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Quand l?état gaspille

20 mars 2004, 20:00

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«Le client ne sait pas lui-même ce qu?il veut », déplore Rajun Jugurnath, le directeur de l?Audit. Quand le client est un ministère ou un organisme parapublic et que le projet qu?il commande se chiffre en dizaines ou centaines de millions de roupies, les erreurs de planification et de jugement coûtent très cher à l?État et par extension à nous contribuables. Au lieu de faire l?inventaire des mauvais élèves du rapport 2002-2003 du directeur de l?Audit, nous avons cherché les raisons du gaspillage des fonds publics.

Les mêmes causes reviennent systématiquement : manque de planification et de suivi, mauvaise définition des besoins des clients et personnel insuffisant. L?attention se focalise aussi sur le ministère des Infrastructures publiques (MIP). Ce dernier est chargé d?élaborer les projets de grands travaux avec les ministères concernés mais également d?en surveiller l?exécution. Des tâches dont il s?acquitte péniblement parfois et qui retardent l?exécution des travaux souvent synonymes de dépassement budgétaire et même parfois de projets qui s?avèrent inadaptés à l?utilisation.

Les budgets courants des ministères arrivent à être maintenus sous contrôle, bon an mal an. Ce n?est d?ailleurs pas là que se situent les principaux problèmes et les plus gros gaspillages. En fait, le problème se situe au niveau des projets infrastructurels financés par les budgets de développement (capital budgets) des ministères.

La planification efficace des travaux semble être un phénomène récurrent. La première phase de la construction du stade de Bambous est une bonne illustration. Le plan initial élaboré en 1998, prévoyait un coût total de Rs 48,4 millions pour la première phase. Il atteindra Rs 77,9 millions à la fin des travaux en août 2002. Le MIP, qui avait attribué le contrat de construction à une société privée, explique au directeur de l?Audit que la hausse de 74 % est due à des travaux de nivellement de terrain et d?ajout de surfaces synthétiques.

Des nécessités que ni le Project Manager au niveau du ministère, ni les architectes de l?entreprise privée n?avaient identifiées. « Le nombre de variations qu?on retrouve dans certains projets est parfois inacceptable. Le coût finit inévitablement par grimper en conséquence », explique Rajun Jugurnath. Dans la précipitation, certains projets démarrent en trombe. « Parfois on ne discute même pas des besoins du client et on manque de données de base », confie un ingénieur de l?État.

Le manque de planification a parfois des conséquences encore plus graves : des installations restent inutilisées pendant une longue période faute de timing approprié entre les différentes phases du projet. Dans son dernier rapport, l?Audit note que seule la première phase de l?Environmental Sewerage and Sanitation Project de Montagne- Jacquot a été terminée depuis janvier 2002. Les conduits externes (rising mains), qui ont coûté Rs 121 millions, ne seront pas en service tant que les deux autres phases du projet ? l?usine de traitement des eaux usées et les stations de pompage ? n?auront pas été terminées. Pas avant fin 2004 !

Dans le Nord, le même schéma se répète. Le rapport note que des Idle Assets d?une valeur de Rs 218 millions ont été répertoriés. « Ils ne seront utilisables qu?en 2005 », note le rapport alors que cette phase a été terminée depuis avril 2003. De plus, Rs 13 millions de frais d?opération et de maintenance des équipements devront être déboursés jusqu?en 2005. Dans les deux cas, une erreur de planification est à l?origine du décalage entre la fin d?une phase et le démarrage du projet dans son ensemble. « Dans le privé, il y a davantage de proximité et d?interaction avec le client. S?il n?est pas d?accord ou s?il y a une modification, la décision est prise sur-le-champ. Dans le public, l?utilisateur est souvent absent et toute éventuelle erreur n?est constatée que lorsque le projet arrive à terme », souligne Pritoo Permanund, vice-président de l?Association des architectes.

Parfois les gaspillages naissent non pas en amont, mais pendant les travaux. Les raisons sont, ici aussi, multiples. Le manque de personnel et le défaut de supervision sont toutefois les plus cités. L?État semble souffrir d?un manque chronique de métreurs (quantity surveyors). Le suivi des travaux en pâtit et les retards de livraison deviennent la règle. « On vérifie les travaux une fois tous les trois mois là où une inspection mensuelle est obligatoire », explique Rajun Jugurnath.

Mais le personnel chargé de vérifier la progression des travaux fait défaut. « Actuellement, tout le monde est débordé au MPI », constate un ingénieur qui passe son temps à courir d?un chantier à l?autre. C?est la concentration des nouveaux projets de développement qui a pris de l?ampleur durant les trois dernières années qui est montrée du doigt. « En temps normal, il y a assez d?ingénieurs de métreurs et d?architectes au MPI. Mais tel n?est pas le cas aujourd?hui », explique un ancien chef ingénieur de l?État. Un architecte de l?État ne passe ainsi en moyenne qu?une heure sur un site de construction, et c?est là, entre autres, que surgissent des failles qui coûtent cher aux pouvoirs publics et aux contribuables.

Des failles, il y en a eu sur le projet de conversion des systèmes d?irrigation dans la phase 1 du Northern Plains Irrigations Project. Le coût des travaux est passé de Rs 71,6 millions prévues au départ à Rs 92,1 millions. L?entreprise chargée des installations a par ailleurs dépassé le délai de livraison de 627 jours ouvrés pour ne finir qu?en novembre 2001. Une extension qu?aucun ingénieur n?a vu venir, ni su prévenir.

L?État a bien essayé de trouver une parade au manque de supervision en recrutant principalement des consultants privés pour surveiller la progression des travaux. Mais cette solution n?est pas nécessairement la meilleure et certainement pas la plus économique. Le consultant travaille selon un pourcentage, disons de 6 % de la valeur totale du projet. « Mais c?est lui qui détermine la valeur finale de celui-ci. Il peut l?augmenter en optant pour des matériaux plus coûteux. Et au bout du compte, il touche plus », explique l?ancien Chief Engineer.

Les exemples de consultants recommandant l?utilisation de matériaux plus chers pullulent dans le rapport de l?Audit. Mais comment prouver qu?il y avait là une intention frauduleuse et non le seul souci d?arriver au meilleur produit fini possible ? À ce chapitre, les miracles se produisent parfois. Le Traffic Centre de Rivière-du-Rempart en offre l?exemple. Une faille dans le calcul du coût du projet a laissé le directeur de l?audit perplexe. Le projet final a coûté 35 % moins cher que la somme initialement budgétée. Il est passé de Rs 27,7 à Rs 17,6 millions ! Une bonne nouvelle qui jette également le doute sur le sérieux des personnes qui avaient travaillé sur le projet initial.

Les dépassements budgétaires et les gaspillages peuvent être réduits au minimum selon les professionnels des travaux publics, mais pour y arriver il faut une solide volonté politique. L?État doit pouvoir dans un premier temps adopter une nouvelle politique de recrutement de son personnel spécialisé dans les bâtiments et travaux publics. « Les projets de développement sont coûteux et compliqués et il faudrait s?assurer que les compétences sont réunies pour veiller à leur aboutissement sans gaspiller les fonds publics », suggère Kadress Pillay, directeur de l?audit de 1978 à 1983. Bhinod Bacha, ancien chef de la fonction publique, poursuit le même raisonnement. Il estime que « le secteur public doit créer des conditions pour attirer les compétences ».

Kadress Pillay va plus loin et suggère une réorganisation des attributions dans le domaine des travaux publics. « Il ne faut pas tout mettre sur le dos du MPI. Si chaque ministère était autonome, le MPI pourrait alors agir comme consultant et non comme chef de chantier comme c?est le cas actuellement. » Une suggestion que nos décideurs politiques pourraient écouter? mais seulement s?ils trouvent les compétences qui font si cruellement défaut au secteur public !

STADE DE BAMBOUS Rs 77,9 millions

ENVIRONMENTAL SEWERAGE AND SANITATION PROJECT DE MONTAGNE JACQUOT Rs 121 millions

NORTHERN PLAINS IRRIGATIONS PROJECT Rs 92,1 millions

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