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Quand le charbon représente un danger

2 juin 2007, 00:00

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Émission de gaz toxiques participant au réchauffement global et pouvant causer des pluies acides, fumées altérant la qualité de l?air, déchets solides tels que des cendres contenant des particules toxiques ou cancérigènes, rejet des eaux usées dans la mer pouvant avoir un impact sur l?écosystème marin. Voilà quelques exemples d?impact que peut avoir l?implantation de la plus grande centrale thermique à charbon de Maurice à Pointe-aux-Caves par l?entreprise malaisienne CT Power.

Le projet soulève de nombreuses questions politiques depuis quelques semaines, mais également écologiques et sanitaires. En effet, depuis que les promoteurs du projet ont soumis leur Environment Impact Assessment (EIA) au ministère de l?Environnement, les réactions de différents experts en environnement remettent en cause ce projet et émettent des doutes sur ce rapport. L?entreprise United Basalt de Gros-Cailloux a notamment remis au ministère de l?Environnement une contre-expertise menée par les experts de Coastal Specialist Ltd, qui démontre les nombreuses lacunes du rapport EIA de CT Power.

En effet, le charbon est un combustible fossile très polluant. Les conséquences peuvent être minimisées si certaines normes de filtrage, d?émission et de stockage, utilisant des technologies avancées, sont suivies de manière stricte, cependant la pollution ne peut être réduite à zéro car, même si les recherches en la matière avancent, le charbon propre n'émettant pas de gaz carbonique (CO2) n?est pas encore au point. Et ce procédé ne devrait pas être viable sur le plan économique avant une vingtaine d?années.

Cependant, selon un expert de l?Union solidarité des morcellements d?Albion (USMA), «l?utilisation du charbon est une technologie bien maîtrisée, des centrales à charbon existent partout, toutes les études ont déjà été faites, le contrôle de la pollution de l?air et les technologies existent, la centrale de Pointe-aux-Caves devait être un projet simple, mais le projet a été mal défini et finalement il amène plus de questions que de réponses». Cet expert souligne le manque de professionnalisme de ce rapport et les différents aspects liés à l?environnement qui soulèvent des questions. «Si le projet avait été bien défini, on aurait dû voir comment les impacts peuvent être mitigés. Mais ce projet veut être fait à tout prix et à la va- vite, mais il y a trop d?incertitudes au niveau de l?impact sur l?environnement qui planent sur ce projet.»

<B>Des lacunes au rapport EIA soumis</B>

Pour cet expert, il y a donc trop d?incertitudes au niveau de l?impact sur l?environnement dans ce projet. Si les systèmes de filtrage électrostatiques permettent de retenir 99,7 % des matières volatiles selon cet expert, la question se pose plutôt au niveau des cendres. En effet, l?expert de l?USMA fait ressortir une faille au niveau du sort réservé aux déchets solides émis par la centrale : les cendres volatiles et les mâchefers, qui doivent impérativement être gérés. CT Power propose que les cendres soient acheminées avec de l?eau vers un bassin de décantation utilisant l?eau du bassin de Montagne-Jacot qui est relativement acide et dans lequel les cendres resteront jusqu?à être propres, avant de pouvoir être réutilisées, par exemple comme fertilisant dans les champs de canne.

Or, l?expert met en avant que si cette eau acide est utilisée pour amener les cendres vers le bassin de décantation, il y aura fermentation et de grands risques d?avoir des problèmes d?odeur à cause du soufre contenu dans le charbon entrant en contact avec des matières organiques. Il soulève donc certaines questions : «Que vont-ils faire avec ces cendres? Comment les retirer et les stocker ?» Mais il souligne également que CT Power nécessitera 4 500 mètres cubes d?eau par jour pour retirer les cendres et les acheminer vers le bassin de décantation, mais là encore, des questions restent sans réponses : «Où va cette eau après ? Dans un bassin de rétention ? On ne sait pas alors ce qui va être rejeté de ce bassin.»

Autre point soulevé, la centrale aura un grand besoin d?eau pour le refroidissement des machines : 23 000 mètres cubes par heure !

CT Power propose d?utiliser l?eau de mer, ce qui implique une station de pompage et une cuve de rétention, pour le rejet de cette eau, c?est-à-dire un système de tuyauterie qui acheminera l?eau vers la mer, généralement à grande profondeur. Mais là encore l?expert pose des questions et souligne les insuffisances du rapport EIA. «Comment, où, et à quelle profondeur ?» Cette eau n?est pas contaminée par des matières toxiques, cependant elle atteint de hautes températures, supérieures à celle de l?eau de mer, ce qui peut causer des dégâts sur l?écosystème marin. «Il faut dissiper cette chaleur, mais ils ne disent pas comment», s?exclame l?expert de l?USMA.

Il souligne également qu?il y a un problème dans le rapport EIA au niveau des émissions gazeuses qui peuvent se rabattre sur les terres des alentours entre novembre et février avec la venue des vents du nord-est. «La centrale de Fort Georges n?opère pas pendant cette période parce qu?il y a un impact», fait-il remarquer. Mais selon lui, «la modélisation de la centrale de Pointe-aux-Caves a pris en compte les vents de Plaisance au lieu de prendre en considération les vents de Fort William ou de Médine.»

Cette incertitude au niveau de l?impact que peuvent avoir ces vents qui ramèneraient les émissions gazeuses vers les terres inquiète donc cet expert. Il souligne donc la «désinvolture» de ce projet, qui n?a même pas pris la peine de baliser la région pour tracer le parcours de la tuyauterie au bassin de rétention et situer la station de pompage. «Ils disent qu?il n?y a rien, en principe, dans la région. Mais ils n?ont pas fait de balisage du territoire. Il y a de la vie. Quel sera l?impact sur les cavernes, ils ne l?analysent pas.»

<B>Quand la santé est en péril</B>

Les émissions des centrales à charbon, selon un rapport de Greenpeace, contiennent des micro-éléments toxiques rejetés dans l?atmosphère, tels que l?arsenic, substance cancérigène, le plomb ou le chrome. Ces éléments peuvent avoir des conséquences sur l?environnement, mais également sur la santé s?ils sont inhalés et peuvent causer des troubles du système nerveux, des anémies, des maladies cardiovasculaires, des réactions allergiques cutanées ou des dommages au foie et aux reins.

Le problème central pour la santé provient de l?inhalation de particules qui peuvent alors se loger dans les poumons pour causer des problèmes respiratoires et des dommages aux poumons. Selon un médecin, «l?inhalation de poussières peut provoquer des maladies respiratoires qu?on appelle les pneumoconioses.» Un pneumologue interrogé souligne les risques que peut amener la pollution atmosphérique due à la centrale pour les populations vivant aux alentours. « Qui dit pollution atmosphérique, dit bronchites chroniques qui peuvent évoluer ensuite vers des insuffisances respiratoires.» En effet des problèmes respiratoires peuvent survenir s?il n?y a pas une bonne dissipation des gaz dans l?atmosphère, ce qui inquiète l?expert de l?USMA pour les régions avoisinantes de la future centrale, telles que Albion, Camp-Créole ou Gros-Cailloux.

Mais un autre phénomène inquiétant est le rejet de mercure dans l'air et dans l'eau par les centrales à charbon. «Le mercure est une composante du charbon, mais il est inerte dans cette forme, ce n?est que quand il entre en contact avec une eau basique ou acide qu?il y a des problèmes», ajoute l?expert de l?USMA, alors qu?il souligne en même temps que l?eau utilisée pour le bassin de décantation provenant de Montagne Jacot est relativement acide.

Le mercure est une substance polluante extrêmement toxique qui s'accumule dans la chaîne alimentaire. Les humains y sont exposés principalement lorsqu'ils consomment du poisson contaminé et il est particulièrement nocif pour les enfants en bas âge.

Il peut entraîner des troubles neurologiques et du développement, surtout pour le système nerveux du f?tus et de l'adulte.

<B>Sauvons notre environnement</B>

La combustion du charbon émet des polluants, principalement le mercure (Hg), les oxydes d'azote (NOx), les oxydes de soufre (SOx), des effluents problématiques pour l'environnement. Les émissions de SOx en particulier constituent un défi important car elles sont à l'origine des pluies acides. Des techniques de combustion avancées permettent de réduire l?émission de ces gaz.

Il existe différentes technologies de combustion du charbon. C?est la technique du charbon pulvérisé qui sera utilisé à Pointe-aux-Caves. Celle-ci est une technique plus propre que la technique utilisée actuellement dans nos centrales, et moins coûteuse que la combustion sur lit fluidisé, qui devait être utilisé initialement, et qui permet de réduire les émissions de NOx et de SOx de 90 %.

Une autre conséquence sur notre environnement se situe au niveau des cendres qui auront fini le processus de décantation pour servir de fertilisant dans les champs de canne. Si le traitement des cendres a été mal fait, les conséquences porteront sur l?agriculture et par conséquent sur l?économie nationale. «Selon les recherches et rapports du MSIRI, il existe des problèmes avec les substances contenues dans les cendres qui peuvent avoir un impact négatif. C?est pour cela que le contrôle de la quantité de cendres appliquée sur les terres est important», selon l?expert de l?USMA.

Les centrales à charbon, situées sur les zones côtières peuvent également avoir des conséquences sur les activités de la pêche, moyen de subsistance de nombreux habitants des côtes. La quantité de poissons risque de diminuer et les algues de disparaître, à cause de l?eau chaude rejetée en mer.

Au niveau global, la combustion du charbon est très polluante et dégage de grandes quantités de CO2 dans l?atmosphère contribuant au réchauffement global de la planète. Le charbon émet deux fois plus de CO2 que le gaz naturel.

Pour limiter l?impact du réchauffement global, il est primordial de réduire rapidement l?émission de gaz à effet de serre. Pas simplement par la signature d?accords et de protocoles internationaux, mais par l?application d?une politique énergétique respectueuse de l?environnement tout en développant des sources alternatives d?énergie renouvelables et propres.n

<B>Vers une autre politique énergétique ? </B>

Nous sommes à l?heure d?une transition en matière de production d?énergie alors que le pays se prépare à assumer les besoins croissants en électricité. Le gouvernement, dans l? «Outline of Energy Policy 2007-2025» présente sa nouvelle politique en matière de production d?énergie : favoriser l?usage du charbon et réduire l?usage des produits pétroliers, afin de réduire les coûts. Mais à moyen et long termes, le charbon semble également prendre la place de la bagasse, bien que le gouvernement se veuille rassurant pour les propriétaires sucriers, leur affirmant que le charbon ne vient pas remplacer la bagasse qui sera utilisée au maximum. Le volume de bagasse produit est insuffisant mais les nouvelles technologies peuvent la rendre plus efficiente.

Cependant, l? «Outline of Energy Policy 2007-2025» fait également ressortir que notre politique en matière d?énergie se soucie de préserver l?environnement et vise à limiter les gaz carboniques rejetés dans l?atmosphère en ayant recours à des technologies propres. Mais en attendant ces nouvelles technologies, c?est le charbon qui devrait être utilisé. «Nou al lor sa sime devlopman ki demann bokou lenerzi, nou al lor sime pei européen, mais zot montre ki sarbon li byen polian, li deregl klima la planett. Bizin al ver lenerzi renouvlab, sarbon li pa lavenir, bizin al ver green fuel kouma eolyenn, lenerzi soler», selon R. Narraïdoo, porte-parole du Biosphere Protection Action Group. Pour l?expert de l?USMA également, «il faut que Maurice fasse des recherches au niveau local pour développer des sources d?énergie alternatives.»

La hausse de la demande d?énergie est un phénomène mondial et le charbon revient comme étant une source d'énergie économique et fiable. En effet, la demande mondiale de charbon a plus que doublé au cours des 35 dernières années et fournit 24 % de l?énergie primaire mondiale aujourd'hui. Mais si le charbon promet d?être une source d?énergie plus fiable au niveau de sa disponibilité et de ses réserves et plus économique que le pétrole, son impact sur l?environnement et la santé ne sont pas à négliger et devraient même être des priorités. Le charbon est le carburant fossile le plus polluant et n'est pas la solution selon les écologistes tels que Greenpeace, WWF ou encore l?Union européenne, qui prônent l?arrêt de l?usage du charbon comme source énergétique.

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