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Prix bradés pour letchis abondants
La qualité et la quantité exceptionnelle de la production de letchis cette année ne profitera finalement qu?aux exportateurs qui imposent leur tarif. La déception gagne du terrain. La campagne de letchis 2005 risque de faire mal aux collecteurs et aux planteurs. Comme prévu, le tarif imposé par les exportateurs commence à chuter. Dès le début de la campagne, les membres au sein du Groupement des exportateurs de letchis (Gel) ont décidé d?uniformiser leur tarif d?achat à 800 ariary le kilo pour les trois premiers jours. Moins d?une semaine après l?ouverture de la campagne, il est descendu à 700 ariary. ?Certains opérateurs descendent même jusqu?à 600 ariary?, affirme une source. Du coup, le prix au niveau des planteurs accuse aussi des baisses inévitables. Les dernières informations recueillies indiquent qu?un cageot de 20 kilos s?achète désormais à 5 000 ariary au niveau des planteurs, soit moins de 300 ariary le kilo.
Voilà une situation qui se présente mal en particulier pour les collecteurs. Outre les charges causées par le transport avec le prix actuel du carburant, il est difficile de négocier auprès des planteurs qui se placent dans une logique haussière. ?L?an dernier, les exportateurs ont acheté à 1 200 ariary ce qui nous a permis d?acheter à 600, voire 700 ariary auprès des paysans?, explique Richard, un collecteur venu d?Antananarivo.
Et les conséquences ne se sont pas faites attendre. Moins d?une semaine après le début de la campagne, des collecteurs venus d?Antananarivo commencent à plier bagages et abandonnent la partie. Beaucoup d?entre eux ont vu leurs produits refusés par les exportateurs. Les attentes qui durent souvent plus de 24 heures, sous une chaleur avoisinant les 35°c n?ont pas épargné la qualité des fruits. Des tonnes de letchis avariés ont dû être jetées à la poubelle. Pourtant, les opérateurs demeurent évasifs sur les questions relatives au prix à l?exportation. Les chiffres annoncés varient entre 0,40 euro à 0,80 euro le kilo. ?Mais cela dépend des négociations menées par chacun auprès de son client, affirme Sam Sum Miock. ?Les exportateurs imposent leur prix alors que leur bénéfice sur le marché extérieur reste stable d?une année à l?autre. Finalement, les planteurs et les collecteurs n?ont aucun choix. Ils doivent en subir les conséquences?, évoque quant à lui Richard, un collecteur venu de la capitale.
?Une affluence sans précedent?
En 2004, le prix du kilo de letchis avoisinait les 1200 ariary au niveau des collecteurs et aucune entente n?a été conclue entre les exportateurs pour fixer un tarif indicatif au début de la campagne. Au total, près de 20 000 tonnes ont été exportées sur le marché européen. ?Nous avons été soumis à une forte pression à cause de l?insuffisance de la production l?an dernier sans oublier la spéculation?, explique un exportateur qui a requis l?anonymat.
Ce qui est loin d?être le cas pour cette année. Moins de 12 heures après l?ouverture de la campagne, près de 3 000 tonnes de letchis calibrés et soufrés sont prêts à être embarqués dans le premier bateau. Ce premier bateau a déjà pris le large samedi et arrivera au port de Marseille le 8 décembre. Au total, près de 20 000 tonnes devront être embarquées dans trois bateaux conventionnels, c?est-à-dire disposant de caves réfrigérées, tandis que 8 000 tonnes seront transportées dans des conteneurs frigorifiques. Selon les chiffres annoncés par les autorités portuaires, près de 28 000 tonnes de letchis seront exportées cette année.
Dès le lancement de la campagne, les files d?attente ont commençé à se former devant les 35 stations de soufrage implantées dans la ville de Toamasina. Les chiffres avancés par les autorités régionales affiche un nombre de 1600 voitures dont la plupart sont de gros camions ayant une capacité de plus de trois tonnes. ?Une affluence sans précédent?, constatent unanimement ceux qui sont habitués à participer à la campagne de letchis. Et cette chute du prix du letchis n?a sûrement pas encore fini de faire des ravages dans le milieu des collecteurs. Beaucoup d?entre eux ont déjà dépensé en moyenne 2 millions ariary, rien que dans les préparatifs de la campagne.
<B>Mahefa RAKOTOMALALA</B>
L?express de Madagascar
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