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Presse libre :Gare au boomerang !

8 octobre 2006, 00:00

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Si le Premier ministre avait rencontré les rares journalistes indépendants cubains, il aurait compris que Cuba est loin d?être un modèle de démocratie. Là-bas, un journaliste qui ne travaille pas pour les médias officiels est considéré comme un « ennemi de l?État ». La transition au sommet de l?État entre les frères Castro et les engagements pris par Cuba en matière de droits de l?homme, lors du sommet des non-alignés à La Havane, n?ont rien changé à cette donne.

En 2006, Cuba reste la seconde prison du monde pour les journalistes après la Chine (destination future de notre Premier ministre). Ils y sont actuellement 24 à payer de leur liberté le fait d?avoir exercé leur liberté d?expression. Certains purgent des peines de 14 à 27 ans de prison. D?autres sont détenus sans jugement. Un autre enfin, bien que jugé, n?a jamais eu connaissance du montant de sa peine. Tous subissent en revanche la promiscuité, les conditions sanitaires déplorables et les mauvais traitements des autorités pénitentiaires qui sont également le lot de plus de 300 prisonniers d?opinion. Mais Navin Ramgoolam n?a rien vu de tout cela.

Il n?y est pour rien. On lui a sans doute fait découvrir des endroits moins lugubres que les geôles.

Mais ce qui est regrettable, c?est que notre Premier ministre semble ne pas être au courant de l?appel pressant de la presse francophone auprès d?Abdou Diouf à l?occasion du sommet de Bucarest, auquel il a participé. Le secrétaire général de l?Organisation internationale de la francophonie (OIF)a été prié de contraindre les pays membres à déterminer un calendrier précis pour dépénaliser les délits de presse.

« Malgré la déclaration de Bamako en 2000, et les multiples appels du secrétaire général, de nombreux pays membres de l?OIF n?ont toujours pas réformé le cadre législatif régissant la presse. Si certains, comme le Rwanda, le Vietnam ou la Tunisie, souhaitent ostensiblement conserver un outil de répression injuste et antidémocratique, d?autres n?ont tout simplement pas suffisamment pris en compte l?utilité d?une telle réforme, explique « Reporters sans frontières », Nous répétons par conséquent que, en plus de se conformer aux standards démocratiques prônés par l?Onu et l?OIF, les pays procédant à la dépénalisation des délits de presse règlent ainsi efficacement, entre autres, les problèmes que peuvent poser les journaux à scandale, la prévarication de certains journalistes et les manquements à la déontologie. »

Interrogé hier, Navin Ramgoolam a laissé comprendre qu?il n?avait aucunement l?intention de dépénaliser les délits de presse (diffamation et fausses nouvelles). Au contraire, il entend durcir ces lois. « Nous ne sommes pas gouvernés par X, Y et Z. Chaque pays peut faire comme bon lui semble. Ici à Maurice, nous avons des mesures à prendre. Il y a encore trop de fausses nouvelles. Ena la fumée sans difé? Pouvoir alle avec responsabilités ! »

Comme une réplique cinglante à Navin Ramgoolam, le récent sondage de Taylor Nelson Sofrès vient confirmer que 93 % des Mauriciens font confiance à la presse. Et que « l?express », malgré la série de critiques premierministérielles, est perçu comme l?organe le plus indépendant du pays.

Ce que Navin Ramgoolam semble ne pas vouloir comprendre c?est que dans son entêtement à régler ses différends politiques avec la presse, c?est la réputation du pays, en termes de recul démocratique, qui prend un sacré coup. Il est un fait reconnu sur l?échelle internationale que l?incarcération d?un homme ? ou d?un politique, par exemple Rama Valayden ? ne répare en rien la diffamation ou la publication de fausses nouvelles, contrairement au mécanisme de régulation par les pairs. Et la presse mauricienne, jusqu?ici jalouse de son indépendance, ?uvre déjà dans le sens d?une autorégulation, afin de contrer toute ingérence politicienne. D?ailleurs, en attendant un code national de déontologie, qui est en gestation, La Sentinelle a déjà son « Press Complaints Committee ». Une initiative à encourager. Un prétexte pour le gouvernement de reculer?

Car ce qui se passe ici est vite répercuté sur le plan international. « Repor-ters sans frontières » vient de publier son quatrième classement mondial de la liberté de la presse. Il y est souligné que plusieurs États africains gagnent des places chaque année à cause justement de la suppression des peines de prison pour des délits comme la diffamation ou la publication de fausses nouvelles. Et il serait dommage que Maurice perde son honorable 34e place (sur 167 pays) à cause des intentions liberticides de Navin Ramgoolam. Nos principaux bailleurs de fonds ont une conception de la presse complètement différente de Cuba ou de la Chine (qui, avec la Corée du Nord, sont dans le peloton de queue). Et c?est aussi pour notre 34e place, due à notre longue tradition de presse libre, que les organismes internationaux nous aident financièrement. Attention à l?effet boomerang !

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