois un handicap car les habitants sont concernés directement et les taxes locales sont nécessaires pour ces services», ajoute le technicien.

Le spécialiste en aménagement du territoire pointe également «le problème de la fiscalité locale qui entre dans une politique de la ville forte et globale qui fait défaut. Cela pose aussi la question de la mise sous tutelle des collectivités locales. Cela explique dans une certaine mesure les dysfonctionnements».

Les drains coûtent cher à la conception. Le coût peut expliquer le fait qu?ils soient, sinon oubliés, au moins négligés. «Construire une route coûte moins cher que construire des drains !» s?exclame Tiberman Sajiwan Ramyead. «Il faut prendre en considération le coût de l?excavation, du bétonnage, de la conception, de la pente», explique l?ancien directeur de l?Environnement. Il souligne aussi le rôle nécessaire des drains naturels. «La topographie du milieu permet à l?eau de trouver un exutoire naturel. Le problème, c?est qu?on préfère aplanir les terrains et donc supprimer ces drains naturels, d?autant plus que le terrain deviendra imperméable à cause des constructions.»

Le système de drains concerne une multitude d?acteurs Le ministère, directement, ou les institutions rattachées (National Development Unit, Morcellement Board, Road Development Authority?), District Council, municipalités. Il en résulte un certain désordre dans la gestion de ces drains. Quoi qu?il en soit, le système de drain est régulièrement dénoncé lors de grosses pluies ou de cyclones. Les inondations sont fréquentes dans certaines zones identifiées. Seulement, elles se déploient à des zones habituellement pas concernées par les inondations. L?entretien est donc primordial et pour cela les services des collectivités locales ont un rôle principal. Les citoyens aussi devraient apprendre à ne pas jeter leurs ordures dans les drains au risque de les boucher.

«Il y a deux aspects très importants. L?un concerne le politique afin qu?une politique publique claire soit adoptée concernant les zones inondables et donc des plans d?action à définir. L?autre touche la maîtrise d?ouvrage et la gestion au quotidien», estime le spécialiste en aménagement du territoire. Tiberman Sajiwan Ramyead, quant à lui, persiste à croire que «le National Disaster Committee ne devrait pas se réunir uniquement après une crise, mais se rencontrer régulièrement pour faire le point sur la situation, prévenir et voir où en est l?entretien des drains, les travaux etc. On ne peut pas attendre qu?il y ait une crise pour se poser la question de l?efficacité des drains ! »

Le plan français de prévention</B>

Compte tenu de l?urbanisation généralisée, les inondations ont augmenté tant dans leur amplitude que dans leurs fréquences. Le préfet (représentant de l?autorité centrale à l?échelle départementale) dispose d?un plan de prévention des risques d?inondation (PPRI) afin de limiter, autant que faire se peut, les conséquences de crues particulièrement fortes. Le PPRI fixe donc des règlements très précis en matière d?occupation des sols. Le cadastre est l?un des principaux outils sur lequel se base le PPRI en plus d?une cartographie des zones recouvertes par les crues auparavant. Des zones sont alors décrétées non constructibles compte tenu d?un danger d?inondation bien trop fort. Des zones tampons peuvent aussi être délimitées. Elles sont considérées comme des zones d?expansion des crues. Tous les ans, les grands fleuves français débordent à certains endroits. C?est le cas du Rhône dont le régime fluvial entraîne des crues dans le lit majeur tous les automnes. Cependant, l?excès d?urbanisation a renforcé ces crues naturelles et touchés des habitations. Cela a été le cas lors de la crue exceptionnelle de 1992 à Vaison-la-Romaine. La mise en place d?un plan similaire à Maurice semble pour l?instant difficile. Il manque un cadastre précis et des normes d?urbanisation, allant de pair avec une politique d?aménagement du territoire.

<B> L?imperméabilité des sols</B>

■ L?urbanisation galopante de l?île et surtout le passage au «tout-béton» ont entraîné une imperméabilisation des sols. Les eaux de pluie s?écoulent naturellement grâce à la topographie ou en pénétrant dans le sol. Or, l?asphaltage et le bétonnage empêchent les eaux de s?écouler. La percolation naturelle ne se fait plus. Les constructions retiennent les excédents d?eau qui ne trouvent pas de porte de sortie. C?est pourquoi le système de drains est fondamental dans tout aménagement urbain ou toute construction. Il permet de rediriger les eaux qui n?ont pu s?infiltrer dans le sol vers un point de sortie. Le bétonnage des cours mauriciennes est également montré du doigt. Cette tendance au «tout-béton» fait craindre le pire à un ancien cadre du ministère de l?Environnement. «On risque d?avoir de plus en plus de débordements. Les constructions se poursuivent, on parle de ville nouvelle, on aplanit les reliefs, on construit des routes, on bétonne les cours, l?urbanisation se poursuit et le béton est roi. Le sol ne joue plus sa fonction d?éponge et de récupérateur d?eau de pluie. Aussi, les cours d?eau sont modifiés à cause des aménagements sur les berges qui influent sur l?écoulement. Et le tout est lié. Les lits des rivières risquent de déborder plus régulièrement car les terrains sont imperméabilisés et l?eau, si elle ne s?accumule pas, rejoint par gravité les endroits plus bas, donc les lits des rivières, qui reçoivent une quantité d?eau inhabituelle car cette eau aurait dû s?infiltrer dans le sol.»

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