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Pro-choix

22 novembre 2005, 20:00

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Le Comité pour les droits de l?homme de l?Onu a, le 17 novembre, condamné le Pérou pour avoir refusé le droit d?avorter à la mère d?un f?tus handicapé. Bientôt cela pourrait être au tour de Maurice d?être mis au ban des nations. La femme n?a pas encore acquis, chez nous, le droit d?interrompre volontairement une grossesse non désirée.

Cette privation de liberté a fait hier une nouvelle victime. Une jeune femme de 35 ans, Manta Jankee, a été admise à l?hôpital Victoria où elle est dans un état critique à la suite d?un avortement clandestin. Si elle survit, elle court le risque d?aller en prison avec son mari, accusé de complicité.

En dépit des drames poignants que vivent chaque jour des couples confrontés à une naissance non programmée, l?interruption volontaire de grossesse (IVG) reste un sujet tabou pour la classe politique. Aucun débat n?est mené au Parlement autour de la protection de ce qui est l?un des droits les plus fondamentaux des femmes.

Si les grands partis politiques sont gênés pour évoquer l?avortement, c?est parce qu?ils savent que le débat se fera sur fond religieux et que les passions se déchaîneront. Dans leur recherche obsessionnelle de consensus, ils ont peur de tout ce qui dérange. Heureusement que la situation était différente auparavant. En 1957, quand Seewoosagur Ramgoolam et Guy Forget proposent d?inscrire le droit à la contraception dans la législation, ils prennent un énorme risque politique. Mais leur courage a payé. C?est grâce à leur fermeté face aux forces conservatrices de l?époque que le pays a évité une explosion démographique. Les opposants au planning familial craignaient que la contraception allait introduire le libertinage dans notre société. Aujourd?hui, les opposants à l?avortement s?appuient sur un argument similaire. Croient-ils que les filles et les femmes mauriciennes attendent une loi plus libérale pour pouvoir se livrer à la débauche ?

Les deux femmes qui siègent au cabinet ont pris position en faveur de l?avortement. Dans une interview à ?l?express?, quelques jours après sa nomination, la ministre des Droits de la femme, Indira Seebun, se déclarait ?en faveur de l?avortement dans des cas spécifiques?. Elle avait alors affirmé que ?malgré mon attachement aux valeurs religieuses et au respect de la vie, je pense qu?il faut avoir le courage de rester objectif par rapport aux réalités des femmes?. Il y a fort à parier que les exigences de la realpolitik la forceront désormais à se taire. C?est le cas de Sheila Bappoo qui a soutenu la légalisation de l?avortement au Parlement, en 1995, puis a décidé que cet enjeu ne méritait pas son attention. Arianne Navarre-Marie, ex-ministre, s?est également prononcée en faveur de la dépénalisation de l?IVG, mais sa voix a été trop faible au sein de son propre parti, le MMM. Faute d?une volonté politique de réformer, la loi demeure archaïque. Cela n?empêche pas un nombre croissant de femmes d?avoir recours à l?avortement. Sur les 20 000 cas pratiqués chaque année, moins d?une dizaine sont rapportés à la police. Dans ces circonstances, on peut se demander si la situation ne tourne pas à la farce.

Grâce à la contraception, la femme a eu le droit de gérer sa sexualité. La légalisation de l?avortement lui donnera le droit de disposer de son ventre comme elle l?entend.

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