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Quand le bulletin de paie déçoit
Un bout de papier est venu gâcher leur relative satisfaction de la fin mai. En recevant cette semaine leur bulletin de paie, les fonctionnaires ont réalisé que l?augmentation substantielle qu?ils attendaient avec leur premier salaire post-PRB, la semaine prochaine, allait être amputée d?une somme plutôt coquette.
De Rs 9 265, le salaire de Goinsamy Padayachi, gardien dans la fonction publique et trésorier de la Government Manual Workers Union (GMWU) passe à Rs 12 000. Un peu plus de Rs 2 500 d?augmentation, ce n?est pas rien par les temps qui courent. Mais Goinsamy est loin d?être content. «Rs 720 vont être déduites de mon salaire pour la pension contributive. C?est une grosse somme lorsque l?on considère qu?avant c?était le gouvernement qui contribuait pour nous. Et puis, comme notre salaire a augmenté, le Family Protection Scheme qui compte pour 2 % de paie a lui aussi augmenté. Finalement, il ne reste pas grand-chose de cette augmentation», s?insurge-t-il.
Radakrishna Sadien, président de la State Employees Federation (SEF) et de la Government Servants Association (GSA), confirme ce «choc» ressenti par bon nombre de fonctionnaires à la lecture de leur bulletin de paie. «Ils savaient que l?on allait déduire 6 % de leur salaire pour la pension contributive mais ce n?est qu?en consultant leur bulletin de paie qu?ils ont réalisé que cela représentait une somme conséquente. Ils ont été choqués.» Pour Rashid Imrith, président de la Government General Services Union (GGSU), cette pension contributive reste un problème à régler.
Alors, pour Goinsamy Padayachi il n?est pas question de faire des folies. «Difisil avek ce ki pe gagne la. Ziska gato piman pe ogmente. Pena simin fer ekonomi.» Des économies, l?enseignant Gassen Murugan espère en faire. Car comme le souligne Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union (GTU), la plupart des enseignants ont eu entre Rs 6 000 à Rs 7 000 d?augmentation et en sont «satisfaits». C?est d?ailleurs la première fois depuis «trois, voire quatre PRB» que Goinsamy Padayachi est «content». De quoi voir venir.
«Je pense d?abord à l?éducation de ma fille qui est en Lower 6 cette année. Je ferai des économies en ce sens. Peut-être quelques améliorations dans ma maison. Mais à part ça, pa pu depense bona vini. Pa pu al zet kas dan magasin». Lui, n?a pas tiqué en ne voyant pas mentionné sur son bulletin de paie l?«increment» de National Literacy and Numeracy Strategy. «Cet increment figure sur le bulletin de paie mais comme un allowance», explique Vinod Seegum.
<B>Pas de grands Projets</B>
Pour d?autres, pas de grands projets. Ils espèrent tout juste améliorer leur quotidien. C?est le cas de ce cadre moyen habitant Pointe-aux-Sables, qui malgré une augmentation substantielle de près de Rs 10 000, ne compte pas se mettre à dépenser sans compter. D?abord parce qu?après la déduction de la pension contributive, la taxe et autres, cette somme fondra comme neige au soleil. Car à cette somme, il faut encore ajouter l?emprunt qu?il a contracté l?an dernier pour payer des études tertiaires à ses deux fils.
Alors avec «sa ti kas en plis la», il envisage tout simplement de s?acheter un chauffe-eau solaire. Et puis, surtout, relâcher un peu cette ceinture qui le serre depuis quelque temps. De vivre «plus décemment que l?an dernier». «Mo pou kapav regagn inpe sa nivo de vi ki mo ti ena avan la», s?enthousiasme-t-il. Car «avant», il ne pouvait pas se permettre un paquet de biscuit. Aucun extra. Rien que l?essentiel.
Ce cadre est d?avis qu?il lui faudra attendre au moins deux mois avant de pouvoir même envisager un quelconque projet. «Il faudra attendre de voir combien d?argent il nous reste en poche après un passage au supermarché.»
Daby, clerical officer, habitant le nord abonde dans le même ce sens. «Peu importe le montant de l?augmentation, elle est la bienvenue. Elle nous aidera à surmonter nos difficultés mais forcément à encourir de grandes dépenses ou faire des projets.» La priorité de cette célibataire qui sera désormais taxable reste quand même de faire quelques économies. Et pourquoi pas «mont enn lakaz». Mais pour cela, elle va attendre encore un peu. Attendre de voir l?«impact des augmentations diverses et variées sur (son) nouveau niveau de vie».
Comme le souligne Toolsiraj Benydin, président de la Federation of Civil Service and other Unions (FSCOU), le «mood» est varié. Comme le montant des augmentations. «Il y a ceux qui s?en sortent bien et ceux qui sont toujours en difficulté.»
<B>Valérie OLLA</B>
<B>Ils disent leurs griefs</B>
Les fonctionnaires et employés des organismes parapublics toucheront, mardi, un salaire comprenant une augmentation moyenne de 36 %, soit entre Rs 2 000 et Rs 35 000 de plus.
Ce taux recommandé par le Pay Research Bureau (PRB) s?applique également aux retraités de la fonction publique. 100 000 personnes sont concernées par ces recommandations qui coûteront à l?Etat la bagatelle de Rs 5, 2 milliards. Mais le sourire n?est pas sur toutes les lèvres à l?approche de cette fin de mois.
Une série de contre-propositions venant des secteurs de l?éducation, de la santé publique, des infrastructures publiques, des administrations régionales entre autres est ainsi parvenue au PRB où un comptoir spécial a d?ailleurs été aménagé. La date limite pour soumettre des contre-propositions est le 30 août. Le directeur du PRB, Beejaye Coomar Appanna nous a déclaré, hier, qu?il en reçoit de moins en moins. Quant à la publication du rapport ayant trait à la correction des anomalies, il affirme qu?elle est prévue pour mai 2009. «Il s?agit de passer en revue les conditions de service d?au moins 150 organisations. C?est pour cette raison que cela prend du temps.»
En attendant, plusieurs personnes exposent leurs griefs. Les Clerical Officers, par exemple, s?inquiètent de leurs perspectives de promotion. Pour accéder au grade de Senior Officer, ils doivent désormais posséder un Higher School Certificate et un School Certificate avec cinq credits. Pour Rashid Imrith, président de la General Government Services Union (GGSU), cette condition doit être remplacée par le nombre d?années de service.
Dans les conseils de village, c?est aussi la frustration. Ces quelque 1 400 conseillers trouvent injuste le fait que les conseillers de districts et ceux des municipalités ont droit à une allocation de Rs 7 000 par mois alors qu?ils continuent, eux, à ne rien toucher. Ils comptent ainsi adresser un mémoire au PRB.
Les infirmiers affectés aux hôpitaux ont approché la Nurses Union (NU) pour préparer, eux aussi, un mémoire. Leur salaire de base passe de Rs 8 800 à Rs 12 000 mais ils estiment qu?il aurait dû frôler la barre des Rs 18 000. Cassam Kureeman, président de la NU, demande aussi au PRB de réviser à la hausse l?allocation de nuit qui est passé à Rs 200 la semaine. Et d?ajouter que le rapport Errors & Ommissions du PRB doit préconiser un plan de rétention des infirmiers.
Au niveau des enseignants, c?est le mécontentement également. Le fait que l?allocation prévue pour le programme d?apprentissage Literacy & Numeracy baissera par Rs 250 et la décision eu égard aux vacances pendant le troisième trimestre les indisposent. «C?est inadmissible. Comment peut-on empêcher un salarié de prendre des vacances durant cette période ? Peut-on demander à un enseignant de ne pas se marier durant cette période ?» s?emporte Vinod Seegum, président de la Government Teacher?s Union. Il trouve aussi anormal que le salaire d?un enseignant promu au poste de Deputy Head Teacher passe de Rs 26 400 à Rs 27 200. alors que «les autres fonctionnaires touchent, eux trois fois cette augmentation.»
Les architectes du ministère des Infrastructures publiques ne sont pas tout sourire non plus car le rapport du PRB prévoit que les architectes et architectes en chef soient désormais connus comme des Project Managers. Mais alors qu?un Project Manager de la National Development Unit débute avec un salaire de Rs 35 500, celui affecté au ministère des Infrastructures publiques touche Rs 22 000.
La Fédération des Syndicats du service civil (FSSC) suggère la mise sur pied d?un comité pour étudier les anomalies du PRB. Il trouve anormal que le PRB soit appelé à corriger ses propres erreurs.
<B>Jean-Denis PERMAL</B>
Les stratégies de vente se mettent en place</B>
Les propriétaires des magasins se frottent les mains. Avec la hausse dont vont bénéficier les fonctionnaires, ils espèrent faire de bonnes affaires. «Ajageer Saree Emporium» se prépare ainsi depuis avril. Sanjay Ajageer, le propriétaire du magasin sis à Goodlands déclare qu?«après une longue attente, le public sera soulagé avec cette augmentation et nous serons là pour fêter cela avec lui».Les prix de tous les articles de son magasin ont été revus à la baisse. Des promotions de 10 à 20 % selon les articles. Pour Sanjay Ajageer, c?est «enn mini lane», d?autant que pour les hindous, c?est l?époque des mariages. Du côté de «Courts», c?est la même tendance avec les «Wow Deals». Dinesh Ramchurn, «Marketing Manager» de «Courts» explique cette démarche en ces mots : «Qu?est-ce que les gens cherchent quand ils ont plus d?argent ? Du confort !» «Courts» a donc sélectionné quelques produits, dont des télévisions à écran LCD et des «home cinemas» entre autres. Et, explique Dinesh Ramchurn, «il y aura des enveloppes surprise pour ceux qui ont acheté. En choisissant une enveloppe, ils obtiendront un chiffre représentant la remise à laquelle ils ont droit. Et cela peut aller jusqu?à 100 %»
<B>Anushka MOOTIA</B>
Les produits sur mesure des banques</B>
Les banques commerciales ont concocté des produits sur mesure pour les fonctionnaires. Les augmentations salariales ne sont pas étrangères à l?adoption de cette nouvelle approche marketing. La Banque des Mascareignes, par exemple, leur offre un «Civil Servants Special Package». Les agents travaillant dans les secteurs public et parapublic accéderont ainsi à un crédit immobilier ou à un crédit automobile dès maintenant. Les travaux de rénovation ou d?extension des maisons ne coûteront ainsi que Rs 7 115 le mois aux fonctionnaires. Et ceux qui voudront s?acheter une nouvelle voiture auront à verser une mensualité équivalente à Rs 8 960. Dans d?autres institutions bancaires, les offres ne s?adressent pas qu?aux fonctionnaires. La «Mauritius Commercial Bank» est un exemple parmi d?autres. Elle finance les projets immobiliers jusqu?à 100 %, avec une période de remboursement n?excédant pas 15 ans. A la «State Bank of Mauritius», la période de remboursement d?un crédit pour l?achat, la construction ou la rénovation d?une maison s?étend sur 20 ans au maximum, pour un montant minimum de Rs 100 000. A la «Barclays», l?«Executive Loan» permet de bénéficier d?un montant maximum de Rs 1,6 million sur sept ans pour l?achat d?une nouvelle voiture. Les crédits immobiliers, quant à eux, peuvent être remboursés sur une période de 30 années.
Il est bon de noter que toutes les banques ont des plans de crédits aussi attrayants les uns que les autres.
<B>Nico PANOU</B>
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