Publicité

Quand on croyait que l?exemple viendrait du Zimbabwe

22 novembre 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Tout le monde peut se tromper mais plus particulièrement les lèche-culs, les béni-oui-oui, les inconditionnels, les opportunistes et autres racistes surtout quand ils sont indécrottables. Cette réflexion nous revient à l?esprit, en relisant l?interview de John Bourne, parue dans notre presse indépendante, à la mi-novembre 1982. Qui est John Bourne ? Il ne s?agit que d?un cadre d?une entreprise pharmaceutique qui fait, du Zimbabwe, son pays d?adoption. Il s?y sent chez lui. Ne riez pas. Nombreux sont les Mauriciens, en 2007, à penser qu?il a raison. Surtout quand il affirme ex cathedra que le Zimbabwe servira un jour de modèle économique et social au reste de l?Afrique. Il se vante donc et volontiers de son admiration, sans borne, pour Robert Mugabe.

Il s?explique. Quand on sait se conduire, il n?est pas difficile pour un Blanc de vivre au Zimbabwe. La politique officielle de réconciliation et de reconstruction facilite grandement son insertion. Politique clairvoyante et réaliste, précise-t-il. Mugabe est un pragmatiste. Avis à qui ne le sait pas. Il est d?une qualité exceptionnelle et d?une grande générosité (surtout sur le dos des autres). Blancs et Noirs sont interdépendants. Ils doivent ensemble construire l?Afrique.

Même au plus fort de la guerre de décolonisation, John Bourne ne constate jamais d?animosité entre Africains et Européens. La philosophie de Mugabe aide, bien sûr, à faire la paix plus rapidement que prévu entre Zimbabwéens originaires de races diverses. Notre monde ne tolère plus les extrémistes. Notre siècle doit être celui de la modération. Le pragmatisme doit être notre guide. Ce qui importe c?est d?offrir au peuple le changement promis. Et autant que possible pas un changement pour l?enfer. Le bon peuple doit, bien sûr, comprendre que la consolidation économique passe avant les facilités sociales. Seule la croissance économique permet la création d?emplois productifs et la création de nouvelles richesses. Tuer cette croissance et le profit qui la quantifie, c?est, bien sûr, tuer emplois productifs et nouveaux piliers économiques. Bourne conclut : Qui a le ventre plein, aime son pays et travaille pour lui. Et non : Qui collectionne les limousines... comme pourraient le penser des envieux.

Bourne craint, certes, les difficultés économiques du Zimbabwe. Ce pays a toutefois la chance en or de servir d?exemple sur le plan moral à l?Afrique. Il prouvera que Blancs et Noirs peuvent cohabiter. Il possède la capacité économique et infrastructurelle pour devenir un guide industriel, commercial, technique et moral pour l?Afrique. Interdiction ici de penser : Arrête rêver camarade !

Pas d?alternative à l?autosuffisance. Seul l?Africain peut résoudre les problèmes de l?Afrique. L?Occident ne possède plus les moyens économiques d?aider l?Afrique. L?Occident rencontre des difficultés économiques aussi contraignantes que celles que connaît l?Afrique. L?Occident préfère désormais aider l?Occident, surtout ex-communiste. L?Afrique doit surtout apprendre à commercer avec des devises africaines. Le dollar zimbabwéen plutôt que le dollar états-unien. Le principal facteur de désunion en Afrique vient du tribalisme. Le noubanisme est partout. Autant chez les Blancs que chez les Noirs.

Le meilleur atout de la Rhodésie est d?avoir subi ce boycott mondial. Ses habitants ont appris à se débrouiller par eux-mêmes, avec les moyens du bord. Mugabe n?a donc pas hérité d?une colonie mais d?un pays sachant pratiquement ce que signifie l?indépendance économique. Le grand tort d?Ian Smith est d?avoir voulu rester trop longtemps au pouvoir. Il a dangereusement fait monter la mise. Il a tout perdu. L?indépendance était inéluctable. Faute de le comprendre, des vies humaines ont été perdues inutilement. Qu?il soit blanc ou noir, un mort a toujours des parents, des frères, des s?urs, des enfants, un conjoint, des amis.

John Bourne a le sens de l?humour. Il craint par-dessus tout l?après-Mugabe. Cela tombe à pic car son mandat présidentiel s?achève en 2008. Il serait intéressant de savoir si Bourne partage toujours la même opinion, un quart de siècle après. Ne sous-estimons toutefois pas le nombre de Mauriciens à lui donner raison, même en 2007. Pour eux, il ne peut être vrai que l?inflation atteint 600 %, en 2006 au Zimbabwe, selon Jeune Afrique, que le chômage affecte 70 % de la population active, que les pénuries d?essence, d?eau, d?électricité, sont courantes, que les systèmes de santé et d?éducation publiques se détériorent de jour en jour, que l?ancien grenier de l?Afrique connaît désormais une insécurité alimentaire quasi permanente. Tu parles d?un modèle pour l?Afrique.

Publicité