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Pseudo-réforme ?

23 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le retour de la réforme électorale dans les priorités gouvernementales a donné lieu à des réactions mitigées. Aux uns, ces déclarations d?intention inspirent la méfiance ; le régime d?hier, comme celui d?aujourd?hui, n?a-t-il pas promis le comité commun annoncé par le Premier ministre ? Les autres veulent croire que cette fois est la bonne : le gouvernement jouerait sa crédibilité s?il allait aux élections, sans avoir au moins tenté de rendre les élections plus justes, une question qui est l?objet d?une « strong desirability » des citoyens, avait commenté Albie Sachs.

Entre ceux qui croient et ceux qui doutent, flottent certaines interrogations. Elles portent sur la formule qui pourrait être réellement adoptée, sur le temps qu?il nous reste pour réaliser cette réfor-me et éduquer la population, ainsi que sur la volonté réelle des partis à changer leur comportement. C?est avec force calculs ethniques et prospections d?alliances qu?ils ont enclenché les man?u-vres électorales, ce qui est, semble-t-il, en contradiction avec ce que promet le nouveau système.

Sur la formule d?abord. Il semble que la réforme électorale ne sera pas tout à fait celle qu?on nous avait promise, qu?elle ne reflétera pas avec beaucoup plus de vérité qu?il n?en est actuellement, le vote citoyen. C?est du moins ce qu?inspire la formule évoquée d?une assemblée de 62 députés élus par circonscription, et de 18 désignés par liste. Elle ne correspond pas tout à fait aux recommandations des champions de la cause.

Ce n?est pas un 62-18 mais bien un 60-30 que la commission Sachs et Rama Sithanen lui-même préconisaient.

Le premier défendait ainsi la part généreuse de 30 candidats faite à la représentation proportionnelle : « This would enlarge the many benefits which Propor-tional Representation has to offer, including the involvement of more persons on the PR lists of the leading party, than would otherwise be the case. » Sachs avait certainement été sensible à l?hésitation d?éléments de qualité à s?engager en politique et à la faible représentation des femmes, ce que cette large place accordée aux députés « de liste » aidait à corriger. Sithanen, lui, insistait sur la question de juste représentativité. Une dose de 20 députés, à certaines conditions certes, risquait de n?être qu?un « to-ken representation without addressing the systemic unfairness and the huge votes/seats disproportionality », écrivait-il au moment des débats, en 2002.

En somme, dans l?élaboration du nouveau système électoral, les intérêts du parti dirigeant auront préséance sur ceux du pays, malgré la création d?une instance de décision représentative de l?ensemble des partis. C?est une réalité avec laquelle il faudra sans doute composer : la position des partis vis-à-vis du système électoral a toujours découlé de leur force sur le terrain, de leur performance aux dernières élections, et de leurs pronostics aux prochaines. L?apparent fléchissement de Sithanen reflète la perception qu?a le Parti travailliste (PTr) de sa position.

Une position d?abord traditionnelle : son électorat étant principalement issu de la majorité de la population, le PTr a toujours hésité à sacrifier un tant soit peu cet avantage naturel, et il a longtemps résisté au mouvement pro-réforme électorale. Une position issue, en réalité, d?une fausse perception, dans la me-sure où il a subi, comme les autres partis, les désavantages du « First Past The Post » (FPTP).

Une position sans doute aussi conjoncturelle : il est possible que le PTr croie en ses chances aux prochaines élections. Si, en 2010, l?électeur finit par compren-dre que tous les consommateurs du mon-de vivent ce qu?il vit, si le PTr rappelle, comme il l?a fait aux dernières élections, la politique économique « sans c?ur » du MMM-MSM pour soutenir que l?alternance ne promet pas une vie meilleure, si la peur d?un Premier ministre non hindou est insufflée? Si le PTr réunit ces conditions, il y a tout intérêt alors pour lui de ne pas garantir à l?opposition, qui enregistrera certainement beaucoup de votes, une trop grande place.

Nos doutes s?intensifient un peu plus en-core face aux premières man?uvres électorales. Tout pousse à abandonner la course aux alliances préélectorales. D?abord, la preuve est faite du tort que peuvent causer à la stabilité gouvernementale ces partenaires mal assortis. Aujourd?hui, il y a Dulloo, hier il y avait Michel, et qui sait ce que nous aurait réservé l?alliance MSM-MMM si elle avait été élue en 2005, elle qui fut dissoute au lendemain même des résultats. En-suite, avec le nouveau système préconisé, l?alliance préélectorale devrait être moins obsessionnelle. Ce sont les particularités du système FPTP qui donnent une telle importance à de telles ententes. Pourtant, à deux ans du scrutin, chacun ajuste déjà sa stratégie en fonction du partenaire éventuel.

Les réflexes sont tenaces.

Sur le temps d? « implémentation » de la réforme, il y a lieu en revanche d?être moins sceptique. La réflexion est mûre, toutes les options ont été passées en revue. Chacun est pressé de voir les choses se concrétiser. Les débats iront vite, mais il ne faudrait pas sous-évaluer le temps de mise en opération. Allons-nous voter deux fois, une fois pour la circonscription et une fois pour la liste ? Des listes « équilibrées ethniquement » suffiront-elles à restituer le « degree of reassurance » qui sera perdu avec la suppression du « best loser system » ? Comment éduquer la population ? Ce sont autant de détails qui prendront du temps.

Mais la machine est en route. Nous disposons d?une force qui devrait nous faire vaincre toute hésitation : la volonté commune de changement. Il n?y a pas à douter du sérieux et de la bonne foi avec lesquels les hommes politiques aborderont l?exercice. Ce sont là les meilleurs atouts vers la réforme.

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