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Quand le public fait jalouser le privé
L?équilibre est rétabli. Pendant des années, la différence de rémunération entre le secteur privé et le secteur public se justifiait par les compétences, les responsabilités, mais surtout la performance. Le dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB) est venu rétablir cet équilibre, sonnant le glas d?une conception du fonctionnaire longtemps sujette à des préjugés et à des idées reçues. Le gouvernement vise à changer la mentalité au sein de la fonction publique et cela commence par la rémunération en l?alignant sur celle du secteur privé. Mais cela va même au-delà dans certains cas.
« Les anomalies sont presque éliminées. C?est vrai qu?il y avait une disparité, mais le dernier rapport du PRB a quelque peu aligné le public sur le privé », affirme Thierry Goder, manager de DCDM Recruitment Services. Toutefois, il appelle à la vigilance dans les comparaisons. « Les titres peuvent être les mêmes, mais les fonctions diffèrent. Il faut prendre en compte la dimension entre le privé et le public, mais aussi les attributions et les responsabilités. »
Mais les chiffres parlent d?eux-mêmes. A titre d?exemple, un comptable à la trésorerie touchera désormais environ Rs 24 000, excluant les autres avantages de la fonction publique.
« Un comptable qualifié ACCA, avec, par exemple, cinq ans d?expérience, touche à peu près entre Rs 30 000 et Rs 40 000 dans le privé », explique Thierry Goder. Autre exemple où les salaires s?alignent, le cas d?un directeur informatique. Actuellement, selon Thierry Goder, un IT Manager touche environ Rs 50 000 dans le privé contre environ Rs 30 000 à Rs 50 000 dans le public, avec le nouveau rapport du PRB.
Entre le titre et la fonction, il y a des métiers dont les attributions ne changent pas. Et la tendance s?inverse.
À l?image d?une réceptionniste, qui touche aujourd?hui entre Rs 8 400 et Rs 16 000 dans le public, alors que le salaire de son homologue dans le privé avoisine aujourd?hui les Rs 6 700 à Rs 7 000. Une disparité inversée qui n?est pas isolée. Car un Permanent Secretary, dont les attributions pourraient être équivalentes à celles d?un directeur à la tête d?une équipe de 200 personnes, touche aujourd?hui Rs 87 500 contre un salaire commençant à Rs 70 000 dans le privé, pour un poste de responsabilité équivalente.
L?équilibre rétabli
Cette situation risque de rendre, à terme, le secteur public plus attrayant que le secteur privé. Car une disparité entre les salaires entre les deux secteurs s?expliquait jusque-là par des différences dans les conditions de travail, mais aussi par des primes. « À un certain barème, les fonctionnaires bénéficient de voitures hors taxes. Ils ont aussi un régime de congé payé différent du secteur privé. Et il ne faut pas oublier les heures supplémentaires », explique Thierry Goder. Les salaires supérieurs du secteur privé étaient quelque part une « compensation ».
Mais l?équilibre rétabli dans la rémunération, c?est toute une culture dans la mobilité professionnelle qui risque d?être bousculée. Car, si auparavant les cadres du public avaient tendance à chercher l?herbe plus verte dans le secteur privé, aujourd?hui, l?inverse est tout aussi possible. Mais Thierry Goder ne pense pas que cela se fera dans l?immédiat.
« Nous avons une nouvelle génération de diplômés qui arrive, avec une certaine motivation. Peut-être que le secteur public les intéressera. À terme, le niveau du secteur public sera considérablement rehaussé. C?est à ce moment qu?il risquera d?intéresser davantage les cadres du secteur privé », concède-t-il.
Quoi qu?il en soit, outre le budget, tout le monde aura les yeux rivés sur le secteur privé et la compensation que les entreprises accorderont à leurs employés dans le sillage du rapport du PRB. « Les entreprises qui ont l?habitude de faire un effort, le feront à nouveau. Mais elles le feront surtout envers l?employé méritant », conclut Thierry Goder.
La fonction publique pourrait de nouveau être une option intéressante pour les jeunes qui se tournaient auparavant vers les centres d?appels.
UN RAPPORT TROP « GENEREUX »
A l?Hôtel du gouvernement, on qualifie le dernier rapport du Pay Research Bureau (PRB) de trop « généreux ». Mais comme l?a énoncé le ministre des Finances, Rama Sithanen, « afin de préserver le respect des institutions, le rapport a été approuvé in toto. » Auparavant, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a fait un appel aux 83 000 fonctionnaires. « Nous avons honoré nos engagements et je fais un appel pour que les fonctionnaires soient plus productifs et plus performants. » Mais au-delà du discours, Rama Sithanen, lors de sa conférence de presse hier matin, a repris l?analyse d?un économiste pour démontrer que les ajustements du PRB doublés de la compensation au cours des trois dernières années dépassent largement le taux d?inflation cumulé sur trois ans.
« Ce sont la classe moyenne et ceux au bas de l?échelle qui sortent gagnants de cet exercice du PRB », a-t-il précisé.
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