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Quand le sacré inspire la littérature

6 juin 2004, 20:00

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Certaines ?uvres ont pour boussole l?esprit divin. En s?inspirant d?un enseignement spirituel qu?elles veulent en retour retransmettre au lecteur, elles se donnent une raison d?être. C?est par la reconnaissance et l?acceptation de leur fondement spirituel qu?elles trouvent alors leur valeur légitime. Mais qu?y a-t-il au revers de la médaille ?

Elles se nomment De l?épopée du Ramayana, Conversation Divine, et La Rencontre. Elles ont pour auteurs Soolekha Jepaul-Raddhoa, Kailashnath Sonatun et Caroll Prayag, respectivement.

Ces ?uvres ont une intention qui n?est pas nécessairement d?ordre littéraire. Force est de le reconnaître. C?est même une évidence, mais qui mérite d?être soulignée ici. Pour saisir leur intention, il faut au préalable avoir suivi leur démarche, car ce n?est qu?au bout de celle-ci que se révèle leur stratégie, non pas littéraire encore une fois, mais spirituelle, voire personnelle. Cette démarche n?est pas à confondre avec la progression de l??uvre car elle n?y est pas toujours donnée, et là où elle l?est, elle est saccadée si elle n?est pas volontairement bien dissimulée entre les lignes. Comprendre ces ?uvres, c?est justement comprendre leur intention profonde, leur démarche spirituelle, leur stratégie idéologique. Car ici, tout n?est pas que littérature.

Si fondamentalement l?objectif de ces ?uvres est de s?adresser au lecteur, il est très souvent atteint par un détour. En effet, certaines ?uvres se donnent volontairement comme destinataire Dieu lui-même pour en fin de compte toucher la sensibilité du lecteur. Comment s?ouvre la poésie de S. Jepaul Raddhoa, L?épopée du Ramayana ?

<I>?O beau et glorieux Rama

Fils du roi Dasratha,

Tu eus comme mère :

La reine Kaushalya

Et comme frères :

Bharata, Shatrughana, Latchmana !?</I>

A quoi sert-il de s?adresser à Dieu Rama pour lui rappeler ses propres origines et liens familiaux, qu?il connaît d?ailleurs mieux que quiconque, sinon de rappeler au lecteur le vécu de ce dernier avec un tout autre but ? S?agit-il d?un exercice de style où la poétesse met en vers libres les péripéties de Rama et de Sita ? On veut bien le croire. Mais ces vers libres sont-ils si libres que ça ? Car, à bien y voir, il y a effectivement la manifestation d?une volonté de respecter certaines règles fondamentales de la poésie. Les strophes observent une certaine régularité : le nombre de vers par strophe est de six. Les rimes sont verticalement structurées.

Seulement, le mode de combinaison de ces rimes (ici plates et pauvres pour la plupart) montre une suite de rimes vocaliques et consonantiques qui s?intercalent à volonté, brisant ces mêmes règles de la poésie auxquelles voulait à priori s?astreindre l?auteur. Derrière cette apparente recherche en poésie, la poétesse ne se fait-elle pas plutôt le chantre de la gloire divine ? Le genre littéraire, du fait même de la négligence qui l?accompagne, n?est-il pas le prétexte à un objectif plus personnel ?

Quoi qu?il en soit, cette nécessité de se tourner vers Dieu lui-même n?est pas superficielle. Elle est encore plus significative dans la Conversation divine de Kailashnath Sonatun. Alors que ce dernier voulait surfer sur le net, une voix est venue à lui. L?homme derrière cette voix, c?est-à-dire l?autre surfeur, porte le nom de Gaura Krishna (qui signifie blanc-noir). A la fin de son voyage initiatique, il découvre la vraie identité de cet internaute avec qui il a communiqué pendant plusieurs jours : c?est Dieu en personne. D?où le livre, prétend-il alors, est «le fruit d?une conversation que j?ai eue avec Dieu? Dieu m?a parlé, mais à travers l?intermédiaire d?une âme humaine?» A n?en point douter, et on s?y attendait même presque, cette conversation «pas comme les autres» est à «déguster» !

Qui s?y frotte, s?y pique. A force de frôler Dieu, de s?en approcher de trop près, on finit par se faire Dieu soi-même, du moins le croient certains. Ces auteurs-là se donnent au lecteur comme détenteurs, non pas d?une vérité quelconque, mais de la Vérité. ?Ce livre, écrit K. Sonatun en sous-titre, est d?une telle logique et simplicité qu?il est difficile pour un vrai chercheur de passer à côté !?. Cependant, eût-il davantage de finesse et de sagacité, et moins de naïveté peut-être, il aurait compris que certains aspects de son vécu ne sont pas destinés à paraître dans ses écrits, encore moins en quatrième de couverture. La mention que «la vie de Kailashnath se résumait entre les études et les séances de psychothérapie depuis ses 12 ans chez le psy» pourrait nuire à la crédibilité de ses écrits plutôt que d?y apporter une touche de conviction. Aussi, par quelle profession de foi peut-il aller jusqu?à demander au lecteur, ou plutôt le «supplier de le prendre pour un psychopathe déséquilibré jusqu?à preuve du contraire». Et si le contraire n?est pas prouvé ? Au lecteur de conclure?

Si, à l?inverse, chez Caroll Prayag, détenteur d?un D.E.A. en chimie et diplômé en Théologie protestante, s?adresser à Dieu lui-même n?est pas la démarche qui convient, c?est certainement parce que l?auteur a très bien compris ? dû certainement à une formation adéquate qu?on n?opposerait cependant pas ici à l?autodidactisme de S. Jepaul Raddhoa ou au manque d?expérience du jeune K. Sonatun ? que c?est au lecteur, et non à l?auteur, d?aller à la rencontre de Dieu. En ce sens, le titre de son roman est plus que parlant. La Rencontre est une invitation au lecteur à suivre les pas indiqués par le trajet personnel de son héros Maurice, en s?interrogeant sur ses origines et sa destinée : «d?où venons-nous ? Et où allons-nous ?» De toute évidence, notre auteur se fait missionnaire à la recherche des brebis galeuses !

Le discours de ces auteurs, on l?aura compris, est d?ordre persuasif. Moins visible dans la poésie de Raddhoa que dans la prose de Prayag et dans la conversation à la Diderot de Sonatun, cette volonté de convaincre le lecteur est l?élément dominant qui orchestre la structure de l??uvre dans sa profonde intégralité. Tout le reste n?est que littérature?

<I>(Voir aussi notre Billet)</I>

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