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Prem Raddhoa hué et insulté
Le tribunal de Flacq a attiré hier une foule qu?il n?a pas connue depuis longtemps. Composée de 250 personnes environ en début de matinée, celle-ci a décuplé dans l?après-midi. Une particularité : cette foule était particulièrement hostile au surintendant de police Prem Raddhoa, responsable de la Major Crime Investigation Team (MCIT) et de ses hommes.
Même si la grille de sortie du tribunal est cadenassée, les badauds, des hommes pour la plupart, s?y pressent. Pour eux, Prem Raddhoa et ses agents arriveront en catimini et repartiront de la même manière. Des remarques qui lui sont hostiles ne tardent pas à fuser de-ci et de-là.
Son nom est assaisonné à toutes les sauces . ?Sortt deor mamou?, lance une voix. Il est injurié. Son nom est aussi associé à celui du Premier ministre : ?Navin pe soutir limem. Linn donn Raddhoa kart blans e alala sanzman !?
Pour prévenir tout dérapage, une cinquantaine d?éléments de la Special Supporting Unit (SSU), dirigés par le surintendant Seeparsad Bhantooa, sont venus épauler leurs collègues du poste de police de Flacq. Sans compter les agents du Central Criminal Investigation Department qui font le guet dans la cour.
Curieusement, les proches de Rajesh Ramlogun - ses fils Nilesh, 14 ans et Nitish, 13 ans, leur mère Bindu et son beau-frère Dhaneshwar Sookhee ? se tiennent à l?écart. Ils attendent devant l?entrée du tribunal, leurs pancartes en bristol en mains. L?expression sur le visage des adolescents laisse deviner une colère contenue. Dhaneshwar Sookhee le confirme. ?Zot le truv figir dimounn kinn vinn pren zot papa lakaz. Zot pa kone ki sann la Raddhoa.?
Le SP Raddhoa débarque vers 11 h 25. La voiture ? dans laquelle se trouvent aussi sa femme Soolekha et la s?ur de celle-ci, l?avouée Ayesha Jeewah ? franchit rapidement la grille arrière du tribunal. Prem Raddhoa adresse un sourire aux journalistes mais se fige quand il entend les injures lancées à son encontre. Il grimpe les marches entouré de policiers et entre dans la salle d?audience. Dans la foule, on ne comprend pas pourquoi il n?est pas menotté. ?Nimport ki sispe met menott ar li. Mem feu sir Gaëtan Duval ti met menot ar li. Kifer ar li non ? Kimport ki li ete bizin menott li.?
Les heures s?égrènent lentement sous le soleil. Parfois, la pluie fait fuir momentanément les badauds agglutinés devant la grille du tribunal. Après une longue attente, policiers et journalistes quittent la salle d?audience, le temps pour le magistrat Denis Mootoo de prendre sa décision (ruling). La rumeur enfle. Il est question que les 13 policiers de la MCIT, dont les noms été cités en salle d?audience, seront arrêtés.
Des badauds agressifs
La foule a grossi. Vers 15 heures 20, les policiers de la SSU ont ordre d?aligner leurs véhicules devant la grille, en guise de barrière entre la salle d?audience et les badauds. Ceux-ci ne perdent pas une miette des allées et venues autour de la salle d?audience. Les commentaires les plus acides reprennent de plus belle. ?Inspekter Derrick sa sense ! Alala sanzeman !? L?avocat Hurranghee, qui est sorti fumer une cigarette, n?est pas épargné.
La porte de la salle d?audience s?ouvre. C?est la surprise. Le mandat d?arrêt contre le SP Raddhoa et ses hommes ne tient plus. L?équipe de Raddhoa doit ruser pour le faire sortir de l?enceinte du tribunal. Une jeep se gare à l?arrière des bâtiments administratifs. La voiture dans laquelle il est arrivé attend devant la sortie latérale de la salle d?audience. C?est à la hâte que Soolekha Raddhoa et sa s?ur entrent dans la voiture tandis que le surintendant Raddhoa opte pour la jeep. Il est à nouveau hué.
La jeep sera fortement secouée par des badauds agressifs et le chauffeur devra accélérer pour pouvoir quitter rapidement les lieux sans dommage.
Nilesh et Nitish Ramlogun sont interloqués par le ruling. Tout comme l?est leur avocat, Me Viren Ramchurn qui le dit publiquement. ?Je suis choqué car je ne m?attendais pas à une telle décision. La décision du Directeur des poursuites publiques a dû peser plus lourd dans ce ruling mais je reste convaincu que sous nos lois, le magistrat avait le pouvoir d?enquêter sur cette mort violente. (...) Une femme est devenue veuve et ses enfants orphelins de père. Comme le magistrat l?a souligné, il y a des suspects encore dans la nature et ils doivent répondre d?une mort d?homme. Cela dit, ni moi, ni mes clients ne baissons les bras. La lutte continue. Le jeu n?est pas encore terminé. We?ll play on??
Enquête judiciaire, un choix peu judicieux
Y aura-t-il ou non des charges contre l?équipe de la MCIT ? A l?heure qu?il est, avec l?institution d?une enquête judiciaire, techniquement, il n?y a pas de suspects. C?est l?enquête judiciaire qui déterminera qui seront les suspects. ?Même si tout le monde sait que les seuls suspects sont l?équipe de Raddhoa?, dit un homme de loi.
D?autres légistes, à l?instar de Kishore Pertab, avocat, estiment que c?est une erreur d?instituer une enquête judiciaire. ?Une enquête judiciaire est instituée quand on n?a pas de suspect, comme dans le cas de Kaya.? En effet, en 1999, c?est le Directeur des poursuites publiques qui a pris les devants pour demander au magistrat d?instituer une enquête judiciaire.
Un autre avocat pense que ?l?on veut gagner du temps. Je ne vois pas pourquoi on n?est pas passé directement à une enquête préliminaire, où l?on loge des accusations provisoires?.
Or, tant que l?enquête judiciaire ne sera pas terminée ? et cela prendra un certain temps ? il n?y aura pas d?arrestations puisqu?il ne pourra y avoir de suspects.
Mais que risquent-ils vraiment ? Quand un policier commet un délit dans l?exercise de ses fonctions, est-il plus sévèrement puni que le commun des mortels ? La question est pertinente parce que l?officier de police prête serment avant d?exercer. Il jure qu?il va exécuter fidèlement son devoir. Il peut donc en effet être davantage puni que n?importe quel quidam. Le code criminel dit que ?lorsqu?un préposé de la police (?) aura, sans motif légitime, commis ou fait commettre des violences envers des personnes, (?), il pourra être puni, (?), même du double de la peine qui aurait été encourue par tout autre coupable du meme crime ou délit?.
Un peu plus loin, le code criminel sous le titre ?Offences by public officers? dit que ?ceux d?entre eux qui auront participé à d?autres crimes ou délits qu?ils étaient chargés de surveiller ou de réprimer, subiront toujours le maximum de la peine attachée au délit ou au crime. ?
S?il n?y a pas de délits spécifiques pour officiers publics, la différence se fait sentir lors de la sentence. C?est en fait au magistrat d?utiliser sa discrétion quand il s?agit d?un policier pris en faute. ?Les circonstances atténuantes sont moins importantes dans le cas d?un policier?, commente Me Razack Peeroo, ancien ministre de la Justice. Me Sanjay Bhuckory abonde dans le même sens et ajoute que tout dépendra de la façon dont le policier en question aura abusé de son statut privilégié.
Dans le cas présent - Raddhoa et son équipe - il y a eu non seulement délit, mais aussi mort d?homme. Trois accusations sont possibles quand il y a décès. Une personne coupable d?assassinat - meurtre avec préméditation - est passible d?une peine de prison de 45 ans. Une personne trouvée coupable de meurtre ou homicide volontaire (manslaughter) est passible d?un emprisonnement de 20 ans maximum. Dans les deux cas, elle peut bénéficier de la remise de peine.
Ces deux charges ne concernent pas l?affaire Ramlogun. Si une accusation après décès est logée contre l?équipe de la Major Crime Investigation Team, ce serait plutôt une affaire de ?wounds and blows causing death without intention to kill?. Ce délit est passible d?une peine d?emprisonnement ne dépassant pas dix ans.
La question de sanctions au sein de la police reste posée, en attendant des actions légales. Si actions il y a, c?est à la discrétion du commissaire de police de sanctionner un subordonné. ?La police a ses standing orders qui restent un document interne confidentiel. L?utilisera-t-on ?? se demande un avocat.
Il faut aussi noter que la notion de brutalité policière n?existe pas en tant que telle dans nos lois, même si des officiers publics peuvent être trouvés coupables de ?torture by public official?. Un policier peut être trouvé coupable de ce délit s?il a intentionnellement ?inflict severe pain or suffering, whether physical or mental, on any other person?, pour obtenir une confession ou autre information.
La longue journée de Raddhoa
La journée d?hier lui a sans doute semblé interminable. Le chef de la MCIT, Prem Raddhoa, n?a toutefois pas attendu longtemps avant de se remettre au travail. En effet, à peine le verdict annulant le mandat d?arrêt émis contre lui rendu en cour de district de Flacq, il a immédiatement repris les investigations en cours. Il s?est même rendu avec son équipe à Pierrefonds pour enquêter sur le décès de Sooroojlall Seetul. Le corps de ce laboureur de 63 ans avait été retrouvé lundi après-midi.
Sous le coup d?un mandat d?arrêt, Prem Raddhoa s?est rendu en Cour suprême hier matin accompagné de son homme de loi, Me Jacques Tsang Mang Kin et son avouée, Ayesha Jeewah, pour réclamer un ?stay of execution? avant de se rendre en cour de district de Flacq, peu avant midi. Assis à l?extrême gauche de la deuxième rangée, l?homme reste imperturbable. Attendant le début de l?audience, il échange juste quelques mots avec Me Jacques Tsang Mang Kin et quelques collègues venus assister à l?audience.
Soolekha Raddhoa, l?épouse du chef de la MCIT, assise légèrement en retrait, apporte son soutien à son mari. ?Nous avons passé, depuis le début de cette affaire, des moments très difficiles. Je ne crois pas qu?il aurait été, en toute logique, dans l?intérêt de mon mari de perdre un témoin (NdlR : Rajesh Ramlogun) de cette importance.? Soolekha Raddhoa lui tend de temps à autre un téléphone portable, pour répondre à des appels urgents. Accoudé au dossier du banc placé devant lui, le chef de la MCIT ne semble montrer aucun signe d?impatience et ne prête aucune attention aux nombreuses allées et venues dans la salle d?audience. Le verdict rendu par les magistrats Crishna Kumar Hureesing et Denis Mootoo, annulant le mandat d?arrêt à l?encontre de Prem Raddhoa, n?est connu que vers 16 heures. Visiblement soulagée, l?épouse du principal concerné ne peut s?empêcher de déclarer : ?Il y a toujours des gens qui veulent tirer un capital politique de certaines situations. J?espère juste que la famille de Rajesh Ramlogun ne se laissera pas manipuler.? Dès le jugement prononcé, le surintendant Prem Raddhoa et ses hommes prennent la direction des Casernes centrales, à Port-Louis. Toujours impassible, il ne réagit pas aux slogans hostiles criés par la foule à son encontre. Escorté par des policiers, il s?engouffre dans un véhicule de la police avant de démarrer à toute vitesse. Rejoint par son homme de loi, le chef de la MCIT s?est par la suite entretenu avec ce dernier sur des détails liés à l?enquête sur le décès de Rajesh Ramlogun. ?Nous avons eu, mon avocat et moi, une séance de travail?, laisse entendre Prem Raddhoa.
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