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Prière pour une révolution tranquille
Après le verdict des urnes le 4 juillet, tous les acteurs du développement devront se remettre au travail. Le chantier sera immense. Les défis terribles. Après l?euphorie d?une campagne électorale marquée par la démocratie de défiance, la vengeance du social peut faire très mal. Ne nous trompons pas de priorités et d?enjeux : il s?agit de la survie économique. En la conjoncture actuelle, le patronat mauricien a un rôle historique vital à jouer dans le processus de développement économique et de modernisation sociale.
Dans l??uvre de la construction de la république mauricienne de demain, le rôle du patronat mauricien ? toutes composantes confondues ? sera décisif pour qu?émerge ? ou non ? un modèle de développement efficace, équitable et réellement intégré. À société en crise, patronat en crise. L?aphorisme ne plaira pas mais il invite à poser une question fondamentale : les institutions du secteur privé auraient-elles été ces dernières années à la hauteur des graves enjeux nationaux ? Qu?ont-elles produit de sérieux comme contribution dans le sens d?une nouvelle philosophie du développement ? Peut-on dire que les institutions telles que la JEC et la MEF ont été le foyer d?idées porteuses et novatrices ?
Quand le progrès est en panne, l?insatisfaction est générale. Tout conduit alors à l?immobilisme et au chacun pour-soi. Pour sortir de cet engrenage, le pays a besoin d?un patronat qui, après avoir pris conscience de la nécessité d?effectuer sa mue, se dote d?un leadership (non existant actuellement) qui puisse lui assurer la cohérence globale de son action. Face à une classe politique tentée par l?envie de tout contrôler, il faut de vrais contre-pouvoirs. S?agissant du patronat, il convient d?abord de faire une distinction fondamentale : celle entre les propriétaires de capitaux et les entrepreneurs, soit ceux qui ont des idées et des projets. Cette distinction faite, le devenir mauricien passe, entre autres, par un patronat plus imaginatif, plus ouvert et visionnaire. La véritable sortie de crise exige des hommes et des femmes qui pensent juste et voient grand. Les élites patronales doivent délaisser le confort de la bulle virtuelle pour se mettre véritablement à l?écoute des salariés et autres « stakeholders » afin d?inscrire leurs initiatives et actions dans la durée, dans un souci de pérennité.
Ce n?est pas avec un patronat concevant le « business » qu?avec les lunettes du « quick money » cher à l?économie-casino et d?autres prismes spéculatifs qu?on bâtira le pays. Il est grand temps qu?on se pose les vraies questions. Que faire pour que les propriétaires des capitaux puissent pleinement jouer leur rôle et laissent les entrepreneurs faire ce dont ils sont capables ? Plus que jamais la logique entrepreneuriale, qui va assurer la création de vraies richesses et des emplois durables, doit prédominer.
Si l?on veut agir, il faut d?abord comprendre. Un vrai diagnostic s?impose ! Vivement la constitution d?une « intelligence collective » ayant un cahier des charges bien défini et un « time frame » bien précis. Pêle-mêle, il s?agit d?apprécier l?impact quantitatif et qualitatif de la mondialisation, de comprendre les sources de blocage au sein des entreprises anciennes et nouvelles et de diagnostiquer les dynamiques de blocages sociétales. Tout ceci aiderait à une juste lecture des attentes et aspirations de la population. Et de ce fait, le patronat pourrait apporter sa contribution de manière plus efficace à la lutte contre les courants populo-intégristes qui minent le tissu social. Est-il besoin d?insister sur le fait qu?une entreprise réellement citoyenne doit participer pleinement à la lutte contre toutes les formes d?exclusion et les pratiques archaïques ? « Last but not least », il est impérieux que le patronat repense ses rapports avec l?État dans le sens d?un assainissement en revoyant par exemple sa pratique de « shopping list » pour adopter une démarche résolument proactive. Le pays n?avancera pas avec un patronat à la remorque de l?État.
Des temps extrêmement difficiles nous attendent. En effet, rarement aura-t-on vu un tel faisceau convergent indiquer le profond malaise actuel et à venir. La solution n?est ni la guerre au gros capital ni une politique de continuité.
Tandis que les coups de butoir de la mondialisation se font chaque jour plus violent, le temps est à la réflexion collective pour réinventer les règles d?un pacte social qui place le dialogue au centre du dispositif. Le pays a besoin d?une révolution tranquille qui s?appuie sur de vrais partenariats ? à inventer ? entre les acteurs du développement.
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