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Précieuse amitié féminine?
■ Premila DOSORUTH
Douce complicité
Anne-Lise Wong, 45 ans, commerçante, et Jocelyne Tanner, 42 ans, femme au foyer.
Ces deux-là se comprennent d?un échange de regard. « Nous sommes deux s?urs », commencent-elles en ch?ur. Tout est sûrement déjà dit. Empreintes d?une immense pudeur, elles hésitent à dévoiler cette relation si forte. « Que dire ? Si ce n?est que cette entente est comme une douce évidence. On ne se pose pas de question. Tout coule de source », finit par avouer Anne-Lise. Pas l?ombre d?un conflit n?est venu obscurcir ces seize années d?amitié.
La première rencontre s?est faite dans un bus et à force de se croiser, elles ont fini par sympathiser. Elles accompagnaient toutes deux leurs enfants à l?école. Leurs filles Sandrine et Samantha étaient dans la même classe. Aujourd?hui encore, elles aussi sont restées de grandes amies.
Qu?en est-il des maris, Gaëtan et Luc ? N?y aurait-il pas une pointe de jalousie face à cette belle amitié qui accapare leurs femmes ? « Ils sont heureux pour nous. Nos maris se voient de temps en temps, mais sans plus. Par contre, pour Anne-Lise et moi, il faut que nous nous voyions tout le temps. C?est primordial. On peut débarquer chez l?une ou l?autre à n?importe quel moment », confie Jocelyne. Et pour entretenir cette chaleureuse flamme de l?amitié, les deux femmes préconisent d?ériger la franchise comme dogme. « On se dit pratiquement tout et on bannit toute forme d?hypocrisie qui nuit à toute relation. Il y a beaucoup de choses qu?on se confie et qu?on ne pourrait pas dire à un proche, même pas à une s?ur. Nous savons d?avance que toutes ces confidences resteront entre quatre murs », rapporte Anne-Lise. Une oreille attentive et un regard extérieur sans idée préconçue ni de volonté de porter un jugement hâtif. « C?est comme aller chez un psy sans avoir à débourser une roupie avec le plaisir de se voir en plus. Il y a des décisions qu?on ne peut pas prendre seul ni au sein de la famille. Une amie est la personne idéale. »
À deux, elles font face aux aléas de la vie avec plus de force et de sérénité. Quand la fille de Jocelyne a été blessée, c?est Anne-Lise qui a entrepris toutes les démarches. Quand l?une est triste, le rire de l?autre apporte du baume au c?ur. Elles envisagent même d?habiter ensemble quand les enfants seront mariés.
En attendant, elles font des sorties, déjeunent, papotent et partagent de constantes crises de fou rire. Il y aurait bien une petite faille qui titille l?une et l?autre. « Non », rétorquent-elles, nous n?avons pas à faire de concessions puisque nous nous entendons sur tout. Nous souhaitons que les autres femmes rencontrent aussi leurs âmes s?urs. »
Loin des yeux, près du c?ur
Josée Pydiah, 49 ans, travailleuse sociale, et Shirley Benoît, 41 ans, responsable de magasin.
Josée (à dr.) et Shirley se sont rencontrées chez une amie commune. La première était déjà mariée, alors que Shirley n?avait que 16 ans. « Mais le courant est passé tout de suite. Malgré son jeune âge, nous nous comprenions à demi-mot », se remémore Josée. « Je n?ai jamais vu en elle une rivale potentielle parce que je lui voue une confiance totale. Et, à ce jour, elle ne m?a pas trahie et je sais qu?elle ne le fera jamais. Mon mari, Clovis, et elle, s?entendent merveilleusement bien. Elle s?amuse à lui donner des petits surnoms. »
Une amitié de 25 ans contre vents et marées. Car, à l?âge de 20 ans, Shirley se lance dans la grande aventure australienne, mais n?oublie pas de mettre dans sa valise une jolie chemise de nuit bleue, offerte par Josée. « À chaque fois que je la portais, j?avais la nostalgie de notre amitié. Je ressentais un réel manque. J?ai bien essayé de me faire de nouvelles amies en Australie, mais ce n?était jamais aussi fort. Heureusement j?ai pu retrouver Josée cinq ans plus tard », raconte Shirley. À les entendre, il semblerait que la fée de l?amitié les aurait touchées de sa baguette magique. Un regard échangé et mille souvenirs reviennent à la surface. Paroles entrecoupées de sourires de connivence et d?éclats de rire. Elles n?ont pas envie de tout partager.
Chut ! L?amitié a aussi ses secrets. « C?est la base même de toute relation inébranlable. Je lui fais des confidences sans gêne et sans peur qu?elles ne soient divulguées. Nous nous consolons mutuellement quand nous avons des problèmes de couple. Chacune bénéficie de l?expérience de l?autre dans telle ou telle situation. S?il n?y a pas de solution, rien que de partager sa peine, enlève un poids énorme », explique Shirley. Leur amitié est une longue conversation ininterrompue pendant un quart de siècle. Pas de sorties, mais des coups de fil et d?intimes huis clos où elles refont le monde à leur manière.
« Que nous ne nous voyions pas très souvent, chacune porte l?autre dans son c?ur et c?est très réconfortant. Ce qui est magique dans l?amitié féminine, c?est que c?est beaucoup plus en profondeur, romantique et sentimental. On fait entrer l?amie dans la famille et on veut qu?elle y participe, contrairement aux hommes qui se contentent d?aller boire un coup en parlant foot. De nos jours, avec le matérialisme ambiant et la perte de valeurs, l?amitié est une denrée rare. Il faut savoir la cultiver », souligne Josée.
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