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Prix Prince Maurice, de l?amour des mots

9 mai 2007, 00:00

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Cela devait être une rencontre entre les écrivains, membres du jury du prix Prince Maurice du roman d?amour et les étudiants de l?université de Maurice. Mais cela s?est soldé par une rencontre entre les écrivains eux-mêmes. On se serait presque cru au Café Picouly (émission littéraire diffusée sur France 2).

Avec, dans le rôle de l?animateur qui mate les discussions, Daniel Picouly, président du jury. Le verbe haut, la pensée claire, il a présenté aux étudiants plutôt effacés de Réduit, ce ?prix pervers?. C?était hier sur le campus. La lauréate du prix Prince Maurice du roman d?amour sera connue samedi soir à l?issue d?une soirée de gala. En lice : Fariba Hachtroudi, Laurence Tardieu et Camille Laurens.

Prix du roman d?amour synonyme de prix de bluettes ? Que nenni pour Picouly. ?D?une longue liste de livres, on en fait une petite liste. On prend les auteurs, on les emmène à Maurice, ils croient que c?est le paradis mais on les emmène en enfer.? L?angoisse de l?attente des délibérations des membres du jury, parmi lesquels figurent trois Mauriciens : Kumari Issur, chargée de cours à l?université de Maurice, Carl de Souza et Alain Gordon-Gentil.

Du paradis d?enfer justement, l?auteur connu autant pour ses polars que pour ses prestations télévisées déclarera ?aimer Ananda Devi, Natacha Appanah...? Des exemples qui l?amènent à se demander ?comment Maurice produit autant de romanesque ??

Les étudiants, sagement rangés derrière les pupitres, ne pipent mot. Ils écoutent Paule Constant qui, avec Alain Mabanckou, ont pris la parole hier à Réduit. Point commun de ces interventions : les images que ces écrivains nous renvoient de nous-mêmes. De ce Maurice fantasmé. Du Maurice découvert. Du pays à découvert.

Intrigant comme ce ?pays frontière? dont parle Paule Constant. Contrée qui lui rappelle les origines indiennes de sa famille. Etudiants et écrivains ont été conviés à parler d?amour. Ils ont parlé de littérature. D?eux. De cet amour qui sort d?eux pour caresser la littérature.

Française. Non plutôt francophone. Et puis qu?importe les étiquettes, les querelles de chapelle. Ne comptent que les convictions, celles de Paule Constant qui se définit comme ?auteur français de langue française plus que de vie française?. Et si elle a étudié l?espagnol, elle affirme : ?L?Alzheimer a commencé chez moi par les langues étrangères.?

Convictions. Elles sont tout aussi ardentes chez Alain Mabanckou. Natif du Congo Brazaville, il enseigne à l?université de Californie, Los Angeles. Ouverture sur le monde qui ne l?empêche pas d?avoir eu de Maurice une image des plus exotiques.

Lui, ?vit ce pays comme un rêve, finalement, j?ai vu des gens normaux?. Simple boutade ou vraie confusion. En tout cas, images drolatiques d?un auteur lauréat du prix Renaudot en 2006. Une plume qui défend bec et ongles ses ?congolismes? face aux correctrices trop zélées qui cherchent à uniformiser son écriture.

?Je croyais qu?ici, les gens vivaient dans une sorte de transe.? Idées toutes faites à partir de ?ce que je lisais?. Alain Mabanckou cite Edouard Maunick, ?après j?ai connu Carl de Souza, Barlen Pyamootoo, Ananda Devi?.

Nous parler de nous-mêmes. Après nous avoir tendu un miroir (aux alouettes ?), les auteurs sont revenus un temps à l?essentiel. Qu?est-ce qu?un roman d?amour ? Dans la salle de classe jaune de Réduit, les étudiants dressent l?oreille. Picouly debout (pas tant pour le côté professoral que pour s?approprier l?espace), tranche : ?Tous les romans sont des romans d?amour. Il y a toujours un acte d?amour qui précède l?écriture.?

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