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Père Noël et Père Fouettard

28 septembre 2005, 00:00

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Le problème n’est pas que le gouvernement ne parle pas le langage de vérité. Dans son constat sur la situation économique, le ministre des Finances, Rama Sithanen, a effectivement mis le doigt sur les principaux maux dont souffre le pays. Les analystes locaux et étrangers n’ont eu de cesse de répéter un même message : Maurice court vers la catastrophe.

Le véritable dilemme est que la population ne veut pas ou ne peut pas comprendre l’ampleur des difficultés auxquelles le pays est confronté depuis plusieurs années déjà et les pénibles conséquences à venir dans pas longtemps.

Pour beaucoup sans doute, le sombre tableau dépeint par Sithanen fait partie du folklore d’un changement de régime. Il est de bon ton de noircir le bilan du gouvernement sortant. Par ailleurs, l’ancien gouvernement a également le tort d’avoir édulcorer son analyse en nous assurant qu’il avait réellement “redres nou pei”.

En voulant trop bien faire, trop vite et trop loin, il a certainement contribué à gonfler le déficit public et la dette de l’Etat. Personne ne contestera la nécessité des réformes et des investissements dans l’éducation, ni le besoin de doter le pays d’infrastructures pour se lancer dans les technologies de l’information et des communications.

Mais ce faisant, l’ancien régime a ignoré le principe élémentaire qu’on ne peut s’endetter au-delà de ses moyens de remboursement. Les consommateurs imprudents le savent : le camion de “Mammouth” finit toujours par passer.

Au niveau national pourtant, ces mêmes consommateurs vivent avec l’impression que les moyens de l’Etat sont illimités. Cette perception a d’ailleurs été renforcée par les mesures populistes du gouvernement travailliste comme le transport gratuit et le rétablissement de la pension universelle.

Si l’Etat peut se permettre de telles largesses, c’est que la situation n’est pas si difficile qu’on le dit, raisonne l’homme de la rue.

Et pourtant. Les nouvelles négatives continuent à s’accumuler. Les exportations de l’industrie textile-habillement ont baissé de Rs 2 milliards au cours du premier semestre. Les exportations sur le marché américain se réduisent comme une peau de chagrin et le non-renouvellement de la dérogation concernant le “third country fabric” qui expire vendredi devrait accentuer cette tendance.

Par ailleurs, l’Union européenne semble intransigeante sur l’ampleur de la réforme de son régime sucrier et de la baisse conséquente du prix du sucre. Le lobbying de Maurice et du groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique risque fort de se terminer par une grosse désillusion.

Pour ce qui est de l’industrie touristique, en attendant les éventuels effets de la timide libéralisation de l’accès aérien, force est de constater que des destinations comme la Chine et le Vietnam enregistrent des taux de croissance avoisinant 60 %.

Tout cela ne veut dire qu’une chose : les revenus en devises baissent et continueront à baisser tandis que la note d’importation continue à augmenter, notamment à cause de la flambée du prix du pétrole qui ne devrait pas connaître de répit de sitôt.

Le manque chronique de devises depuis plus de quinze mois et la détérioration de la balance commerciale et de la balance des paiements préfigurent une crise financière. Les gesticulations du ministre Rajesh Jeetah pour contrôler les prix ne pourront rien contre la dépréciation de la monnaie.

Les analystes réclament une hausse des taux d’intérêts pour parer au plus pressé mais les investisseurs souhaitent le contraire. Puisque le seul remède pour rétablir les grands paramètres économiques est de réussir à atteindre un taux de croissance de 6 à 8 %, le gouvernement n’a d’autres choix que d’espérer une relance de l’investissement privé puisqu’il n’a plus les moyens de soutenir la croissance par l’investissement public.

Pris entre le marteau et l’enclume, le gouvernement “Père Noël”, devra bien se résoudre tôt ou tard à se transformer en “Père Fouettard”.

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