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Quand la surdité veut « sourdre » à tout prix !

30 août 2003, 20:00

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Alain Gébert, professeur à l?Institut national des jeunes sourds de Paris, est venu récemment à Maurice pour travailler sur un système de langage des signes à adapter selon les spécificités mauriciennes. Les langues visuelles-gestuelles étant toujours associée à une culture, chaque pays a fini par développer sa propre langue des signes. Ainsi, il y a une langue des signes qui correspond

à chaque culture : française, anglaise, américaine, etc. Mais dans un pays pluriethnique et multiculturel comme le nôtre où chaque composante de la société dit bonjour à sa manière, la mise au point d?une langue des signes commune s?annonce plutôt compliquée. Pour dire « bonjour », par exemple, certains saluent avec un hochement de tête, d?autres joignent les mains pour le namasté et d?autres encore traduisent la même expression par une séquence de gestes. « Comment concilier tout cela dans un langage commun ? » s?interrogent Jaysun Succaram, directeur du HEAR Institute et président de l?Association des parents de déficients auditifs (APDA) ainsi qu?Edwige Seechurn, enseignante dans cette école.

Noorjehan Joonas, présidente de l?Association pour le bien-être des sourds à Maurice, est résolument en faveur du langage des signes mauricien (LSM). Elle est consciente du problème, mais estime que pour pouvoir atteindre le but qui est de résoudre les problèmes de communication entre sourds ou mal-entendants et ceux qu?ils appellent les entendants, il faut passer par la mauricianisation de la langue des signes.

Ce que conteste l?APDA, qui estime que tout comme l?anglais et le français sont reconnus en tant que langues nationales dans de nombreux pays, il devrait exister une langue des signes universelle pour que les sourds du monde entier puissent communiquer entre eux.

Les sourds ne sont pas des retardés mentaux

« Le langage des signes est né il y a une vingtaine d?années avec l?orthophonie (speech therapy), dont la pratique est apparue à l?hôpital d?oto-rhino-laryngologie (ENT) de Vacoas. À l?époque, on détectait la surdité à la naissance avec les moyens du bord et les résultats n?étaient pas fiables à 100 %. Maintenant, avec les nouvelles technologies, c?est beaucoup plus efficace et quand on dépiste des troubles, ils sont mieux traités ! », souligne Noorjehan Joonas. Cette dernière est sur la même longueur d?ondes que les responsables de l?APDA en ce qui concerne au moins un principe fondamental : les sourds ou malentendants ne sont pas des retardés mentaux. Leur seul handicap, c?est qu?ils n?entendent pas, ne peuvent donc pas reproduire les sons et ont ainsi des difficultés à communiquer. Un point c?est tout !

Quel langage des signes pour Maurice ?

En fait, les divergences se manifestent au sujet de l?introduction du LSM.

« D?abord, tous les partenaires de ce secteur n?ont pas été mis à contribution pour travailler sur ce projet dans le cadre de la visite d?Alain Gébert. Ce qui fait que toutes les opinions et les idées n?ont pas été partagées comme il se doit. De toute façon, le LSM n?est qu?une question de fierté pour que comme les autres pays, Maurice possède son propre langage. Dans la réalité, c?est beaucoup plus difficile à Maurice à cause de notre diversité de cultures », explique Jaysun Succaram.

À cela, Noorjehan Joonas répond : « Chaque pays a ses propres traditions et sa culture. Il est important que chacun s?exprime de la manière qui lui est propre ! »

Mais Jaysun Succaram insiste : « L?environnement dans lequel nous vivons, où évoluent les sourds et les malentendants mauriciens, n?est pas le même qu?ailleurs. »

Le débat ne fait que commencer !

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