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Quand Issa Asgarally pense l?interculturel

14 mars 2005, 00:00

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À travers une dialectique qui a pour fondement une philosophie en faveur d?un humanisme idéal, Issa Asgarally pose la guerre comme ultime alternative à l?interculturel. Son essai, L?interculturel ou la guerre, lancé la semaine dernière à la salle de Conseil de la Municipalité de Rose-Hill, propose, à travers une nouvelle vision, d?amortir toute tension latente entre différentes cultures et d?éviter ainsi tout éclatement du tissu social qu?annoncent les signes d?une crise potentielle.

Puisqu?il est d?usage de ne pas entrer dans une ?uvre sans le point de vue de son préfacier, on ne peut nier ces commentaires de J.M.G. Le Clézio, lorsqu?en sa qualité d?homme de lettres et à la lumière de ses expériences, il s?applique à résumer la démarche de l?essayiste en ces termes-ci : ?Nourri des humains classiques de l?Occident, et de la dialectique des grands contemporains, Edward Said, Michel Serres, Amin Maalouf, Umberto Eco ou Sanjay Subrahmanian, Issa Asgarally utilise les éléments formateurs pour les refondre dans le creuset de l?interculturel?? Voici donc, issue d?un vaste champ d?exploration et d?une recherche assidue, une notion malléabilisée et coulée dans une alchimie discursive. Tout le reste n?est pas qu?une question de conviction mais concerne la nécessité ou pas de se laisser convaincre.

Mais d?abord, il faut faire appel à un procédé de déconstruction pour saisir l?essence qui compose la dialectique de l?essayiste. Au départ, il est un constat qui sert de postulat : ?dans les faits, la culture peut mener à la guerre ou à la paix.? L?hypothèse n?est pas gratuite. Elle est vérifiable dans tous les domaines. Dans celui des langues, par exemple, ?le plurilinguisme semble engendrer la guerre des langues parce que les hommes acceptent mal la différence.? Ce qui montre que ?la notion de pureté de la langue est aussi dangereuse que celle de pureté de la race.? En ce qui concerne la mondialisation, ?malgré l?apport des nouvelles technologies et la mondialisation des échanges, l?on constate que les rencontres entre les cultures et les hommes se déroulent souvent sous le signe de la conquête, du pillage ou de l?exotisme.?

Dans le domaine des religions, chacune se donne la connotation la plus positive (?le peuple de Dieu?, par exemple) en attribuant aux autres la plus négative (?les infidèles?, par exemple). Du coup, ?les religions ont des noyaux durs qui s?excluent?, note Asgarally. Et ce n?est pas tout. La question d?identité même n?a jamais autant affiché sa nature meurtrière qu?en ces derniers temps. À chaque fois, remarque-t-il, que l?une de nos appartenances ? couleur, religion, langue, classe, caste ? est mise en cause, nous nous identifions à elle et nous nous faisons victimes par anticipation. ?L?identité est au c?ur des multiples malheurs du monde?, constate l?auteur. Et c?est pour cette raison aussi que le multiculturalisme peut devenir ?l?antichambre de l?ethnicisme? en réduisant ?la personne à une catégorie et l?individu à un collectif? ? d?où ?le multiculturalisme ne saurait suffire en ce début de siècle.? Il s?agit plutôt d?une notion ou d?un mode de vie qui court le risque de ?mettre les gens dans des boîtes et d?ethniciser notre vision de la société.?

Le remède à tous ses maux se trouve, selon Issa Asgarally, indubitablement dans l?interculturel ?qui peut et doit contribuer à la solution de la crise actuelle?. Cette notion a donc pour fondement ?les causes de l?hostilité et de la guerre? qu?il s?agira de revisiter. Tout l?enjeu se trouve alors dans la possibilité que nous offrira la culture de vivre ensemble, en représentant ?l?autre de façon acceptable.? La bataille n?est certes pas gagnée d?avance et le travail doit être accompli en profondeur. Dans le domaine de l?histoire, par exemple, l?interculturel visera à ?reformuler les expériences historiques [?] à opposer une vision différente à celle jusqu?ici dominante dans les sociétés.?

Une affaire humaine

Les diverses religions sont ainsi invitées à poursuivre ?leurs efforts d?autoanalyse et d?autocritique? afin de devenir moins dogmatiques. Il n?est pas impossible de dégager d?elles certains éléments d?une ?culture de paix? pour construire ?une éthique inter-religieuse?. Cela signifie que l?interculturel s?engage à considérer la religion, non comme un ?objet de culte?, mais comme ?un fait de culture.? En d?autres termes, il ne la verra plus comme une affaire limitée aux fidèles mais dans son rapport à l?humanité entière. Car, l?interculturel est bien une affaire humaine. Il consiste à privilégier ?l?unité fondamentale des hommes et des femmes en tant qu?êtres humains avant d?explorer leur différence incontournable.? L?objectif est de cultiver une nouvelle conception de l?identité même si ?la culture peut aller sans conscience identitaire?. L?identité d?un individu doit reposer sur la multiplication de ses appartenances et non uniquement sur l?une d?entre elles ? celle sur laquelle il met toute son ardeur à la défendre. En multipliant nos appartenances, ?notre identité sera plus riche, plus heureuse, plus forte?, nous assure Asgarally.

Puisque dans l?échange interculturel, la lutte contre les frictions communautaires commence par le travail sur le langage, il faut donc apprendre à reconnaître et à accepter les influences mutuelles de toutes les langues. ?L?échange véritable entre deux cultures se produit lorsqu?il y a une influence et un respect mutuels.? Il faut, selon lui, prendre l?exemple de ce que nous offre le domaine artistique. La peinture, la sculpture, la musique sont de véritables modèles de l?échange interculturel ? c?est pourquoi, par ailleurs, au dialogue multiculturel, Asgarally préfère l??échange interculturel?. Ainsi, on peut voir en littérature, par exemple, ?le lectorat d?un grand écrivain transcender toutes les frontières.? C?est en ce sens que l?interculturel est dépassement. Il ?transcende la cohabitation culturelle?. Et c?est ainsi qu?il parvient à favoriser ?l?essor de la création, la réadaptation de ces cultures au vent de la mondialisation.?

S?il est donc un lieu commun de rencontre et de vie où enseigner l?interculturel serait la garantie d?une bonne semence, l?école demeure cet espace privilégié. Et s?il est une discipline scolaire qui serait le champ par excellence de ce mode de vie, c?est bien la philosophie. Mais pour l?instant, elles ont toutes les deux faillis à leur devoir.

?Il consiste à privilégier l?unité fondamentale des hommes et des femmes en tant qu?êtres humains avant d?explorer leur différence incontournable.?

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