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Quand incivisme rime avec danger !

26 avril 2007, 20:00

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C?est la première semaine mondiale des Nations unies pour la sécurité routière. L?occasion nous est donnée d?établir un constat de la situation. Les accidents de la circulation tuent près de 1,2 million de personnes dans le monde chaque année et font plusieurs millions de blessés. Selon un nouveau rapport publié par l?Organisation mondiale de la santé (OMS), ils sont la principale cause de décès chez les personnes âgées de 10 à 24 ans. 400 000 jeunes, de moins de 25 ans, sont tués dans des accidents de la circulation chaque année et des millions d?autres blessés ou handicapés.

À Maurice également les chiffres sont inquiétants, surtout dans la mesure où ils sont globalement en hausse. En 2006, il y a eu un peu plus de 20 000 accidents, près de 5 000 de plus qu?il y a dix ans. Ils ont causé la mort de 134 personnes, essentiellement des piétons. Et les chiffres continuent d?être alarmants. Depuis le 1er janvier 2007, la route a déjà fait 38 morts. Et les plus touchés sont les 16 à 25 ans.

Pourtant la majeure partie de ces accidents aurait pu être évitée ! En agissant sur la conduite en état d?ivresse, les excès de vitesse, le port du casque et de la ceinture de sécurité, de nombreuses vies peuvent être sauvées. Des dispositifs de retenue pour enfants ainsi que la visibilité des piétons, des cyclistes et des motocyclistes sont aussi importants. L?amélioration de la sécurité doit passer par une sensibilisation et une responsabilisation des usagers de la route.

Véritable parcours du combattant, les routes mauriciennes sont le théâtre de nombreux obstacles et dangers qui demandent au chauffeur une bonne concentration et des réflexes. On y croise des piétons qui marchent sur les routes faute de trottoirs et des chiens errants qui déboulent sous les roues de véhicules. On y trouve des véhicules garés en double file dans un virage. On y rencontre des motos qui dépassent sur la gauche et des bus déposant des passagers en dehors des arrêts prévus... La liste est longue !

Les chauffeurs sont la cause de 95 % des accidents. Cela est dû, en partie, à un comportement incivique et agressif. Des irresponsables prennent le volant après avoir consommé de l?alcool. Certains s?amusent à dépasser les limites de vitesse? Mais d?autres facteurs sont également sources d?accidents. On peut déplorer des problèmes et des manques au niveau des infrastructures routières. Nos routes sont souvent très étroites. Il y a un manque certain de trottoirs et de parkings, de mauvaises signalisations routières, une mauvaise visibilité? En plus, elles sont saturées en raison de la hausse du nombre de véhicules. En effet, chaque année, on dénombre 10 000 véhicules de plus. Si, en 1997, il y en avait 210 000 en circulation, actuellement il y en a près de 320 000.

Le mauvais entretien des véhicules peut également être dangereux. Ceux qui polluent négligemment en rejetant une fumée noire ou qui éblouissent les véhicules qu?ils croisent avec des phares mal réglés sont aussi responsables d?accidents.

Le chauffeur mauricien est-il civique ? Bien rares sont les chauffeurs qui s?arrêtent à un passage pour piétons pour laisser traverser ces derniers. Pourtant, le futur chauffeur apprend, lors de ses leçons de conduite, qu?à l?approche d?un passage il faut ralentir de manière à pouvoir s?arrêter. Mais bien souvent, ?on pourrait croire qu?ils ont peur d?user leurs freins, ils vont même accélérer et si par malheur le piéton s?est aventuré sur le passage, ils klaxonnent et profèrent parfois des invectives?, fait ressortir Nathalie, une piétonne.

Selon Prakash (nom fictif), instructeur d?auto-école : ?Kan zot gaign zot lisans, ne pli pran kod an konsiderasyon, zot blye bann prinsip ki zonn aprann, zot met dan poubel.? N?ayant plus de test à passer, le chauffeur, fraîchement licencié, désapprend tout ce que son instructeur lui a inculqué. Pire encore, ?ena dimoun enn loto mem pa cav demare, kouma kondwir pa kone, mai zot gaign zot lisans. Ena bocou coripsyon, instrikter mem ki ankouraz koripsyon?, déclare Prakash.

Il faut revoir le système des tests afin de combattre la corruption. Il est nécessaire de former des chauffeurs qui seront plus conscients des dangers sur la route et des conséquences de leurs comportements. Voilà ce que préconise Prakash pour diminuer le nombre d?accidents. Il salue la future loi qui prévoit un permis provisoire de deux ans pour les nouveaux chauffeurs. ?Sa li interesan, zot pa pou kapav met dan poubel tou se ki zonn aprann.?

?Les chauffeurs n?ont pas peur des représailles?, dit Michel, chauffeur de van. Ils ne font guère attention aux code, droits et devoirs . ?À partir du moment où on sait qu?on peut acheter la police, c?est dangereux. On sait que pour Rs 200 on ne risque rien, alors on ne suit pas les règles. Mais on risque d?ôter la vie à quelqu?un !? Selon Prakash, les accidents de la route sont en grande partie dus à ce problème de corruption. ?Si enn dimoun inn gaign enn kontravansyon pou eksess, li fini kone li pou kapav tir li parski li ena kontak. Ler la pena limit !?

Finalement, il semble que des règles tacites et un peu floues ordonnent la circulation dans notre île. ?Plus personne ne suit les règles et il y a un surenchérissement, on se dit : si l?autre le fait, pourquoi pas moi ! Alors, on passe au rouge, on se met en double file n?importe où, sans mettre ses feux. Tant qu?il n?y a pas de sanctions, ça va de plus en plus loin?, explique Michel. Il ajoute : ?Quand la police vous coupe la route sur le rond-point ou dépasse en moto sur la gauche, alors on se dit que tout est permis !? Le klaxon a acquis des sens multiples : ?bonjour? à un passant, ?avance?, ?attention, je passe?, ?j?arrive?...

On note de l?égoïsme sur la route, un manque de civisme, mais aussi de l?agressivité. Michel a sa théorie : ?Quand une bonne part de la population reste coincée dans les embouteillages matins et soirs, alors qu?on est pressé, c?est normal que les conducteurs deviennent agressifs?.

Mais on peut se demander finalement si le manque de civisme des Mauriciens au volant ne reflète pas son manque de civisme dans la vie courante ? ?Polluer la rue, ne pas céder la place dans le bus, dépasser dans les files d?attentes,? L?attitude de beaucoup de Mauriciens est : ?après moi le déluge?. Ils sont égoïstes?, estime Nathalie.

Une campagne pour sensibiliser et informer sur la sécurité routière

■ Cette première semaine mondiale des Nations unies consacrée à la sécurité routière est dédiée aux jeunes usagers de la route. Tout au long de la semaine, des manifestations visant à sensibiliser les jeunes et les moins jeunes à la sécurité routière sont prévues. Conférences, concours de chants et de dessins, lancement d?un site Internet élaboré par les étudiants de l?université de Maurice sont organisés. Des activités du ministère des Infrastructures publiques et de la police nationale sont aussi à l?ordre du jour.

Mercredi, un CD-Rom interactif et éducatif du ?Road Safety Education Programme in Primary School? a été lancé officiellement, à l?école James Toolsy, à Curepipe. Le CD-Rom sera distribué dans les écoles primaires de l?île afin d?informer et de sensibiliser les enfants à la sécurité routière dès leur plus jeune âge. À cette occasion, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Rashid Beebeejaun, a notamment souligné l?importance du rôle des enfants pour passer le message à leurs parents : ?Zot ki pou edik zot paran ! ?

Les enfants présents semblent avoir bien retenu la leçon. ?Il faut marcher à côté de la route, il ne faut pas jouer sur la route, il ne faut pas traverser quand il y a une voiture, il faut traverser au feu vert ou sur les passages pour piétons?, expliquent les jeunes élèves de C?ur Sacré de Jésus RCA School de Port-Louis.

La voiture-tonneau, apportée de la Réunion, était également présentée au public devant la municipalité de Curepipe, mercredi. Cela afin de sensibiliser à l?importance du port de la ceinture de sécurité en cas d?accident. Le constable Perry Madelon nous explique les premières réactions : ?Les gens disent merci ! ça veut dire qu?ils ont compris le message. Car certains ne se rendent pas compte de l?efficacité de la ceinture.? Suspendus, tête en bas, la voiture est arrêtée un instant afin que les usagers comprennent à quel point la ceinture de sécurité est utile. Un peu déboussolées d?avoir été retourné à 360°, Delphine et Jemina sortent bien convaincues de la voiture-tonneau : ?C?est très important de toujours mettre la ceinture et il faut bien vérifier qu?elle soit bien attachée.?

La finale d?un concours de chants sur le thème de la sécurité routière est prévue samedi, à partir de 17 heures, au Caudan. Elle clôturera cette semaine d?activités.

Questions à Ben Buntipilly chef inspecteur, responsable de la sécurité routière

● Comment se passe le travail de sensibilisation à la sécurité routière au niveau de la police ?

Depuis 1982, on a commencé à faire des campagnes de sensibilisation avec les enfants. À l?époque, j?étais responsable de la piste d?éducation routière. On a mis en place un programme pédagogique avec les enfants de quatre ans. C?est important d?aborder ce sujet dès la maternelle.

● Quels conseils donnez-vous aux conducteurs ?

L?apprentissage doit continuer, même après avoir obtenu le permis. Ce n?est pas tout d?avoir passé le test, il faut que chaque conducteur développe la conduite défensive, l?observation, être prudent, être concentré. Beaucoup de chauffeurs ont une conduite inappropriée. Même si la limite de vitesse est de 60 km/h, le conducteur doit tenir compte du trafic, du mouvement, du climat et de l?heure. Il doit adapter sa conduite pour qu?elle soit appropriée. Il y a une nouvelle loi sur la conduite inappropriée qui a été votée d?ailleurs. Il y en aura d?autres qui permettront de renforcer la sécurité routière comme de délivrer un permis provisoire durant deux ans avant d?avoir le définitif.

● La répression est-elle la solution pour sensibiliser et responsabiliser les usagers de la route ?

On dresse des contraventions, mais il ne faut pas que de la répression. Il faut que les citoyens réalisent les conséquences de leurs actes. Bien sûr, il ne faut pas éliminer la répression. Mais il faut que les usagers prennent leurs responsabilités. Bien souvent ils savent qu?il y a un danger et que ce n?est pas permis. L?alcool au volant ou l?usage de portable, par exemple ! Mais ils le font quand même ! Les gens sont irresponsables ! J?aimerais qu?ils se sensibilisent eux-mêmes, qu?ils soient plus responsables de leur santé et de leur vie.

Bien souvent aussi la police doit faire face à certaines résistances quand elle verbalise un chauffeur pour conduite en état d?ivresse. Mais les gens doivent comprendre qu?ils sont face à quelqu?un qui fait son travail pour les aider à rester en vie !

● La sécurité routière est l?affaire de tous ?

Oui, c?est ensemble qu?il nous faut prendre conscience des dangers et trouver des solutions pour assurer la sécurité sur les routes. Souvent les passagers cautionnent l?imprudence du chauffeur qui a bu ou qui roule trop vite, au lieu de le sanctionner. Moi, le travail que je fais pour la sécurité routière, je le fais avec le c?ur. En 25 ans de service dans ce domaine, j?ai vu beaucoup de cadavres sur nos routes, de souffrances, de séparations. J?ai dû annoncer beaucoup de décès. On a un permis de conduire, pas un permis de tuer ! On a une vie, il faut la préserver et celle des autres aussi.

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