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Quand les écoles dentaires font? grincer des dents
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Quand les écoles dentaires font? grincer des dents
Examiner les dents, les gencives, diagnostiquer les lésions et les caries, pratiquer la chirurgie buccale, installer des prothèses, ils ont choisi d?en faire leur métier, et d?en apprendre les techniques à Maurice. Ces futurs dentistes du Mauras College of Dentistry, situé à Arsenal, et du SSR Medical Centre de Belle-Rive sont, en un sens, des pionniers. Ceux qui sont sur le point d?entamer leur troisième année deviendront dans deux ans, la première promo de dentistes formés à Maurice. Mais c?est là que les choses se corsent, selon certains dentistes du privé.
Que Maurice se dote d?écoles de dentisterie, c?est bien sûr une fierté, mais il flotte comme un parfum de scepticisme dans l?air. En tout cas, depuis le début, la Mauritius Dental Association (MDA) émet des réserves sur plusieurs points. Tout d?abord, elle s?insurge contre le silence qui a entouré la mise en place des écoles, et le manque de synergie avec les dentistes professionnels de Maurice.
« En tant qu?association, nous avions demandé un débat d?idées concernant l?ouverture d?une école de dentisterie. Ce n?est pas que nous étions contre, mais nous pensions pouvoir apporter nos idées et une aide technique au projet. Puis, un jour, on se rend compte que deux écoles naissent en même temps, et avec des irrégularités », explique le Dr Seewoodharry Buguth, président de la MDA. Leur cheval de bataille s?articule principalement autour de deux points : le nombre d?étudiants formés et la qualité de l?enseignement dispensé dans ces deux établissements.
D?abord les chiffres. « En 2002, un rapport du Tertiary Education Committe faisait ressortir que sept à huit nouveaux dentistes par an seraient suffisants pour Maurice. Aujourd?hui avec ces deux écoles qui forment chacune 40 étudiants, sans compter tous ceux qui vont à l?étranger, on va dans quelques années inonder le marché de praticiens », avance le président. Selon lui, la situation est déjà pénible, puisqu?il existe des dentistes qui restent au chômage pendant un an et demi avant de pouvoir ouvrir un cabinet ou d?être recruté par l?État.
« Le gouvernement ne peut recruter au maximum qu?une dizaine de dentistes par an, parce que cela demande un investissement pour chacun d?entre eux. Il n?en va pas de même pour les médecins qui se partagent un même département. Dans le cas des dentistes il faut du matériel qui peut s?élever à 1,5 million de roupies, des infrastructures, et des assistants », ajoute Seewoodharry Buguth. Par ailleurs, il regrette que ce qui avait été préconisé au départ ? à savoir recruter un maximum de huit étudiants mauriciens par école ? n?ait pas fait long feu et que le nombre maximum est devenu le nombre minimum.
L?association a multiplié les doléances auprès des ministères de la Santé, du Travail, et de l?Éducation, ainsi qu?auprès du Premier ministre, au sujet du fonctionnement de ces deux écoles. En outre, l?association reste sceptique quant aux critères à partir desquels on recrute les étudiants. « Certains n?ont même pas des résultats corrects au HSC. On ne leur fait pas passer une competitive entrance examination comme il est stipulé par le Dental Council of India, et comme c?est le cas dans beaucoup d?universités. Le pire, c?est que les étudiants peuvent payer leurs cinq années de formation d?une traite et bénéficier, de ce fait, d?un rabais de 40 % sur les frais. Ce n?est pas sérieux », s?indigne le Dr Buguth qui fait ressortir qu?en France, en Australie, et aux États-Unis, le taux de réussite la première année est de 20 %. « Je m?étonne que notre taux de réussite, ici, soit de 100 % ! »
Là où le bât blesse plus encore, c?est au niveau de la qualité de la formation. En effet, la Mauritius Dental Association posséderait certains documents qui démontreraient que la majorité des enseignants du Mauras Dentistry College n?ont aucune expérience pédagogique et n?ont jamais enseigné auparavant.
« Vous pouvez avoir 25 ans de métier, cela ne garantit pas que vous pouvez être un pédagogue, que vous pouvez transmettre les connaissances théoriques et pratiques. Parmi les enseignants, certains sont des newly qualified dentists de l?Inde, d?autres, dont les noms figurent dans les prospectus depuis trois ans, n?ont pas donné un seul cours », affirme le Dr Buguth. Il émet aussi beaucoup de réserves concernant la SSR Medical School qui est affiliée à l?université de Maurice. « Celle-ci n?a aucune compétence dans la dentisterie. Comment supervise-t-elle l?école ? C?est ridicule. » Il estime que le nombre d?enquêtes de l?International Monitoring Committee, n?est pas suffisant pour des écoles nouvellement établies.
La peur de partager le marché
Les étudiants vont bientôt travailler « en bouche » sous la supervision de leurs enseignants. « Les gens, qui vont dans les hôpitaux rattachés aux écoles dentaires, doivent réaliser qu?ils ont affaire à des teaching hospitals, et qu?ils vont confier leur bouche à des étudiants », précise le Dr Buguth. Il ajoute qu?il faudrait un amendement au Dental Council Act, parce que jusqu?ici, seuls les professionnels pouvaient travailler en bouche à Maurice.
Bien sûr, les deux écoles récusent les accusations de la Mauritius Dental Association. Elles avancent qu?elles font l?objet de supervisions strictes. « Je pense même que la qualité de notre enseignement est meilleur ici que dans beaucoup d?écoles médicales en Afrique du Sud et en Europe. Des experts internationaux du Royaume-Uni et d?Afrique du Sud, recrutés par l?université de Maurice, l?ont d?ailleurs fait ressortir dans des rapports qui peuvent être consultés », assure Rudra Pratap Narrain Singh, le Chairman de la SSR Medical School.
Le Dr Gayanan Chummun met les critiques de son collège sur le compte de la peur de certains dentistes de partager le marché avec d?autres et sur la mentalité mauricienne. « C?était la même chose quand l?université de Maurice a ouvert ses portes. On trouvait que la qualité de la formation laissait à désirer, qu?on était mieux formé ailleurs. Aujourd?hui, l?université croule sous les demandes. » (voir encadrés)
Quoi qu?il en soit, et pendant que la polémique fait rage, nos jeunes continuent à faire leurs premières dents à Arsenal et Belle-Rive. Après les cinq ans d?étude, ils auront le choix entre devenir salariés dans les hôpitaux, ou s?établir à leur compte, ce qui demande un investissement financier énorme. Il leur restera encore à se bâtir une clientèle et à créer une demande pour leurs services. Nos futurs dentistes ont donc intérêt à s?armer jusqu?aux dents dès maintenant.
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