Publicité

Protocole sucre : prévenir la catastrophe

3 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le ciel va nous tomber sur la tête. C?est ce que l?on pourrait conclure après avoir entendu les commentaires sur la nouvelle approche que souhaite adopter l?Union européenne (UE) face aux producteurs de sucre des pays d?Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP).

« C?est une déception. Mais tous ensemble, nous allons tout mettre en ?uvre pour expliquer aux officiels de la Commission notre vulnérabilité et notre spécificité », explique Géo Govinden, représentant à l?UE et à l?OMC de la Chambre d?agriculture et du Syndicat des sucres. Les négociateurs continuent leur lobbying et les ministres s?y mettent aussi.

Le Premier ministre privilégie un « intense lobbying diplomatique et politique auprès de la Commission européenne, des pays membres de l?UE et du Parlement européen. » Pravind Jugnauth, ministre des Finances, et Nando Bodha, celui de l?Agriculture, rencontrent d?ailleurs ce jeudi le commissaire européen Fischler ainsi que les ministres de l?Agriculture de la France, de la Belgique et de l?Autriche. Le lendemain, c?est au groupe consultatif des ACP qu?ils comptent s?adresser.

Il est vrai que le projet de réforme de la Politique agricole commune (PAC) et du Secteur sucrier inquiète au plus haut point Maurice. Les réunions se sont multipliés cette semaine entre le gouvernement, les sucriers et planteurs autour du sujet. Les négociateurs mauriciens, qu?ils soient fonctionnaires ou employés du secteur sucrier ont également lancé le premier contre-feu au siège de l?UE ainsi qu?à Paris ou Londres.

Maurice joue gros. Car, parmi les pays ACP, c?est elle qui souffrira le plus. La réforme est avant tout douloureuse pour elle car elle détient le plus gros quota d?exportation avec 491,030 tonnes garanties, loin devant les 165,348 tonnes des îles Fidji. Maurice est également le premier bénéficiaire des quotas spéciaux avec 41,980 tonnes garanties par an. La baisse successive du prix du sucre de 25 % en 2005-2006 et de 17 % supplémentaires en 2007-2008 constitue donc bien une catastrophe.

Mais la craint-on autant dans les autres pays ACP ? Et ces pays sont-ils aussi actif que Maurice dans la défense de ces préférences ? Jean-Noël Humbert, le secrétaire général de la Chambre d?agriculture confirme que ce sera le cas. « Les pays ACP vont constituer un front commun. »

Appel au calme de l?opposition

Ils ont intérêt car la proposition, qui a fait l?objet d?une fuite, préconise bien une baisse du prix du sucre acheté par l?UE, mais elle met en place un mécanisme compensatoire pour les betteraviers européens? en ignorant complètement les sucriers ACP ! Le direct income support for sugar beet producers préconisé par le document met en place une forme d?aide payable directement aux agriculteurs européens qui pourrait compenser à terme entièrement le manque à gagner qu?ils subiraient à la suite de la baisse du prix garanti.

Alors même que Maurice semble entrer en ébullition sur le sujet, étonnamment c?est l?opposition qui appelle au calme. « Il n?y a pas lieu de créer une psychose », expliquent Madun Dulloo et Arvind Boolell, tous deux anciens ministres de l?Agriculture. « Cela fait partie d?un procédé dont l?objectif vise à sonder les opinions. D?où la nécessité d?agir dans la discrétion et dans le respect de nos partenaires », préconise Madun Dulloo. Mais les deux insistent toutefois sur la nécessité d?un lobbying intense également.Ils n?ont pas tort. Car tôt ou tard, le prix du sucre est condamné à chuter.

« Mais c?est arrivé trop tôt et trop vite », déplore Géo Govinden. Le prix auquel Maurice vend actuellement son sucre à l?UE, est trois fois supérieurs à celui du cours mondial. Cela amène donc le gouvernement et le secteur privé mauriciens à vouloir négocier la meilleure compensation possible avec l?Union européenne. Jean-Noël Humbert rappelle également que la baisse du prix, dans le temps, va être effectuée de manière très abrupte et qu?il convient de l?étaler.

Mais il n?y pas qu?à Bruxelles et dans les capitales européennes que les choses vont se décider. Devant l?imminence des baisses inévitables du prix du sucre, c?est l?industrie sucrière mauricienne qui doit poursuivre la remise en question de son fonctionnement. Elle est déjà bien avancée dans ses efforts de restructuration. Mais faire tourner une usine textile demeure toujours trop coûteuse et la productivité pourra toujours être améliorée. D?où l?importance d?achever la mise en place totale du Sugar Sector Strategic Plan. Si on veut se battre, autant être bien armé dès le départ.

De Bruxelles à Cotonou

Le Protocole sucre naît presque en même temps que la Convention de Lomé (Togo) en février 1975.

Il lie les pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) à la Communauté économique européenne (CEE) d?alors. Négocié séparément à Bruxelles, il entre en vigueur le 28 février 1975. Le Protocole sucre constitue un énorme avantage pour les 19 pays ACP producteurs de sucre. D?abord, il reprend une partie du régime préférentiel suc-rier déjà accordé par le Royaume-Uni aux pays du Commonwealth à travers le Commonwealth Sugar Agreement.

Le Protocole sucre offre une triple garantie. « La Communauté s?engage, pour une période indéterminée, à acheter et à importer, à des prix garantis, des quantités spécifiées de sucre de canne, brut ou blanc, originaire des états ACP, que lesdits États s?engagent à lui fournir », stipule l?article premier.

Avec ce cadre, Maurice exporte un quota garanti à un prix largement supérieur à celui du cours mondial du sucre. Celui auquel la CEE achète le sucre produit par ses propres betteraviers. Ainsi, en 2000, bien que les volumes d?exportations mauriciennes le placent au 11e rang mondial, la valeur de ses exportations le fait grimper à la 6e place.En juin 2000, la situation change.

Les négociations entre l?Union européenne et les 77 pays ACP aboutissent à l?intégration du protocole au sein de la Convention de Cotonou, au Bénin, signée le 23 juin 2000. Le nouveau texte réitère la place accordée au Protocole sucre.

Toutefois, dès le 20 septembre 2000, à l?initiative du Commissaire européen au commerce, Pascal Lamy, le concept Everything But Arms naît. Celui-ci permet aux pays les moins avancés d?exporter un nombre important de produits vers l?Europe, sans limitation de quota et avec des règles douanières assouplies. Ce sera la première remise en cause partielle des avantages du Protocole sucre. D?autres salves suivront?

Publicité