Publicité

Quand le pays révèle son âme

21 juillet 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Réplique de la Tour Eiffel, miniature des autobus londoniens, Zippo marqué au logo du Hard Rock Café. Les objets que ramènent les touristes de leurs vacances sont souvent emblématiques des lieux visités et sont les talismans symbolisant toute une nation. Mais à eux seuls, ces objets ne signifieraient rien si le cadre et le décor n?avaient pas marqué le touriste, ramenant des images à chaque fois qu?il revoit les souvenirs.

Pendant ce temps, dans le village de Clementia, Marie-Noëlle Varlet confectionne des broderies, peintures sur toile et autres objets artisanaux. Avec ses amies du Collectif de Bel-Air, elles sont une trentaine à toucher à des activités allant du nattage de rotins, à la préparation d?achards, de sucreries ou d?autres produits. Mais c?est loin d?être une activité florissante avec laquelle ces femmes subsistent.

En l?absence d?un espace de vente, leurs activités commerciales se sont résumées jusqu?ici à des foires que le Collectif organise, comme récemment à la rue du Vieux Conseil à Port-Louis. Mais devant les changements annoncés par le Village touristique à Belle-Mare, leur quotidien risque d?amorcer un nouveau cap : la confection de produits qui, d?un premier regard, renverront à l?image de Maurice.

Pendant de nombreuses années, l?image des plages immaculées et cocotiers était le principal argument de vente sur les posters de promotion touristique de Maurice. Mais tous les opérateurs diront que ce n?est pas suffisant pour atteindre la barre des deux millions de touristes.

Comme mis en avant dans le dernier discours budgétaire, le ministère des Finances a ciblé l?aménagement d?espaces qui « respireront l?âme mauricienne », quatre lieux à vocation touristique qui seraient des destinations incontournables pour les étrangers visitant l?île, de même que pour les Mauriciens. Et ces espaces réuniront principalement des entrepreneurs et artisans de la région concernée.

Pour résumer le concept de ces lieux, le terme générique « village touristique » a été choisi, soulignant toute l?ambition et les attentes des autorités envers ces lieux. « Le point de départ de la réflexion est qu?il faut que le touriste parte de Maurice avec des souvenirs qui seront le sujet de ses conversations intimes », entonne Kris Seeboo, président du conseil d?administration de Tourist Village Co. Ltd.

Viabilité commerciale

« En conjuguant cette réflexion avec la création d?opportunités aux artisans, entrepreneurs et artistes mauriciens, nous avons un concept unique : un espace qui résumerait l?âme de cette région de l?île. » Car, à la base de la réflexion, la contribution de l?Empowerment Programme a été appelée, afin de faire bénéficier aux petits entrepreneurs et aux artisans la croissance de l?industrie du tourisme. D?une pierre, deux coups.

Depuis, la machine est déjà en marche : un concours d?architecture a été lancé, faisant appel à la créativité et au génie des architectes, afin de créer un espace qui restera fidèle à l?identité, la culture et au folklore propres au lieu choisi, en l?occurrence Belle-Mare. Mais un lieu, aussi folklorique qu?il soit, ne garantit pas la viabilité commerciale et économique à laquelle s?attendent les autorités mauriciennes. Car le souvenir doit pouvoir raccompagner le touriste chez lui. D?où l?idée de concevoir des produits talismaniques, qui résument à eux seuls les vacances du visiteur étranger.

« Il faut commencer avec le client. Quel produit recherche-t-il ? Là, le constat est qu?il n?existe aucun produit national qui s?impose auprès du client. De plus, la majorité des souvenirs de Maurice sont issus de l?importation », souligne Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius. « Nous avons récemment fait un appel aux artistes et artisans mauriciens pour justement trouver six produits phare qui seront emblématiques de l?île Maurice. »

Ces produits seront ainsi le c?ur des espaces dits « villages touristiques » et seront appelés à refléter les particularités de chaque région, renforçant ainsi l?identité de chaque lieu, indépendamment des trois autres sites. « Paris a la Tour Eiffel. Nous aussi nous avons des symboles. Le trochetia par exemple. Nous avons ici en tête des produits tels que la conception de, pourquoi pas, un bijou à l?image du trochetia », avance Amédée Darga. « C?est aux créatifs de nous proposer leurs idées. »

Une vingtaine de produits

La liste de ces produits n?est néanmoins pas exhaustive. Car, si dans un premier temps, Enterprise Mauritius vise environ six produits, il se pourrait que d?autres s?ajoutent à cette liste, atteignant la barre de la vingtaine. Malgré la dimension artisanale préconisée, une attention particulière sera accordée aux standards de qualité, mais aussi au prix.

Toutefois, pour aspirer aux critères de qualité, un accompagnement est primordial auprès de ces artisans. Car comme Marie-Noëlle Varlet du Collectif de Bel-Air l?explique, c?est justement cette formation que requiert la majorité d?artisans de l?île. « Nous avons déjà eu des séances de travail avec la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (SEHDA). Mais pour atteindre un certain niveau de qualité, il nous faudra une formation pour formaliser nos compétences. »

Et c?est là qu?intervient un sous-comité de l?Empowerment Programme. Aline Wong, présidente du Special Programme for Unemployed Women, explique qu?un mécanisme est déjà mis en place pour recenser et accompagner les artisanes et entrepreneuses intéressées par ce projet.

« Ces femmes ont déjà fait le premier pas en se regroupant. Il sera plus facile de les aider et de les accompagner à présent. »

Car 50 % des places disponibles dans ces espaces de commerce dits « villages touristiques », seront réservées aux artisanes ou entrepreneuses. Mais le programme ne garantit pas un emploi, il développe simplement de nouvelles avenues d?opportunités pour ces femmes.

Ainsi, la conception des villages touristiques, loin de l?image que renvoie le terme générique, s?insère davantage dans une logique de création d?opportunités, tout en valorisant un aspect du culturel, folklorique ou autres spécificités propres aux endroits ciblés. Ainsi, à travers une architecture unique et symbolique, et des objets talismaniques, Maurice pense promouvoir l?industrie du tourisme d?une façon jamais imaginée auparavant : en révélant son âme.

CES LIEUX EMBLEMATIQUES

Une destination touristique qui symbolise une identité, voire une culture, ne doit pas forcément dater de l?antiquité. Car si les pyramides d?Egypte ou la grande muraille de Chine demeurent des références incontournables, il existe aussi d?autres points touristiques au passé moins glorieux qui ont la cote dans certains pays.

A l?image du souk de Marrakech, l?architecture de Chicago, le marché des épices de Madras, le gigantisme de Dubayy ou l?art nouveau à Barcelone, de nombreux lieux à travers le monde ont su gagner le c?ur des touristes en développant une aura particulière. Ces lieux réussissent ainsi, par la même occasion, à imprégner plus que des images exotiques dans la mémoire du visiteur étranger.

Au fil des années, ils ont su changer de la simple dimension folklorique et devenir des symboles qui viennent immédiatement aux lèvres des touristes, à la seule mention du pays. Ces lieux emblématiques développent ainsi leur indépendance, devenant presque des icônes incontournables pour les touristes.

QUESTIONS A ALINE WONG, PRÉSIDENTE DU SPECIAL PROGRAMME FOR UNEMPLOYED WOMEN

« Aboutir à un produit original »

Au-delà de l?aspect folklorique et touristique, à quoi peuvent s?attendre des villages touristiques la population et les régions ciblées ?

Ils seront l?un des facteurs-clés du succès de notre artisanat et de notre savoir être. Ils démontreront notre accueil, notre force d?innovation, notre dynamisme économique avec un concept novateur. Il s?agit de profiter de l?opportunité du boom touristique afin que chacune des régions, que chacun de ces habitants récoltent et participent à cette vague.

C?est un moyen immédiat de valoriser le marché, les métiers, les talents des petits entrepreneurs. Plus que de rechercher dans des magasins des articles typiquement mauriciens, les touristes auront l?occasion de découvrir notre savoir-faire, de comprendre nos méthodes, nos techniques, l?histoire de nos métiers et des produits qui peuvent faire notre identité. Nos artisans vont disposer de lieu de vie, de création et d?échange.

Ces villages seront des attractions permettant de comprendre les régions, leur développement, leurs spécificités. Economiquement, nous devons faire des activités viables, durables et rentables, c?est l?objet de chaque village. Notre concept est bien de créer des produits fabriqués localement. Nous avons besoin de lieux de distribution, c?est l?objectif de chacun de ces villages.

Quel est le profil de l?entrepreneur de la région est au village touristique de Belle Mare ? Sera-t-il différent de l?entrepreneur du marché de Port-Louis ?

Profil d?excellence, envie d?être remarqué avec son talent. Son savoir-faire devra aboutir à un produit original et compétitif, et cela, qu?il soit menuisier, peintre, maçon, ébéniste, ou cuisinier. Ce projet est porteur d?espoir, d?accessibilité à des ressources, un droit de surfer sur la vague d?un secteur en pleine progression. Tout entrepreneur a son empreinte, son imagination, son âme, où qu?il soit.

Le dernier budget a identifié les femmes comme principale composante des chômeurs. Comment se retrouveront-elles partie prenante du développement d?un tel espace ?

Elles en sont, elles en seront l?une des principales parties prenantes. Dans la construction, notre objectif est de placer mille femmes dans les bâtiments, et nous tenterons de favoriser les entreprises qui embaucheront des femmes pour ces chantiers novateurs.

Elles participeront à l?ensemble des formations visant à créer, standardiser des produits touristiques originaux, elles travailleront au sein des lieux de restauration, des lieux pour enfants. Elles seront ou devront devenir les animatrices de ce lieu de villégiature. L?approche de mon comité consiste à intégrer une majorité de femmes à chacun des projets. C?est à elles de poursuivre la mobilisation et de conquérir des emplois ou de créer un avenir qui ne leur étaient pas prédestinés.

À entendre les directeurs du programme, beaucoup d?importance est mise sur le standard de qualité des produits du village touristique. Comment s?assurer d?une bonne utilisation des ressources et, en cas de sélection, du devenir des artisanes qui ne seraient pas sélectionnées ?

L?un des principaux volets de l?Empowerment Programme est dans la formation, qui permet d?atteindre ce standard par la connaissance du marché et des attentes des touristes. Nous sommes à la base des demandes de formation et des critères de validation de ces formations. Celles qui seront sélectionnées seront certainement les meilleures élèves et les plus impliquées. Donnons-nous les moyens, ensemble, pour qu?elles soient toutes les meilleures élèves.

Publicité