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Pravin Buckory a peur
Il grille cigarette sur cigarette. Pravin Buckory avait recommencé à vivre sans regarder par-dessus son épaule. Mais depuis les révélations d?Antoine Chetty, il est de nouveau sur ses gardes. « Même si mon visage en garde les traces, j?avais fini par oublier toute cette histoire? »
Cette histoire, c?est celle de l?agression qu?aurait commanditée l?oncle de son amie, devenue depuis sa femme, pour empêcher leur mariage. Il l?avait d?autant plus oublié qu?il était peu probable qu?une sanction ne soit prise à l?égard du présumé agresseur. Mais maintenant que l?affaire éclate de nouveau, il a peur et veille à ce que celui qu?il désigne comme coupable soit dûment puni.
« Mo dir ou fran, ler monn truv so figir lor lagazet, monn sagrin. Tout comme je n?ai pas jubilé quand il a été arrêté. Mais ma philosophie est la suivante : quand une personne a commis un acte répréhensible, elle doit en payer le prix ». Après la remise en liberté provisoire d?Anand Kusruthsingh, Pravin Buckory a donc écrit au Commissaire de police.
Comment le suspect a-t-il été libéré alors que Pravin Buckory s?apprêtait à confier à la police des « informations complémentaires », s?étonne Me Coomara Pyaneandee, son avocat, qui refuse d?en dire plus sur ces informations. Provisoirement accusé de « giving instructions to commit a crime, to wit serious assault », Anand Kusruthsingh a été libéré plus rapidement que Pravin Buckory lui-même, mis au cachot pendant trois jours pour appels anonymes, délit qu?il affirme n?avoir jamais commis et dont l?affaire a été rayée par la suite.
Pravin Buckory dit aussi ne pas comprendre pourquoi le commanditaire présumé de son agression n?a toujours pas été interrogé par rapport à trois autres délits dont il pourrait être soupçonné, à savoir la conspiration, des blessures auto-infligées et des dénonciations fausses et malicieuses en écrit.
Pressions et recommendations
Pravin Buckory n?a pas seulement perdu sa sérénité, mais ce douloureux passé revient le hanter. À commencer par le jour où il a rencontré Meenakshi Gowrisungkur. La jeune fille qui est orpheline de père depuis l?âge de 15 ans, travaille à la succursale vacoassienne de la Hong Kong and Shanghai Bank. Lui est affecté au Central Electricity Board de Vacoas. De ce fait, ils se voient quasiment tous les jours.
À cette époque, il entend parler de la Policy Unit et d?Anand Kusruthsingh. Il interroge Meenakshi sur son lien de parenté avec ce dernier et apprend qu?il s?agit de son oncle par alliance. Un après-midi alors qu?il récupère Meenakshi, l?oncle et lui se croisent devant la banque. Cela augure le début des ennuis pour Pravin Buckory.
Dès lors, Meenakshi subit les pressions de sa mère puisqu?Anand Kusruthsingh avertit cette dernière que sa fille fréquente « un mauvais garçon ». Mais Meenakshi passe outre les recommandations de sa mère. Quelques temps après, Anand Kusruthsingh aurait rendu visite aux parents de Pravin Buckory pour leur dire qu?il n?appréciait pas le rapprochement entre sa nièce et leur fils. Pravin Buckory qui est de nature insouciante, ne prend pas ces propos au sérieux.
Rumeurs persistantes
Il explique que l?ingénieur de la Central Water Authority lui a donné rendez-vous un après-midi à la mairie de Quatre-Bornes et a menacé de le faire transférer. Le jeune homme qui sait son travail irréprochable l?a mis au défi de s?exécuter. Pravin Buckory est surpris quand son chef de section l?avertit quelques semaines plus tard qu?il sera transféré à Pamplemousses. Il en appelle à son syndicat qui lui conseille de demander à la direction de mettre ce fait par écrit. « A dater de ce jour, je n?ai plus entendu parler de transfert ».
C?est quelques semaines plus tard que des graines de gandia seront retrouvées dans sa voiture et qu?il se fera défigurer au cutter. Agression dont tous les détails sont désormais du domaine public, de même que la suite des évènements. Pravin Buckory finit par épouser Meenakshi cette année-là. « On peut dire que c?est un peu grâce à Kusruthsingh ki nounne resi marie », dit-il avec un sourire désabusé. Sa belle-mère l?a totalement accepté. « C?est une femme adorable. Quand elle m?a connu, elle a réalisé à quel point elle se trompait sur mon compte ».
Pour Pravin Buckory, l?aversion d?Anand Kusruthsingh à son égard n?est pas à mettre sur le dos d?une différence sociale. Il refuse aussi de se prononcer sur les rumeurs persistantes d?une éventuelle obsession de l?oncle vis à vis de sa nièce. « Allez savoir », réplique-t-il énigmatiquement. Ce qui l?intéresse désormais, c?est que Meenakshi, enceinte de quatre mois, puisse enfanter dans les meilleures conditions.
Si pour l?instant, c?est la police qui poursuit Anand Kusruthsingh à l?issue des allégations d?Antoine Chetty, il n?écarte pas l?idée d?un procès au civil de sa part. « Laissons passer les fêtes de fin d?année. Ensuite, mon avocat et moi envisagerons toutes les options ».
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