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Père Moriarty : Maurice peut enrichir l’univers

17 octobre 2006, 20:00

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A la mi-octobre 1981, Alain Gordon-Gentil rencontre l’abbé William Moriarty qu’il nomme “le guide spirituel des Mauriciens établis en Australie”. Celui-ci rentre définitivement dans son pays d’adoption après avoir été, pendant une décennie, l’aumônier de la diaspora mauricienne dans l’île-continent. Ce prêtre séculier, originaire d’Abbeyfeale, diocèse irlandais de Limerick, est ordonné le 22 juin 1941. Il arrive dans le diocèse de Port Louis le 16 mai 1944. Il est successivement vicaire aux Vacoas et à l’Immaculée-Conception, secrétaire de la Roman Catholic Educational Authority, curé intérimaire à Bambous et à Saint-Julien, curé à Rivière du Rempart et aux Vacoas avant de se mettre au service de la communauté mauricienne en Australie. En octobre 1981, il revient s’installer définitivement aux Vacoas où il meurt quelques années après.

Trois mots-clés résument, selon lui, le phénomène de l’émigration : assimilation, intégration et cohésion sociale. A ceux qui parlent de démission, de lâcheté, de traîtrise, il répond qu’il est écrit : Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé. Il estime ces qualificatifs excessifs et injustes quand on les applique aux Mauriciens expatriés. Beaucoup ont quitté leur île natale avec chagrin et nostalgie, même s’ils ont choisi de ne pas l’extérioriser pour ne pas accroître les souffrances morales causées par leur départ. Ils sont partis pour des raisons personnelles, familiales, que nous devons respecter. Les condamner, c’est condamner tout le processus d’émigration, d’aventure, d’esprit de pionnier. C’est vouloir supprimer l’élan qui pousse certains à aller voir ce qui se passe de l’autre côté d’une chaîne de montagnes ou d’un océan, aller faire la connaissance d’autres hommes.

Il y a eu un temps favorable pour l’émigration. L’Australie a entrouvert ses bras à des Mauriciens. Certains ont profité de l’aubaine. Nous devons respecter leur décision. L’émigration permet, en fait, à l’île Maurice de transcender les 2 000 km carrés de son territoire exigu. Elle lui permet d’apporter quelque chose de nouveau, d’inédit, de spécifique au reste de l’humanité, à l’ensemble de l’univers.

Le Père Moriarty témoigne que la communauté mauricienne a providentiellement apporté quelque chose de nouveau à la population australienne. Elle lui a prouvé, dans les faits, que la cohabitation fraternelle et pacifique d’hommes et de femmes d’origines diverses, de différentes ethnies, cultures, religions, mentalités, manières de vivre, est non seulement possible mais encore qu’elle est la source d’un enrichissement insoupçonné.

Il n’hésite pas de parler d’une culture mauricienne. Elle n’est ni française, ni anglaise, ni indienne, ni chinoise, ni africaine, mais est le résultat d’un savoureux métissage créole et insulaire de ces différents ingrédients culturels, les absorbant sans les détruire. Elle est difficile à analyser et à trop vouloir le faire, on pourrait la durcir outrancièrement. Il définit ainsi le mauricianisme : tout un passé historique qui se révèle dans les mœurs, les habitudes vestimentaires, culinaires, dans la façon de se comporter pour produire une gentillesse innée, un sens de l’accueil qu’il ose qualifier d’unique au monde. Il ajoute même : le sens de la famille des Mauriciens, leur échelle des valeurs, sont parmi les plus élevés au monde. Cela est plus facilement perceptible à l’étranger quand on compare leurs comportement et réactions à ceux des membres d’autres communautés humaines. Les Mauriciens expatriés sont les meilleurs ambassadeurs que leur pays peut avoir en Australie.

A ce stade Alain Gordon-Gentil oriente l’entretien sur les Mauriciens qui reviennent en vacances au pays natal pour tout critiquer et regretter le confort qu’ils ont en Australie qu’ils ne retrouvent pas ici. Père Moriarty concède qu’il y a des Mauriciens obnubilés et désaxés par le matérialisme ambiant dans l’île-continent. Ils s’empressent d’oublier leur île natale et même leurs langues française et créole. Le plus grand nombre d’expatriés prennent, en revanche, davantage conscience à l’étranger de toute la richesse du patrimoine culturel qu’ils ont laissé derrière eux et s’ingénient à le reconstruire et à le retrouver dans leur pays d’adoption, notamment en militant activement au sein des associations de Mauriciens. Il n’y voit aucune trace de chauvinisme ni de ghettoïsation car ce mouvement centripète s’accompagne d’un autre, centrifuge, les incitant à partager leurs valeurs avec les Australiens de souche ou avec d’autres émigrés. Qui se plaît dans son pays natal se plaira partout ailleurs. Celui, qui n’aime pas son île natale, aura tendance à ne jamais pouvoir se plaire durablement à l’étranger. Le Mauricien réussit à merveille les deux premiers stades de l’émigration (assimilation et intégration) mais sans renier ses racines ancestrales et ses valeurs culturelles. Renier ses racines c’est accepter d’être déraciné.

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