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Quand les banques suivent les principes coraniques
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Quand les banques suivent les principes coraniques
Très répandues à travers le monde, les banques islamiques sont attendues à Maurice. Cela fait suite à la déclaration de Rama Sithanen, vice-Premier ministre et ministre des Finances le 20 juillet à l?occasion d?une cérémonie marquant les 100 ans de la création de la Bank of Baroda. ?Nous permettons le développement de services bancaires alternatifs tels que l?implantation de banques islamiques à Maurice?, a-t-il déclaré. ?Comme je l?ai dit lors du discours budgétaire, c?est une activité qui grandit rapidement et qui représente un grand potentiel pour Maurice dans son intégration du marché financier global?, a ainsi expliqué le ministre des Finances. La Bristish American Insurance va ouvrir une banque islamique.
L?Islamic Banking est un système financier dont la croissance annuelle, au niveau international, varie entre 14 % et 15 %. Les banques islamiques se sont implantées non seulement dans des pays musulmans, mais aussi dans d?autres pays tels que l?Angleterre ou encore la Suisse, des régions où une importante population musulmane existe.
Une banque islamique ne peut en effet investir dans des activités qui sont contraires aux préceptes coraniques. Ainsi, une telle institution n?investira pas dans des activités liées à l?alcool, au jeu, ou encore à la pornographie, entre autres.
Les clients de ces institutions ne sont cependant pas exclusivement de foi musulmane. Plusieurs banques commerciales offrent aussi certains services suivant les principes de l?Islamic Banking. La Deutsche Bank, l?Union Bank of Switzerland et la branche anglaise de la HongKong and Shanghai Banking Corporation sont parmi ces institutions bancaires.
L?Islamic Banking opère selon des principes qui sont conformes à ceux du Quoran. ?La finance islamique comporte quatre aspects principaux. Il n?y a pas d?intérêt ou usure, les risques et les profits sont partagés, les fonds ne sont pas investis dans des activités non éthiques et non musulmanes, et il y a le principe de la certitude contractuelle?, explique Sameer Tegally, juriste d?affaires.
La loi islamique, la charia, interdit la perception de taux d?intérêt, appelé riba. L?argent doit, selon ces préceptes, être généré par le travail et non par l?argent lui-même. Ainsi, les banques islamiques n?appliquent pas de taux d?intérêt, ni sur les comptes des clients, ni sur les prêts. ?Dans la finance islamique, un prêt est un partenariat. La banque achète et loue le bien. C?est un peu similaire au concept du crédit-bail?, soutient Sameer Tegally. Les banques islamiques suivent, entre autres, un principe de Ijara-wa-Iqtinah, qui est celui d?un finance lease.
Le client se doit alors d?effectuer des paiements, représentant un loyer et contribuant au prix du bien, à la banque, sur un période prédéterminée. A la fin du contrat, le client a l?option d?acheter le bien en question à la fin du bail. Le montant de ces paiements est lui aussi déterminé au préalable, et aucun taux d?intérêt n?est applicable. De plus, le paiement par le client est aussi sujet à des paramètres particuliers. ?Dans tous les types de financement sous l?Islamic Finance, si le débiteur est en difficulté, la banque se doit de lui laisser du temps. Cela respecte l?injonction coranique, notamment le chapitre 2, versé 280?, souligne Sameer Tegally.
Les comptes ouverts au sein de banques islamiques ne sont pas sujets à des taux d?intérêt. Le principe utilisé est celui du partage de risques et de profits. Ainsi si la performance d?une banque islamique est bonne, les profits sont redistribués à des taux déjà agréés. D?un autre côté, une mauvaise performance d?une banque islamique se répercute au niveau des comptes clients. ?Toute banque conventionnelle, tout aussi bien qu?une banque islamique, n?est pas une institution charitable. Chaque banque juge les risques qu?elle encoure, par exemple au niveau des prêts, des achats et des investissements?, souligne Sameer Tegally.
Un aspect important de l?Islamic Banking réside dans les choix d?investissement. Une banque islamique ne peut en effet investir dans des activités qui sont contraires aux préceptes coraniques. Ainsi, une telle institution n?investira pas dans des activités liées à l?alcool, au jeu, ou encore à la pornographie, entre autres.
Les diverses banques islamiques à travers le monde sont régies par des conseils qui veillent à leur bon fonctionnement et à leurs investissements. ?Chaque banque a un Charia Supervisory Board dont le rôle est d?assurer que les activités de la banque sont en accord avec la charia?, résume Sameer Tegally. Pour l?instant, au niveau du Banking Act, aucune mention d?un tel conseil n?est précisée.
La finance islamique ne se limite pas qu?aux banques. Les assurances islamiques sont aussi des institutions qui opèrent selon des principes en accord avec la charia. Ces services sont eux-aussi ouverts aux musulmans, aussi bien qu?à ceux d?autres religions ou communautés.
<B>Quelques opérations des banques islamiques</B>
Le mudaraba : un arrangement selon lequel le client confie ses fonds à la banque, et selon lequel les profits sont partagés entre les deux parties.
L?Ijara : un contrat de location à travers lequel la banque achète un article pour un client et le loue pendant une période spécifique au client.
L?ijara-wa-Iqtinah : un contrat similaire à l?ijara, mais à la fin duquel le client peut acheter le bien en question.
Le murabaha : une forme de crédit par laquelle la banque achète un bien pour un client sans que des taux d?intérêt soient impliqués. Le bien est revendu, plus tard, au client.
La musharaka : un partenariat, une forme de joint-venture entre plusieurs associés pour le financement d?un capital et pour la gestion.
QUESTIONS À ?
<B>Iqbal Belath, Senior Vice-President and Country Manager, Habib Bank</B>
● <B>Qu?est-ce que l??Islamic Banking? ? </B>
L??Islamic Banking? est quelque peu basée sur les mêmes principes que le crédit-bail. Par exemple, pour le financement d?une voiture, une banque islamique achète le véhicule et l?enregistre au nom du client. Celui-ci doit alors repayer une somme, dont le montant a été décidé au préalable, sur une base régulière, et sur une période préétablie. Donc, premièrement, dans l?Islamic Banking il n?y a pas le concept d?intérêt qui est appliqué.
Le deuxième aspect de l?Islamic Banking est que les risques sont partagés. Une banque islamique absorbe une partie des parts des investissements et des épargnes. Donc si la banque est rentable, les profits sont partagés.
● <B>La Habib Bank pratique-t-elle l??Islamic Banking? ? </B>
L??Islamic Banking? est pratiquée dans la branche de Karachi, au Pakistan. Auparavant, le cadre légal n?existait pas à Maurice pour cela. Pour les Mauriciens qui voulaient avoir accès à l??Islamic Banking?, les possibilités existaient dans d?autres centres financiers tels que Dubayy, ou encore ceux des pays arabes.
● <B> Une mauvaise performance de la banque a-t-elle aussi des répercussions sur les épargnants ? </B>
Oui. Si la banque a une mauvaise performance, cela a aussi un effet sur les clients.
● <B>Le fonctionnement d?une banque islamique est-il différent de celui d?une banque commerciale standard ? </B>
Oui. Dans une banque islamique, on ne doit pas utiliser les fonds et les dépôts des clients pour financer des activités non éthiques. Par exemple, une banque islamique ne financera pas une fabrique de vins, ou encore un élevage de porcs. La banque a la responsabilité de s?assurer que l?argent n?est pas mis dans des placements non éthiques ou non islamiques.
● <B>Les banques peuvent-elles réaliser une bonne performance malgré leurs placements limités ? </B>
Les banques islamiques financent des projets éthiques et conformes aux principes islamiques. Les risques sont cependant les mêmes que pour les autres banques. Même dans les banques dites commerciales, nous ne sommes pas à l?abri de risques.
● <B> Sont-elles ouvertes aux clients qui ne sont pas de foi musulmane ? </B>
Oui, définitivement. D?ailleurs, il a été prouvé ailleurs dans le monde que la plupart des clients des banques islamiques dans des pays non musulmans sont des gens non musulmans.
● <B> Les banques islamiques peuvent-elles être compétitives ? </B>
Une banque islamique ne peut être comparée à une banque commerciale. Le concept est différent. Une banque islamique ne sera donc en compétition qu?avec d?autres banques islamiques.
● <B>Le ministre des Finances, Rama Sithanen, a annoncé que l??Islamic Banking? sera pratiquée à Maurice. La Habib Bank a-t-elle l?intention de proposer ce service ? </B>
Nous allons certainement nous tourner vers cette possibilité. Nous disposons déjà de l?expertise requise dans ce domaine dans nos branches étrangères. Au Pakistan, la Habib Bank est la plus grande banque privée. Nous allons certainement considérer l?ouverture d?au moins une branche à Maurice.
● <B>Depuis quand la Habib Bank est-elle présente à Maurice ? </B>
Nous sommes ici depuis plus de 40 ans. Nous avons ouvert en 1964 et nous gérons actuellement quatre branches.
<B>Propos recueillis par <B>Sharon SOOKNAH</B>
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