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Prem le futur Bill Gates du tourisme
Il court, il court, Prem Sham. D?hôtel en hôtel, de sa maison à son bureau à Curepipe, de Grand-Bassin à l'Île -aux-Cerfs, d?un beach volley à un match de carrom. À 42 ans, il enchaîne les journées, au mépris du temps qui passe et de sa vie personnelle. S?occuper du bonheur des autres, ça prend du temps, surtout quand on en a fait son métier.
Prem nous a donné rendez-vous à l?hôtel Sugar Beach. Il vient à notre rencontre, le teint hâlé, l?allure fière, la boucle d?oreille rebelle. Il nous enveloppe d?un regard pétillant et d?un grand sourire. C?est, paraît-il, chez lui une habitude. « Vous voulez qu'on aille au bar à côté de la piscine ? Ce sera plus relax. On pourra parler et prendre un verre », dit-il, un brin poseur. Il est comme ça, Prem. Il a la chaleur joviale des gens qui ont le sens du contact. Et du tempérament communicatif, il en faut dans son métier.
Prem a ouvert en mai 2003, Escapade, une agence de réceptifs. En quelque sorte, il taille sur mesure le séjour des tops revendeurs de grandes marques, à Maurice. Sa compagnie s'est spécialisée dans le MICE concept, autrement dit les Meeting Incentive Conferences & Events. Un bien grand mot certes, mais un secteur touristique qui prend de plus en plus d'ampleur.
Acheter une demi-livre de « sounouk »
La mission d?Escapade consiste à prendre en charge les vacanciers dès qu?ils atterrissent à Maurice. Depuis la banderole avec le nom de leur compagnie et le bus grand confort qui les attend à l?aéroport, jusqu?à l?organisation des activités et des excursions. « Ailleurs les grosses boîtes ont compris qu'il ne suffit pas de donner un salaire à leurs employés. Pour les encourager, on leur donne des primes et un voyage, c?est le meilleur moyen pour les récompenser de manière inoubliable », explique-t-il. Un an auparavant la compagnie envoie aux revendeurs des teasers. Cela peut être une carte postale avec la plage sans préciser la destination, puis un tube avec du sable. Tout ça pour les faire rêver et les pousser à exploser le hit parade des ventes.
Ce n?est que quelques semaines après avoir fait le compte qu?on précise aux meilleurs leur destination. Les autres auront droit aux cassettes filmées par Escapade, histoire de les rendre jaloux et les obliger à se surpasser.
Prem a offert récemment ses prestations à Fra-carro Italie. Soi-xante-dix agents ont fait les meilleures ventes d?antennes et en retour, la maison mère leur a offert le voyage. Escapade a organisé pour Fraccaro, un rallye de l?hôtel jusqu?au Domaine les Pailles. En route, ils ont un questionnaire à remplir avec des questions du genre : « ça veut dire quoi to 14 ine vinne 28 ? »
Il leur demande de ramener un « Mauricen » ou un ticket de bus. Il leur fait goûter des jus de tamarin, d?ananas, de canne et ils doivent deviner de quoi il s?agit. Il leur demande d?acheter une demi-live de sounouk. Cela les amène forcément à côtoyer les habitants sur leur route et donc à connaître l?île.
Impressionné par le « pays botte »
Il a aussi organisé une sortie dans le Sud. Ils ont embarqué sur des barques à Pointe-Jérôme avec des pêcheurs de Mahébourg. Chacun a eu une gaulette et lorsqu?ils sont arrivés à Bois-des-Amourettes toujours par la mer, ils ont pesé leurs poissons pêchés qu?ils ont fait griller au Domaine du chasseur. Puis il y a eu la journée à l'Île-aux-Cerfs, le déjeuner barbecue à l?hôtel Paul et Virginie. Leur dernière soirée s?est ponctuée d?un dîner de gala au Sugar Beach où ils résidaient.
Pendant tout le séjour des incentives, Prem est constamment sur la brèche. Il met en place toute la logistique. Il réserve les bus, les restaurants, les guides touristiques. Si quelqu?un a un problème, c?est lui qu?on vient voir. Sa règle d?or : « Le client n'a pas à connaître le backstage. Il ne doit pas avoir de souci. On est à leur service. En plus, on doit s?assurer que les activités qu?on propose sont concoctées dans le sens du team building. Ces vacances sont aussi l?occasion de resserrer les liens entre des gens qui travaillent pour la même entreprise. »
Prem est un champion dans son domaine. Les succès, il les provoque autant qu?il les gère. Il connaît Maurice comme sa poche. Il faut dire que même s?il a ouvert sa boîte depuis un an, il a quinze ans d?expérience derrière lui. Sa vocation est née dès le primaire. « En classe de géographie, j?étais impressionné par l?Italie, le pays botte comme je l?appelais à l'époque. À 18 ans, je décide d?aller tâter le pouls de ce pays qui a toujours hanté mon esprit. J?ai appris la langue, j?ai fait mes preuves face aux étrangers. De retour à Maurice, avec une langue étrangère, une communication facile, je ne pouvais que me tourner vers le tourisme. »
Ne plus porter la veste de l?employé
Lorsque Prem débarque en Italie, il est hébergé par des Sri-lankais. Comme il manie le français et l?anglais, un prince italien l?embauche pour enseigner les langues à sa fille. Celui-ci l?aide d?ailleurs dans toutes les démarches administratives pour qu?il puisse rester en Italie. Non content de parler l?italien, il va à l?université pour apprendre les règles de grammaire. Plus tard, il s?est vu confier la responsabilité d?une pension de famille près du parlement à Rome.
Il côtoie des sénateurs. Bref, cette expérience italienne, qui dure six ans, a forgé son caractère.
De retour à Maurice, il recommence à zéro comme guide. Mais on repère vite ses talents et il grimpe les échelons : guide responsable de toute l?organisation des photos de mode, des séjours de journalistes de magazines étrangers. Il devient ensuite Marketing Coordinator, Marketing Executive, Incentive Manager et crée le concept de Dream Catcher chez Mauritours. Jusqu?à ce qu?il décide, il y a plus d?un an, d?avoir le premier rôle, de ne plus porter la veste de l?employé. Il prend le pari d?ouvrir sa propre agence et de se spécialiser. « Je me suis dit : it?s a challenge, you go for it. » Prem avait déjà beaucoup de contacts, a visité beaucoup de pays, fréquenté beaucoup de salons du tourisme. Il avait confiance dans ses capacités. « Dans ce métier, il faut être créatif, sans cesse réinventer, se méfier des habitudes et des certitudes. J?ai surtout appris, by trial and error. Les moments difficiles m?ont été bénéfiques. »
L?avenir ? « Être le Bill Gates du tourisme », répond-il sans vergogne. Une boutade ? Pas si sûr.
« Dans ce métier il faut être créatif, sans cesse réinventer, se méfier des habitudes et des certitudes »
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