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Pressions pour un usage contrôlé du Subutex
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Pressions pour un usage contrôlé du Subutex
Ce serait une catastrophe, crient les uns. Il s?agirait d?un moyen efficace d?arriver à la désintoxication, protestent les autres. Ce n?est encore qu?une proposition, une éventualité loin d?être confirmée mais d?ores et déjà, la polémique menace de s?installer? A la suite de la saisie de 5 413 comprimés de Subutex (buprénorphine) à l?aéroport SSR la semaine dernière, des organisations non gouvernementales (ONG) ont approché le ministère de la Santé pour demander l?introduction de ce médicament à base d?analgésique sur le marché. La police demande, elle, que soit renforcé l?arsenal légal afin que ce produit classifié comme drogue dangereuse reste banni.
Vu l?ampleur que prend la consommation de Subutex à Maurice, la police a demandé au parquet de faire le nécessaire pour rendre le Dangerous Drugs Act nettement plus sévère à l?égard de ceux trouvés en possession de Subutex ou autres médicaments à base de buprénorphine. Elle veut qu?ils écopent d?une peine identique à celle infligée pour l?importation d?héroïne, soit 20 ans de prison.
Un officier l?Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu) déclare, en effet, que lever l?interdiction de l?importation de la buprénorphine ferait régner le chaos. Cela, parce que l?introduction du produit multiplierait le nombre d?usagers de drogue, ce qui rendrait la situation incontrôlable.
La buprénorphine, catégorisée comme controlled drug, entrait dans la composition du Temgesic, médicament disponible à Maurice jusqu?en 2000. Son interdiction, cette année-là, fit suite au constat d?un nombre effarant de morts par overdose. Les autorités ont alors décidé de bannir tous les médicaments à base de buprénorphine, dont le Subutex. Ils en ont interdit l?importation, les classifiant comme drogues dangereuses.
Pour la police, le Subutex est un substitut à l?héroïne durant leur période de manque. Et, dit-elle, il y aura des abus s?il est introduit. Car les statistiques sont éloquentes. Celles datées du 1er janvier au 10 mai indiquent que l?Adsu a procédé à l?arrestation de 72 personnes dont deux femmes pour possession de Subutex. Durant cette même période, le nombre de comprimés saisis s?élevait à 7 724.
Dans sa lettre au parquet, la police précise que la loi ne fait pas provision pour le trafic de Subutex, comme c?est le cas pour le gandia ou l?héroïne. Selon cette législation, les deux Mauriciens venant de l?étranger et arrêtés samedi dernier sont accusés provisoirement de «unlawful possession of dangerous drug». Et sous cette loi, ils risquent seulement cinq ans de prison et Rs 100 000 d?amende.
Autre son de cloche chez le Dr Fayzal Sulliman, coordinateur à la Medical & Research Unit de la National Agency for the Treatment & Rehabilitation of Substance Abusers (NATReSA) et des travailleurs sociaux engagés dans la lutte contre la drogue, à l??uvre dans des centres de désintoxication. Ils se disent en faveur de l?introduction du Subutex pour sevrer les toxicomanes. Ce qui, dans la foulée, contrecarrerait sa vente au marché noir. Car, malgré son interdiction, le Subutex y est disponible. Et comme il est moins cher que l?héroïne, les toxicomanes se rabattent sur lui. La consommation de l?héroïne en demeure donc stable alors que celle du Subutex a augmenté.
Dans la correspondance adressée au ministère de la Santé pour demander l?introduction du Subutex à Maurice, le Dr Sulliman précise que cela doit se faire dans un environnement contrôlé, c?est-à-dire dans des centres de désintoxication. Avant l?interdiction de la buprénorphine, explique-t-il, le médicament était utilisé comme un analgésique (pain killer) au Cardiac Centre et absorbé par voie orale. Les autorités ont noté que les toxicomanes le détournaient de son usage premier et l?injectaient dans leurs veines. Ce qui a causé bon nombre de décès.
Le Dr Sulliman souligne, par ailleurs, que nombreux sont les toxicomanes qui veulent sortir de l?emprise de la drogue. C?est la raison pour laquelle, précise-t-il, le Subutex a été introduit en Europe pour figurer sur la liste de produits de sevrage. Mais, déplore-t-il, les toxicomanes n?ont alors pas pris le «proper route of administration». Les causes de décès liées à ce détournement du mode de prise par les toxicomanes sont généralement des ?dèmes pulmonaires déclenchés par des embolies. La France, dit-il, est au pied du mur étant donné que généralistes et spécialistes peuvent precrire la buprénorphine.
Pour le Dr Sulliman, la buprénorphine est très efficace pour sevrer les toxicomanes et, prise correctement, ne constitue pas de danger. Il estime que sa réintroduction aura des effets bénéfiques multiples sur les toxicomanes. Cela leur permettra d?effectuer plus facilement le HIV Testing et de connaître leur statut sérologique. Car ils sont nombreux à avoir contracté le VIH-sida par l?utilisation d?une unique seringue. De plus, dit-il, la criminalité sera en baisse car les toxicomanes ne seront plus tentés de commettre des délits pour s?acheter leur dose.
Il est impératif, soutient-il, de mettre sur pied un protocole de traitement pour faire respecter les normes dans l?utilisation de la buprénorphine et une directly observed therapy (DOT) pour empêcher le détournement d?utilisation ou le surdosage de tout médicament à base de buprénorphine. «Pourquoi ne pas traiter les toxicomanes comme des personnes malades qui ont besoin d?être traitées ?» Certains drogués ne pourront toutefois jamais être sevrés. A ce moment-là, il faudrait appliquer la «maintenance therapy» afin de les maintenir sur une dose quotidienne.
Cocktail explosif
Un rapid situation assessment effectué par la NATResa en 2004 révèle qu?il existe plus de 17 000 toxicomanes à Maurice. Selon les chiffres officiels du ministère de la Santé, le nombre de séropositifs jusqu?au mois de mars dernier est de 1 391 personnes : 1 117 hommes et 274 femmes.
Imran Dhannoo et Kadress Rungen, deux travailleurs sociaux très connus pour leur combat contre la drogue, abondent dans le même sens que le Dr Sulliman. Ils croient fermement que si ce médicament est mis à la disposition des centres de désintoxication, cela augmenterait leur capacité à traiter les drogués. Imran Dhannoo, qui est aussi responsable de la désintoxication au Centre Idriss Goomany, à Plaine-Verte, précise que le Subutex est un «powerful pain killer» et doit être bien dosé. Il rappelle que dans les cas d?overdose rapportés en 2000, les drogués avaient dilué des somnifères et du Subutex dans de l?eau minérale et cela avait transformé le mélange en cocktail explosif. Malgré toutes les précautions qu?ils avaient prises, les impuretés restaient présentes dans l?eau, provoquant des embolies et entraînant un ?dème pulmonaire.
Ally Lazer, président de l?association de travailleurs sociaux, se dit, lui, indigné que le Subutex se vende librement dans des rues de Plaine-Verte et de Vallée-Pitot. Pour lui, c?est un des meilleurs médicaments fabriqués par un laboratoire français destiné à libérer les toxicomanes de la dépendance à l?héroïne. Il se dit aussi en faveur de son utilisation sous contrôle.
Chandra Sen Koomar, courtier de 51 ans établi en Angleterre depuis une vingtaine d?années, a été présenté au tribunal de Mahébourg hier matin sous une accusation provisoire de possession of dangerous drugs. L?Anti-Drug & Smuggling Unit le soupçonne d?être le cerveau derrière l?importation de 5 413 comprimés de Subutex (buprénorphine) saisis à l?aéroport samedi dernier. Le magistrat Joy Ramphul a, à la demande du Police Prosecutor, l?inspecteur Sudesh Bissessur, ordonné que le suspect soit maintenu en cellule policière jusqu?à vendredi. Il était admis à l?hôpital Jawaharlall Nehru depuis son arrivée, à la suite d?une infection à la gorge. Il a pu sortir jeudi et a été placé en détention avant sa comparution en cour.
RS 2 000 L?UNITÉ AU MARCHÉ NOIR
Le Subutex est un des nombreux médicaments à base de buprénorphine. Il est disponible en comprimés de 2 mg et 8 mg et est utilisé au début des cures de désintoxication. Un comprimé se vend à moins de Rs 100 en France et à la Réunion sur présentation d?une prescription médicale. Au marché noir à Maurice, il coûte jusqu?à Rs 2 000 l?unité. Un colporteur d?un faubourg de la capitale avoue qu?il s?injecte régulièrement du Subutex. Père de deux enfants en bas âge, il était un consommateur d?héroïne mais comme il éprouvait des difficultés pour s?approvisionner, il s?est rabattu sur le Subutex. «Mo pran li pou kas yen. Mo pey enn demi kar Rs 300.» En effet, le subutex se vend aussi en portions. Son mode d?administration est bien défini : il doit être placé sous la langue. Les effets secondaires au début de sa prise sont des symptômes de rhume, maux de tête, transpiration excessive, insomnies et nausées. La buprénorphine peut provoquer des difficultés respiratoires qui peuvent même être fatales si elle est prise avec de l?alcool ou d?autres calmants.
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